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Médias sociaux et populisme, une paire gagnante

27 mai 2011

Je sais, le titre de ce billet est provocateur. D’une façon ou d’une autre, c’est ma marque de commerce ! Voilà, c’est dit ! Mon collègue, Georges Vignaux, dans son billet précédent, est venu nous rappeler ce qu’est le populisme. Je retiendrai certains points de son propos :

  • le populisme s’appuie à l’origine sur une idéalisation du peuple ;
  • le peuple aspire à une souveraineté sans intermédiaire ;
  • les populistes proposent de retirer l’appareil d’État des mains de ces élites pour le « mettre au service du peuple » ;
  • leurs programmes exploitent les inquiétudes populaires pour stigmatiser.

C’est justement dans cette dynamique qu’interviennent les médias sociaux — Twitter, Facebook, blogues, et autres. Comment interviennent-ils ? Par la participation citoyenne. Qu’est-ce que la participation citoyenne ? « C’est tout ce qui permet aux citoyens de réaliser quelque chose de positif et d’utile pour la collectivité, pour des motifs individuels ou altruistes. Par son engagement, le citoyen s’implique dans la vie publique autrement que par le simple devoir électoral. Les citoyens ainsi engagés trouvent une grande satisfaction à travers leur participation citoyenne qui se traduit par un sentiment d’utilité sociale. » Jusque-là, tout va bien. C’est lorsque la participation citoyenne se fait par médias sociaux interposés que les choses dérapent.

La participation citoyenne exige d’un individu qu’il s’implique activement dans la collectivité ; c’est fondamental, sans compter que sa présence physique est forcément requise. L’individu qui participe à cette implication sociale le fait pour la collectivité et non la communauté — voir mon propos à ce sujet dans mon billet intitulé « Populisme, pourquoi est-ce si populaire ? ».

De tout temps, et même longtemps avant l’arrivée des médias sociaux, les populistes — le « vrai monde » — ont aspiré à une forme de gouvernement sans intermédiaire où les idées de la masse devaient, à un moment bien précis dans le temps, non pas servir de baromètre pour guider les dirigeants, mais être appliquées dans l’immédiat. Ce faisant, on retirait des mains de l’État son rôle de régulateur pour le remplacer par la volonté populaire.

En quoi est-ce les médias sociaux ont changé la donne de la participation ? En se soustrayant à l’implication sociale de l’individu qui exige une présence physique. Les gourous du Web 2.0 sont alors venus nous faire croire que nous exprimer partout sur toutes les tribunes était LA forme de participation citoyenne à privilégier. Et nous y avons cru ! En fait, ce que nous avons réalisé comme tour de force, c’est de dénaturer la notion même de participation citoyenne pour servir la cause du populisme. Dans la chaleur de son foyer, avec pour seuls intermédiaires un clavier et un écran, nous pouvons devenir des citoyens impliqués. Quelle contradiction !

Avec les médias sociaux, tous autant que nous sommes, nous avons la capacité de gonfler une idée par le seul poids du nombre, et de la présenter comme une vérité à laquelle il faudrait adhérer. Cette participation citoyenne devient alors un plébiscite constant, alors que gouverner n’entre justement pas dans cette dynamique. Nous sommes donc très loin d’un peuple instruit, qui délibère et discute ; un peuple éclairé par des spécialistes, éclairé par ses représentants, mais non pas gouverné par eux. Concrètement, nous sommes plus près d’un peuple qui dit n’importe quoi à propos de n’importe quoi. La supposée sagesse des foules peut aller se rhabiller !

Concrètement, la participation citoyenne pratiquée sans l’intermédiaire des médias sociaux n’a rien à voir avec le populisme. Par contre, la participation citoyenne pratiquée par l’intermédiaire des médias sociaux a tout à voir avec le populisme. Pour vous en convaincre, allez lire les commentaires de tous ses « participants citoyens » sur les sites des grands médias ou des blogues. D’un autre côté, les médias sociaux peuvent servir la cause de la participation citoyenne, si elle permet à des gens de véritablement s’impliquer dans la société en coordonnant leurs activités et leurs communications. Autrement, les médias sociaux et le populisme sont une paire gagnante qui idéalise l’opinion du peuple, stigmatise les minorités, et exploitent les peurs les plus diffuses !
Quid de la révolution citoyenne !

© Pierre Fraser, 2011

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