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Le populisme : menace pour la démocratie ?

26 mai 2011

Historique

Le « populisme » est un courant de pensée et un type de discours critiquant les élites et invoquant le recours au peuple (d’où son nom). Il s’incarne souvent dans une figure charismatique soutenue par un parti [1]. Ses manifestations sont apparues avec l’émergence des démocraties modernes.

Avant les années 1990, les termes « populisme » et « populiste » pouvaient désigner divers courants politiques se référant au peuple, parmi lesquels le parti de centre droit autrichien ou le SHP turc au centre-gauche qu’on a tendance depuis à ne plus vouloir qualifier ainsi, leur préférant le label de «populaire »[2]. Le terme « populisme » a désormais un sens plus restreint, parfois péjoratif.

Le populisme met en accusation les élites ou des petits groupes de la société. Parce qu’ils détiennent un pouvoir, le populisme leur attribue la responsabilité des malheurs de la société : ces groupes chercheraient la satisfaction de leurs intérêts et trahiraient les intérêts de la de la population. Les populistes proposent donc de retirer l’appareil d’État des mains de ces élites pour le « mettre au service du peuple ». Le leader populiste propose des solutions qui appellent au « bon sens populaire ». Ces solutions sont présentées comme applicables immédiatement et émanant d’une opinion publique présentée comme uniforme. Les populistes critiquent généralement les milieux d’argent ou une minorité quelconque (ethnique, politique, administrative etc.), censés avoir accaparé le pouvoir ; ils leur opposent une majorité, qu’ils représenteraient.

Le mot de « populisme » désigne d’abord un mouvement politique organisé dans la seconde moitié du XIXe siècle aux États-Unis par des agriculteurs confrontés à des tarifs prohibitifs que des compagnies de chemin de fer tentaient de leur imposer. À la même époque, la Russie connaissait un mouvement politique radical qui visait à instaurer un système d’économie socialiste agraire : le mouvement des Narodniki (gens du peuple, en russe). Interdit par la police, le mouvement devint une société secrète, recourant à la violence et à l’assassinat pour faire entendre ses idées. Par la suite, dans la foulée des nationalismes, le thème de l’émancipation du peuple a inspiré de nombreux partis politiques dits populistes. Le boulangisme, le péronisme, ainsi que le poujadisme sont des mouvements populistes[3].

Annie Collovald[4] a souligné que le mot populisme connaît un nouveau succès depuis les années 1980, comme synonyme de démagogie politique, surtout lorsqu’il s’agit de mouvements d’opposition. Selon elle, la catégorie renseignerait moins sur ceux qu’elle désigne que sur ceux qui l’emploient. Annie Collovald met en parallèle le succès du terme avec la disparition progressive des classes populaires dans les appareils et dans les discours des partis politiques et l’interprète comme l’expression d’une méfiance grandissante à l’égard des classes populaires. En effet, le populisme a depuis cette époque souvent été identifié à l’extrême-droite. Pourtant, comme le remarque l’historien Michel Winock, « le populisme n’est pas spécifiquement d’extrême droite. Le mot désigne une confiance dans le peuple que l’on rencontre dans les discours de Robespierre ou les écrits de Michelet »[5].

Le peuple contre la démocratie : le populisme [6]

L’élection présidentielle du 21 avril 2002, en France, a démontré que le Front National est sorti de la marginalité. Les termes de « populisme », ou de « national-populisme » qualifient souvent cette formation politique. Ainsi, et pas seulement en France, des leaders populistes apparaissent en Europe. Leurs programmes exploitent les inquiétudes populaires pour stigmatiser les immigrés, la mondialisation ou l’intégration européenne. Utilisant habilement les médias, ces partis monopolisent, au détriment de la gauche, les inquiétudes suscitées par la mondialisation néo-libérale.

Dans son ouvrage « L’ illusion populiste » (éd. Berg international, 2002), Pierre-André Taguieff procède à une analyse conceptuelle et à une étude comparative des discours et pratiques du populisme. Dans la même lignée, je tenterai ici de rendre compréhensible la signification et la portée des populismes nationalistes européens.

Tout d’abord, l’appel au peuple apparaît comme le geste fondamental du populisme, ce qui permet son assimilation au paralogisme dit « argumentum ad populum » : la vérité découlerait de l’assentiment populaire remporté grâce à un appel émotionnel. A ce titre, le populisme ne serait rien d’autre qu’une démagogie. Avant 1990, on l’a vu, le terme est peu employé. Mais depuis une décennie, le mot entre dans les médias sous le mode de la dénonciation : le populisme est présenté comme une figure du mal politique regroupant différents dangers pour la démocratie : xénophobie, anti-élitisme, nationalisme, irrationalisme… Mais plus qu’une menace précise, le populisme est un des symptômes de la crise des démocraties représentatives dans le contexte de la mondialisation et de la construction européenne. Il exprime une exigence de participation populaire sous le mode fusionnel d’un communautarisme national ou identitaire.

Peut-on admettre une unicité de l’attitude populiste ? Elle recouvre en fait, une extrême hétérogénéité. L’usage actuel du terme résulte d’une sédimentation des significations découlant de l’histoire des populismes. Le maccarthysme, aux Etats-Unis, fut considéré comme un populisme. Il en est de même du poujadisme français. En Grande Bretagne, dans ces mêmes années (1950-1960) Enoch Powell, leader d’un mouvement xénophobe et nationaliste, usait d’une rhétorique populiste proche de celle de J.-M. Le Pen. Les références au populisme sont alors souvent assimilées au fascisme.

C’est après 1990 que le terme « populisme » se retrouve sur-employé. En fait, même si ces populismes stigmatisés corrompent l’idéal démocratique en écartant l’égalitarisme qui y est sous-jacent, le populisme s’appuie à l’origine sur une idéalisation du peuple propre à un socialisme humaniste et réformiste (par opposition au communisme). En Amérique du Sud, le leader populiste est une figure archétypale de la vie politique : Perón en est un exemple historique. Son programme associe un autoritarisme à une politique sociale progressiste, établissant un lien affectif fort entre un leader charismatique et les masses. Le populisme affirme l’indépendance nationale, la souveraineté face à l’influence du capitalisme étranger et met l’accent sur l’identité nationale au-delà des clivages de classe.

Même si la filiation avec l’extrême droite est réelle, on ne peut masquer les spécificités « modernes » du populisme actuel. Pour beaucoup, le démarquage par rapport au néo-fascisme est explicite : on se rapproche plus du libéralisme thatchérien que du mussolinisme

Questions de définition

L’imprécision du terme entraîne une sorte de « désordre sémantique ». « Populisme » apparaît comme un terme à contours flous, que l’on peut cerner à partir d’un prototype et de ses variantes. L’analyse consiste alors en une énumération d’exemples dont on dégage un schème commun.

La référence au peuple, à qui on s’adresse dans un discours l’opposant aux élites, constitue le « style » populiste de mobilisation politique. Le peuple y est perçu comme une réalité globale, à la fois concrète et mythique, transcendant les antagonismes de classe. Dans cette perspective, le populisme s’oppose aux marxismes. Le populisme russe, comme le populisme américain, mobilisait le monde rural. Le populisme d’aujourd’hui mobilise les couches populaires supposées s’enraciner dans la nation perçue comme unicité ethnique : il s’oppose tant au « capitalisme sans patrie » qu’au prolétariat déraciné issu de l’immigration.

Le populisme est donc une méthode de mobilisation plutôt qu’une théorie. Il vise à construire une unité politique à travers le mythe d’un peuple uni autour d’un leader. Un point commun se dégage : le refus des médiations qui s’exprime à travers la dénonciation des institutions politiques en place. En cela, le populisme est une révolte citoyenne contre le formalisme de l’Etat de droit. Cette tension est cependant constitutive du paradoxe démocratique qui articule le référent au peuple à travers la médiatisation institutionnelle de la participation politique. Le populisme correspond à la nécessité, dans un contexte de faible légitimité des classes dominantes, de s’allier à des secteurs urbains des classes dominées.

Taguieff dégage six domaines de significations entrecroisées :

  1.   C’est une mobilisation protestataire des classes moyennes et populaires témoignant de l’irruption des masses dans l’espace politique ;
  2.   C’est un régime autoritaire mobilisant les masses autour d’un chef charismatique et faisant l’économie de la médiation institutionnelle ;
  3.   C’est une idéologie idéalisant le peuple pris dans sa dimension culturelle et sociologique et l’opposant à un « ennemi » démonisé ;
  4.   C’est un rejet de l’expertise ou de l’élitisme faisant appel au « sens commun » ;
  5.   C’est une rhétorique usant de l’argumentation « ad populum » et utilisant les ressources de la communication de masse ;
  6.   C’est une forme de légitimation du pouvoir apparaissant dans les contextes de crise politique engendrée par la modernisation : on valorise le peuple contre l’autorité des élites.

Le Front National comme populisme
Le Front National (FN) est un parti que l’on peut qualifier de « national-populiste », à forte composante identitaire et xénophobe. Dès 1991, Le Pen opère une redéfinition positive du terme par la mise en équivalence du populisme avec la démocratie. Il se réfère à la volonté populaire. Le Pen se qualifie ainsi en « vrai démocrate » par opposition au parlementarisme des élites. La revalorisation du populisme, à comprendre comme une identification du « demos » (le peuple en tant que couche sociale) à « l’ethnos » (le peuple comme ethnie) , fonctionne comme un substitut du nationalisme.

Le FN se veut « réaliste » contre l’utopisme d’un cosmopolitisme, « national » face au mondialisme, et « populaire face à l’élitisme attribué au gouvernement en place. Ce populisme d’extrême-droite prolifère dans une Europe déstabilisée par la globalisation économique et confrontée à ses conséquences visibles : perte d’identité nationale, migrations, crise sociale et économique. Par opportunisme, certains mouvements se « défascisent » et s’adaptent à la communication audiovisuelle : au tribun spécialiste des effets de menton, succède le leader chaleureux, souriant et moderniste, soigneusement formé par les experts en marketing. Mais les programmes des Haider (Autriche), des Fortuyn (Pays Bas) et des Berlusconi (Italie), en matière d’immigration ou de droit social, ne se démarquent pas de ceux portés par les « fascistes » d’autrefois.

Le Front National peut être analysé comme un mixte de bonapartisme, de conservatisme, et de populisme xénophobe. Cinq traits le caractérisent: l’appel politique au peuple, le refus des distinctions de classes et idéologiques, le refus des médiations institutionnelles par le recours à l’appel direct à un peuple « sain », contre la ploutocratie et les élites, l’appel à la rupture purificatrice et le rejet xénophobe des immigrés. Ce dernier point s’oppose radicalement à la tradition universaliste française qui se refuse à poser des obstacles raciaux ou culturels à l’assimilation et l’intégration. Le lepénisme met en branle un nationalisme d’exclusion par opposition au nationalisme d’assimilation portée tant par la gauche que par les gaullistes.

La signification du populisme
On peut se demander quelle signification peut revêtir l’irruption du populisme, aujourd’hui revendiqué sous la dénonciation d’une rupture entre la gauche et le peuple. Car le populisme ne se limite pas à sa version ultra-droitière : la gauche radicale, alter-mondialiste ou néo-trotskyste, se réclame aussi d’un peuple idéalisé. Mais au contraire des nationalismes, le peuple ainsi invoqué prend la figure d’un prolétariat transfiguré par un messianisme tiers-mondiste : le populisme sud-américain réapparaît comme avatar postmoderne du guévarisme : du sous-commandant Marcos au président vénézuélien Hugo Chavez, les hérauts du peuple semblent promis à un bel avenir médiatique. Le populisme sud-américain prend racine dans une forme de mobilisation politique qui conserve le mode archaïque (proto-démocratique) d’une relation directe, affective et clientéliste au peuple.

Au cœur du populisme, il y a la question problématique de la démocratie, au point qu’on peut se demander si l’exercice du pouvoir démocratique peut faire l’économie du populisme. Toute forme de représentation démocratique doit faire appel en effet, à la reconnaissance du peuple. Dans la pratique, l’élection démocratique met en spectacle un rapport immédiat à la population. La scénographie des fêtes nationales et populaires, des manifestations de masse comme des campagnes électorales joue du populisme en multipliant les gestes d’appel au peuple.

Mais l’exercice du pouvoir se refuse au plébiscite constant : la politique requiert une spécialisation des compétences, comme elle requiert une différenciation des partis et des mouvements. Les citoyens s’organisent en clans, en formations, en partis, et la composition concrète des gouvernement dépend du rapport de force que ces partis mettent en place à l’occasion des scrutins. Une tension subsiste toujours, que les pratiques parlementaires – scénographie du pouvoir et de l’opposition – tentent de réguler. Mais une telle régulation, très médiatisée, reste décevante pour le peuple qui aspire à une souveraineté sans intermédiaire. Le populisme serait-il un anarchisme ? En aucun cas. L’anarchisme tend à voir se substituer à la force légitime du droit, le pouvoir informel des leaders « naturels » au sein d’une population déstructurée par l’absence d’institutions. Le populisme, lui, aspire à l’autoritarisme et mobilise pleinement le désir de servitude.

Le peuple cherche à échapper à la perte de légitimité des institutions, en plaçant aveuglément sa confiance en un chef charismatique qui se dit capable d’unifier la nation. Un peuple unifié sous l’égide de la nation ne saurait rester uni dans un système pluripartidaire, aussi les formes pluri-partidaires de la démocratie ne sauraient coexister avec le populisme. Ce dernier apparaît donc comme le symptôme marginal d’une crise de la représentation, un symptôme qu’il ne faut pas espérer réduire en accordant crédit, ou légitimité, à ses revendications.

La problématique se déplace donc vers la crise de la représentation démocratique. Il faut avouer que les partis échouent, dans nos pays, à résoudre la crise structurelle, économique et sociétale, que nous vivons, mais cette crise ne peut être résolue que par une prise en main, par les citoyens eux-mêmes, du destin collectif. Le philosophe Alain espérait « un peuple instruit, qui délibère et discute ; un peuple éclairé par des spécialistes, éclairé par ses représentants, mais non pas gouverné par eux ». C’est dans ce rapport au savoir, que se situe la carence essentielle de nos démocraties qui, au nom d’un libéralisme mal compris, confient au secteur privé des fonctions, des responsabilités – l’enseignement, la communication et la transmission d’une culture commune – qui ne devraient être mises en œuvre qu’en vertu de l’intérêt général.

Force est de constater que le cadre national dans lequel s’exerce l’action politique apparaît, au vu de la globalisation économique, comme étriqué. La nation vit un paradoxe : d’une part, elle permet l’unification sociale, politique et culturelle, et d’autre part, elle peut être le cadre d’un nationalisme d’exclusion, xénophobe voir raciste lorsqu’on identifie l’unité politique nationale à une unité ethnique ou culturelle.

L’idéal républicain français veut faire de la nation un facteur d’intégration transculturelle ; il procède par assimilation et séparation stricte entre l’espace public, lieu du politique, et l’espace privé, où s’expriment les convictions et les moeurs. Le cadre national ne reconnaît pas la diversité multiculturelle qu’il ne tolère que dans l’espace privé. Ce en quoi il rencontre l’obstacle des ressentiments communautaires. La construction ethniciste, séparatiste ou communautariste, est alors l’enjeu d’une lutte pour la reconnaissance, lutte capable de démanteler l’unité républicaine.

Cette crise est d’autant plus le terreau des populismes, qui tentent de reconstruire à travers l’ethnie, l’unité nationale perdue, que la décomposition sociale s’accompagne d’une homogénéisation mondiale des modes de vie, et d’une perturbation considérable générée par les migrations internationales. Ces dernières sont l’effet de la globalisation et des fractures socioéconomiques qu’elle engendre, mais pour le national-populisme, les migrants cristallisent en eux les maux de la mondialisation. Ils feront d’autant plus fonction de bouc émissaire que la stigmatisation du travailleur migrant, et sa précarisation sociale, servent les intérêts économiques du principal acteur de la globalisation économique : le patronat. Le nationalisme ethnique est une impasse : ce discours se situe à un lieu de convergence de désirs, d’intérêts et de fantasmes entre une population économiquement déstructurée et une fraction du patronat satisfait de bénéficier d’un volant de main d’œuvre malléable à merci.

La menace qui se profile est ici de nature libérale : en Europe, le succès économique passe par la construction économique européenne, mais ce succès implique un transfert de souveraineté vers des instances dont la transparence démocratique n’est pas évidente. Des forces politiques remettent alors en cause, à l’échelle européenne, les principes de l’unité républicaine en favorisant le communautarisme linguistique et le régionalisme. Les incertitudes institutionnelles de l’Europe et son expansion accélérée vers l’Est, rendent problématique le maintien de souveraineté politique des nations. D’autant plus que les constructeurs de l’union européenne semblent souscrire, sans distance critique, aux principes du libre-échange tout en adoptant les tares du protectionnisme ethniciste à l’encontre des migrants non européens.

Absence de réponse politique au niveau institutionnel, subordination de l’intérêt général aux intérêts privés, remise en cause de la laïcité, carences sur le plan de la politique de défense et absence d’autonomie face aux géants américain ou chinois, déni d’humanisme à l’égard des populations du Sud, interpénétration du politique et des activités mafieuses …, il y a là nombre d’éléments pour établir un réquisitoire contre une Europe devenue incapable d’affirmer son universalisme et de marquer sa distance par rapport aux pouvoirs économiques et financiers transnationaux.

© Georges Vignaux, 2011

[1] « Les Populismes», sous la direction de Jean-Pierre Rioux, Paris, Librairie Académique Perrin, 2007.
[2] Au XXIe siècle, le nomösterreichischeVolksparteiest traduit en français «Parti populaire autrichien » ou « Parti du peuple autrichien », alors qu’au XXe siècle il était usuel de traduire « Parti populiste autrichien ». À partir des élections de 1999, qui permettent son entrée au gouvernement fédéral, c’est désormais le « parti libéral autrichien », qui sera qualifié de « populiste » par les commentateurs français.
[3] Il en va de même de la traduction du SHP turc. Le CHP turc, aujourd’hui traduit parti républicain du peuple, pouvait autrefois être désigné en français par Parti populiste républicain.
[4] « Du populisme en France » [archive] sur www.enquete-debat.fr.
[5] Annie Collovald, « Le Populisme du FN : un dangereux contresens », éditions du Croquant, 2004, Michel Winock, in « Les Populismes ».
[6] Patrice Deramaix : http://membres.multimania.fr/patderam/textes/populisme.htm

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  1. Patrick Yeu
    31 mai 2011 à 5 h 00 min

    Quid du poids de l’opinion publique dans le fonctionnement même de la démocratie, en général, et de la démocratie représentative, en particulier ? Le reste du discours me semble, dès lors, déformé et s’inscrire dans une logique de jeu à somme nulle où on oppose élites, via l’Etat, au peuple en oubliant, au passage et c’est ce qui fait problème, l’individu. Ou pour être plus précis encore, la personne. Car, à mon humble avis, ces problématiques sont liées à la négation – tactique et stratégique – de la personne. Y compris en tant que cas particulier, d’une différence technique, càd pratique, historiquement impossible à prendre en compte. Dans tous les cas, on ne traite que de masses et on ne parle de personne sinon qu’en termes de catégories (les citoyens, les Français, les travailleurs, les élites, les politiques, les hommes, les femmes, etc…) Et pour cause. Ce qui est en jeu, c’est le pouvoir, la domination. Une vérité contre celle de toutes les autres ou pour être plus précis, la seule vérité qui doive masquer les autres à la façon de l’injonction militaire : « Je ne veux voir qu’une tête ! Exécution !(à prendre tant tous les sens du terme. Y compris celui relatif à la sanction !) » pour éviter le polythéisme cher à Max Weber. Or notre affaire est une histoire humaine, pas une histoire de principes sauf à basculer d’entrée de jeu dans le paradoxe et l’absurde. Et c’est là, justement, où nous en sommes, non ?

    Dès lors, la seule et vraie question (je paraphrase le titre du livre de Christopher Lasch, « Le seul et vrai paradis. Une histoire de l’idéologie du progrès et de ses critiques » paru chez Champs/Flammarion parce qu’à traiter au niveau de la catégorie, on situe plus le débat au niveau de l’idéologie qu’à celui de la résolution pratique des problèmes auxquels chacun, et les siens, se trouve(nt) confronté(s) dans sa vie quotidienne.

    Il est urgent de trouver le point de vue permettant de sortir du paradoxe consistant à détourner la notion d’Etat (j’ai bien dit « notion » pour évacuer l’idée même de concept de l’Etat qui, justement, fonce le problème) pour en faire un enjeu de pouvoir au lieu d’un moyen de vivre ensemble. Utopique ? Jusqu’au moment où la vie quotidienne, justement, devient impossible. Le reste est alors affaire de formation et de maturité des individus, si « les petits cochons ne les mangent pas avant! », bien sûr. C’est, je crois, là où nous en sommes et où en sont les Tunisiens, les Egyptiens et même les Libyens et les Syriens.

    • georgesvignaux
      2 juin 2011 à 16 h 48 min

      Bonjour Patrick
      Je vais vous répondre !
      georges

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