Accueil > Non classé > La gratuité a un coût

La gratuité a un coût

19 mai 2011

Le Centre pour l’édition électronique ouverte, comme beaucoup d’autres, se bat pour refuser le terme « gratuit » et pour lui préférer le terme « libre accès », souvent utilisé dans sa forme anglaise : « Open access ». Pourquoi? Parce que l’édition électronique en libre accès n’est pas gratuite. Il y a toujours quelqu’un qui paie, quelque part. Mais le modèle économique se situe ailleurs que dans l’achat individuel de chaque article ou chaque chapitre publié en ligne.

Le libre accès a fait basculer l’édition dans un nouveau paradigme, avec son lot d’incertitudes et de risques, mais aussi, avec une révolution : celle de l’accès. Pour accéder à un article, il faut normalement en connaître l’existence. Or, le savoir disponible est immense et dispersé chez des milliers d’éditeurs différents, dans des centaines de langues, sur l’ensemble des continents. Pour qu’on puisse s’y retrouver, on n’a rien inventé de plus efficace, depuis vingt ans, que l’édition électronique en libre accès.

On a cru que le numérique allait faire baisser les prix d’édition, et que le seul changement de support (du papier au numérique) allait rendre possible une édition électronique en libre accès, et qu’ainsi, les valeurs de diffusion du savoir pourraient l’emporter sur les contraintes budgétaires des éditeurs. Mais il faut bien constater que rien de fondamental n’a changé avec le numérique. Le travail d’un rédacteur en chef, d’un auteur, et d’un secrétaire de rédaction restent les mêmes. En fait, la mise en ligne a augmenté les coûts de gestion des soumissions par des auteurs devenus plus nombreux… et la gestion des manuscrits assistée par wokflow n’est, finalement, que l’adaptation du secteur de l’édition à ces nouvelles conditions de visibilité. Pire encore: le coût des développements et de la maintenance technologique des plateformes d’édition électronique est de plus en plus élevé, en raison de la sophistication croissante des besoins dans ce domaine : multiplicité des formats et des protocoles, diversité exponentielle des terminaux de lecture, obsolescence régulière de technologies, contraintes d’accessibilités, course à l’enrichissement des métadonnées, nécessité d’enrichissements documentaires permanents, coûts des interopérabilités, gestion des accès de plus en plus complexes, systèmes d’identification unique, nécessité de fonctionnalités impliquant de la fouille automatique de données, du traitement automatique de la langue, etc.

Le MIT publie en ligne les célèbres « OpenCourseWare », ses cours en libre accès. La puissante institution américaine vient d’écrire aux usagers d’OpenCourseWare. Dans ce courrier, on apprend que le programme général coûte 3,7 millions de dollars. Ce montant n’intègre pas le salaire des professeurs qui donnent les cours. De toute évidence, ce montant n’est pas surestimé ni affolant. Il est simplement élevé parce qu’il faut fournir beaucoup de travail dans différents métiers. Le MIT indique qu’il paie directement la moitié de cette somme, qu’une autre moitié est payée par des sponsors et des financements publics, et qu’il reçoit 200 000$ de dons de ses lecteurs chaque année. Belle performance, qu’ils veulent pousser à 500 000$. La crise est bien sûr passée par là, mais elle ne change rien à la situation : le libre accès a un coût. Cecilia d’Oliveira, executive director du MIT OpenCourseWare utilise l’expression « The Cost of Free » : le coût de la gratuité.

Publicités
Catégories :Non classé Étiquettes : , , ,
%d blogueurs aiment cette page :