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Les imbéciles à l’assaut de la démocratie

25 mai 2011

Connaissez-vous le lien qui unit populisme et technologies ? L’ordre marchand. De quoi est-ce que je parle ? Du fait de croire que les technologies de la communication sont forcément des vecteurs de démocratie. Je m’explique.

Dans un billet précédent, mon collègue Georges Vignaux est venu pointer du doigt quelques aspects intéressants relatifs au populisme, et je veux y revenir. Qu’est-ce que le populisme ? De mon point de vue, c’est le syndrome du « vrai monde ». Comme vous le savez fort bien, il y a deux types de personnes : celles qui sont fausses et celles qui sont vraies. Vous comprendrez que j’ironise ! Celles qui sont fausses font partie des élites dirigeantes, et celles qui sont vraies sont issues du peuple. Lorsque vous entendez l’expression « la vraie vie », c’est qu’il y a une opposition avec celle de ceux qui nous dirigent et qui n’ont aucune idée de la « vraie vie » du « vrai monde ». Maintenant que nous avons, vous et moi, bien cerné la nature du populisme, voyons comment l’ordre marchand vient subordonner les technologies de la communication à son profit.

Les grands prêtres du Web 2.0 ne cessent de vous dire que le partage, l’ouverture, la collaboration et la transparence sont aujourd’hui des valeurs fondamentales auxquelles vous devez adhérer ; c’est la révolution citoyenne. Le citoyen, qui fait partie du vrai monde et qui a une vraie vie, est porteur de désirs et de droits, mais pas de devoirs. Il revendique ce citoyen, ce qui est, au demeurant, tout à fait sain dans une démocratie. Là où ça dérape, c’est qu’il s’exprime en fonction d’un faux postulat : les institutions éloignent le gouvernement du peuple. On s’attend donc ici à ni plus ni moins qu’une révolution citoyenne. Et je vais vous révéler un secret : cette révolution est antidémocratique.

Les nouvelles technologies de la communication proposées au vrai monde par l’ordre marchand sont en passe de redessiner en profondeur la carte des relations entre le citoyen et ses dirigeants. Les valeurs de l’ordre marchand — consommation, hédonisme, réduction de la taille de l’État, privatisation des services publics, prise en charge de sa personne, egocasting, etc. — sont des valeurs d’exclusion et non d’inclusion, donc des valeurs de droite à forte tendance antidémocratique.

Savez-vous quoi ? Si la Chine a réussi à nous démontrer de façon éclatante que l’ordre marchand pouvait très bien fonctionner sans faire appel à cette notion embarrassante qu’est la démocratie, il faudrait peut-être se dire que la gouvernance (populisme) est en passe de supplanter le gouvernement, le tout appuyer par une population qui s’exprime partout par technologies interposées à propos de ceux qui les dirigent, ceux qui ne sont pas du « vrai monde ». Vive le « vrai monde » !

© Pierre Fraser, 2011

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