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Le livre numérique : le début d’une nouvelle ère de connaissance ?

21 mai 2011

Le livre numérique semble voué à un avenir prometteur. Du moins telle est l’opinion de Franck Poullain. Déjà effectivement, de grands distributeurs d’œuvres littéraires, tels Amazon, vendent davantage de livres numériques que de livres papiers. En termes d’offre, en juillet 2010, Amazon offrait déjà près de 630 000 livres récents en ligne et sa liseuse se vendait d’autant plus qu’elle était passée en dessous du seuil psychologique des 200$.

Mais a-t-on étudié que les conséquences à court, moyen et long termes de la numérisation des livres ?

Tout d’abord il faut bien comprendre qu’un livre, ou un journal, est numérisé dès sa création. L’auteur peut bien écrire avec un stylo, son œuvre sera de toute façon retranscrite sur un ordinateur pour ensuite être corrigée, mise en page puis envoyée sous la forme d’un fichier électronique à un imprimeur. Seul le dernier maillon de la chaîne, c’est-à-dire le lecteur, n’est pas complètement numérisé. Nous trouvons des livres, des magazines et des journaux dans les bibliothèques, les librairies et les kiosques. Nous trouvons aussi ces mêmes journaux et magazines disponibles en ligne sur Internet. Un lecteur peut donc consulter ses journaux en ligne, sans sortir de chez lui, pourvu qu’il possède un accès à Internet, ou bien sur son trajet à l’aide d’une connexion 3G mobile. Cette généralisation du numérique affecte désormais les livres, notamment grâce à l’apparition de la technologie d’affichage à encre électronique, qui est utilisée par Amazon pour son Kindle et tous les autres modèles de liseuses électroniques. Les livres nécessitent un temps de lecture plus long et donc un support de lecture qui ne provoque pas de fatigue oculaire, ce qui n’est pas le cas des écrans d’ordinateurs.

La technologie à encre électronique permet de lire pendant des heures avec le même confort de lecture et la même absence de fatigue oculaire que le permet le papier traditionnel. Les liseuses électroniques sont encore chères mais comme toute technologie, leur prix diminue avec leur généralisation. Déjà les premières liseuses en couleur voient le jour et nous pouvons imaginer que les magazines seront disponibles sur ce support rapidement comme c’est déjà le cas sur l’iPad. Le Kindle coûtait 399$ à son lancement en novembre 2007, il coûte désormais 139$ en avril 2011.

Les avantages de la lecture numérique sur écran sont nombreux : légèreté du support, faible encombrement, capacité quasi-illimitée du point de vue d’un lecteur assidu. Une liseuse peut stocker une bibliothèque entière dans à peine une livre (500g) d’électronique et une épaisseur équivalente à un hebdomadaire d’informations.

A quand alors, peut-on se demander, la disparition du livre papier ?

Pour l’instant, la vente de livres numériques n’occasionne pas la disparition de la version papier. Aux États-Unis les acheteurs de livres numériques achètent souvent la version papier des livres qui leur ont particulièrement plus.

La demande globale de livres numériques va dépasser celle du livre papier, et si les éditeurs ne sont pas prêts à satisfaire le marché ou si l’offre ne correspond pas à l’attente des clients, le marché obtiendra sa nourriture intellectuelle par des moyens illégaux, comme cela a déjà été le cas pour la musique et la vidéo.

Franck Poullain donne deux exemples assez instructifs sur le comportement de l’industrie et des consommateurs.

Tout d’abord, celui du programmeur de logiciel « dvdjon » qui, ne pouvant lire des DVD sur son ordinateur équipé de Linux, a décodé le logiciel de lecture des DVD pour en créer un pour son propre usage. Ensuite, ce logiciel gratuit s’est retrouvé disponible sur Internet et d’autres programmeurs l’ont adapté aux ordinateurs Windows et Macintosh. Puis, d’autres programmeurs ont inventé des programmes pour compresser les fichiers vidéos et ainsi pouvoir les transporter sur des supports à capacité limitée, que ce soit en volume ou en taille d’écran. L’industrie du film n’a pas su anticiper ses besoins et subit désormais un manque à gagner. Qui n’a pas vu des écoliers dans une cours de récréation s’échanger des disques sur lesquels ont été copiés des films ou des téléfilms ? Une génération entière est maintenant habituée à ne plus acheter des films vidéos.

L’autre exemple est celui de la musique. Lorsque les lecteurs de musique MP3 sont apparus, les consommateurs ont été séduits par cet appareil léger et utilisable en toute situation. L’industrie n’a pas su répondre à leur attente et proposer une offre de musique numérique, et c’est finalement Apple qui en proposant son iPod a su séduire les amateurs et les éditeurs de musique. Mais c’était un peu tard. Une partie du public avait déjà pris l’habitude de télécharger des morceaux de musique sur Internet illégalement. Il est désormais difficile de changer les habitudes en incitant ce public à ne plus télécharger illégalement la musique. Une part importante du public est maintenant habituée à ne plus acheter sa musique en boîte.

On a conçu des lois (Hadopi en France) qui limitent le téléchargement sur Internet, mais ce type de loi n’empêche pas les pirates en tout genre de télécharger la musique et la vidéo par des moyens échappant aux instances gouvernementales.

Est-ce que le livre numérique va subir ce même sort ? Déjà le téléchargement illégal de livres récemment publiés est possible sur Internet moyennant quelques connaissances techniques. Quelles sont les motivations de ceux qui ont mis ces œuvres intellectuelles sur Internet ? Se rendent-ils compte qu’ils affaiblissent le 4ième pouvoir, celui de pouvoir s’exprimer librement ? Un pouvoir qui est essentiel à la vie d’une démocratie, et donc à eux-mêmes ? Et qu’en pensent ceux qui téléchargent ces documents ?

Des sociétés comme Amazon ont déjà anticipé le mouvement de numérisation des livres. Le premier Kindle date de novembre 2007, ce qui signifie que les études pour la fabrication d’un tel produit ont débuté 2 à 3 ans auparavant. Le Kindle est au livre numérique ce que l’iPod est à la musique numérique. Cependant, qui peut empêcher quelqu’un de copier puis d’écouter des fichiers de musiques illégaux sur un iPod ou lire des livres numériques illégaux sur un Kindle ou un iPad ? Techniquement parlant, la manipulation est aisée pour un technicien, mais dans un proche futur, le non informaticien se contentera d’un manuel d’instructions sommaire pour reproduire ce que font déjà certains initiés.

Dans l’immédiat, l’industrie du livre semble relativement protégée du piratage, si l’on admet que :

1) Il est plus difficile de scanner un livre entier qu’un journal,

2) Les œuvres téléchargeables illégalement nécessitent des connaissances techniques particulières, qui ne sont pas encore connues de tous,

3) Les œuvres littéraires s’échangent plus rarement dans une cour de récréation ou un bureau d’entreprise, au contraire des bandes dessinées…

4) Aucun pirate informatique ne s’est intéressé à la librairie d’Amazon pour tenter de la « craquer » ? Il est plus séduisant de pénétrer illégalement dans le réseau des jeux vidéos que dans les bases de données d’Amazon. Il y a pourtant plus de numéros de carte bancaire stockés chez Amazon que chez Sony ou Microsoft. Ou alors Amazon n’offre pas un défi intellectuel suffisant ou au contraire, le coffre est très bien protégé.

Même si le marché du livre numérique décolle dans les pays anglophones, le nombre de Kindle vendus jusqu’à présent est loin du nombre de lecteurs potentiels. L’estimation est de 4 millions de Kindle vendus en milieu 2010. En ce qui concerne la France, le marché du livre numérique peine à décoller malgré les efforts des éditeurs ou des distributeurs, 15 000 liseuses vendues depuis 2008 selon Sony. Le public s’intéresse davantage aux tablettes qu’aux liseuses. Mais les tablettes sont peu utilisées pour lire des œuvres de manière légale. D’ailleurs, les ventes de livres numériques en France sont insignifiantes comparées aux livres papiers : un livre numérique vendu pour près de 200 à 1000 livres papier vendus, pour peu que la version numérique existe.

Les livres que recherchent les lecteurs sont des livres récents. Les plus de un million de livres gratuits disponibles (toutes langues confondues) sur Internet sont des classiques et attirent moins les foules qui sont à la recherche de nouveautés. À part le marché anglophone dominé par Amazon et son Kindle, il est difficile d’obtenir des versions numériques de livres non anglophones récemment sortis. C’est un cercle vicieux : les éditeurs disent qu’il n’y a pas assez de liseuses sur le marché, et les vendeurs de liseuses se plaignent d’une offre de livres numériques insuffisante.

Quid du prix du livre numérique ? Jeff Bezos estime que le prix d’un livre numérique devrait coûter 40% moins cher alors que le directeur de Hachette Livre estime une baisse de 25% sur le prix des livres récents et 50% pour les livres anciens. Il ne semble pas y avoir de règle. Il suffit d’aller sur le site d’Amazon pour s’en rendre compte. La question du prix du livre numérique est d’ailleurs très sensible et les plus hautes instances s’y intéressent de près.

Aux États-Unis, les éditeurs posent des conditions aux revendeurs. Citons encore Amazon à qui certaines maisons d’éditions demandent à ce que la fonctionnalité de lire un livre à voix haute soit tout simplement désactivée. Cela semble incompréhensible. Cela revient à complexifier voire refuser aux aveugles l’accès aux livres numériques. Dans une moindre mesure, cela empêcherait des étudiants en langue étrangère d’apprendre la prononciation d’une langue à travers la lecture automatique d’un livre via un ordinateur. Cela revient à refuser à ses lecteurs les avantages que peut apporter une nouvelle technologie.

Que faudrait-il alors pour que le livre numérique permette à chaque auteur (écrivain ou journaliste) de continuer à en vivre et aux lecteurs de continuer à les lire sans tomber dans des travers illégaux pour accéder à leur contenu ? Autrement dit : comment lire et vivre des livres numériques ?

Une étude sur le piratage dans les pays émergents montre que les gens ne piratent pas parce qu’ils sont pauvres ou qu’ils n’ont pas de respect du droit d’auteur, mais tout simplement parce qu’il n’existe pas de canaux de distribution des œuvres littéraires ou artistiques. Autrement dit, le marché ne sait pas répondre aux attentes du public. Mis à part des exemples comme l’iPod d’Apple et le Kindle et l’iPad d’Apple dans les pays développés, le marché ne semble pas anticiper tôt les attentes des consommateurs en termes de contenus numériques.

Nous sommes, en résumé, à un moment de l’histoire où une génération de consommateurs peut consulter les journaux, et les magazines gratuitement sur Internet, et pour les plus aguerris, cette génération peut télécharger illégalement des magazines et des livres numériques sur Internet tout comme elle peut le faire pour la vidéo et la musique.

Comment évoluera la génération suivante ?

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