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La mondialisation : stratégies et conséquences

28 mai 2011

Fantasme ? Réalité ? Le terme de mondialisation a glissé du discours économique au discours de la peur. On attribue bien des maux à la mondialisation y compris la montée des néopopulismes qu’on a vus précédemment. Qu’en est-il ? Je m’essaierai ici à un premier exercice de définition.

La mondialisation est un processus d’expansion, qui a pour origine les conquêtes commerciales des XVIe et XVIIe siècle des nations européennes, et qui fut poursuivi par l’expansion coloniale. De profondes mutations dans les domaines politiques et économiques des pays sont apparues en conséquence, dès la moitié du XXe siècle.

Le concept d’ « Etat nation », limité aux frontières de l’Etat, fut ainsi supplanté par le concept d’ « Etat Monde ». Influencés par les Etats-Unis, les pays européens adoptèrent les principes de libéralisme et d’individualisme qui aboutirent aux principes de liberté économique et du droit à la propriété. Les échanges commerciaux, plus nombreux, imposèrent progressivement une réglementation de ces échanges.

Le premier de ces accords fut le « General Agreement on Tarriffs and Trade » (GATT). Cet accord général sur les tarifs douaniers et le commerce fut ratifié en octobre 1947 par 23 pays, puis par 121 pays au total en 1995. L’objectif était d’inciter les pays à ouvrir leurs frontières en baissant les droits de douane et élever ainsi le revenu mondial des années à venir. Une hausse de 1% du revenu mondial des 10 prochaines années était prévue.

Développée à partir de 1980, la mondialisation s’accélèrera surtout dans les années 1990 avec la création d’organismes à vocation mondiale de surveillance des échanges commerciaux et de finance. Citons parmi eux le Fonds Monétaire International (FMI) en juillet 1994, la Banque des Règlements Internationaux ( BRI) et l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC) en 1995.

L’OMC succède au GATT en janvier 1995. Aujourd’hui 144 pays en sont membres, dont la Chine et Taiwan récemment.

Les principaux objectifs de l’OMC sont :

  • gérer et contrôler les accords de libre échange;
  • établir des bilans des politiques commerciales entre états;
  • arbitrer les conflits commerciaux entre états;
  • accroître le libre échange.

L ‘OMC n’a pas de pouvoir propre, mais est dotée d’un Organe de Règlement des Différends (ORD) qui est autorisé à sanctionner financièrement les Etats lors des conflits opposant les grandes puissances ou les pays du Nord contre ceux du Sud. Cet organisme peut déclarer non conforme à l’organisation du commerce, telle ou telle législation nationale.

L’OMC est sujette à des contestations diverses. En effet, l’OMC est de plus en plus demandée par des pays pour rendre le droit durant un litige et pourtant l’OMC n’a jamais été autant rejetée par des mouvements d’anti-mondialisation d’envergure nationale. D’autre part le fait de vouloir organiser la libéralisation des échanges est en contradiction avec le risque de générer des droits internationaux qui ne seront pas en adéquation avec les réglementations en vigueur, dans les domaines sociaux, environnementaux…

Toutes ces contradictions soulignent les faiblesses de l’organisation et la complexité du mouvement de la mondialisation.

Le caractère individualiste et libéral de la mondialisation favorise l’émergence d’acteurs privés qui agissent à l’échelle du monde. Parmi ces acteurs, les Firmes MultiNationales (FMN) sont prédominantes : on dénombre 63 000 groupes, 800 000 filiales et des millions de salariés. Une firme multinationale est une entreprise ou un groupe, le plus souvent de grande taille, qui, à partir d’une base nationale, a implanté à l’étranger plusieurs filiales dans différents pays. Au minimum 10% du capital des firmes est investi à l’étranger.

Les Investissements Directs à l’ Etranger (IDE) correspondent aux investissements réalisés dans le but de créer ou de prendre le contrôle d’une entreprise hors du territoire national. Ils s’opposent aux investissements de portefeuille (en actions ou obligations), qui sont des placements boursiers. L’intérêt pour les firmes d’exporter le capital est d’échapper aux textes nationaux contraignants pour leur profit. Par la même occasion, la firme accroît sa part de marché international en étendant son champ d’action et le nombre de clients potentiels de différentes nationalités.

Définitions
La méthode de développement d’une firme multinationale est dite des 3D :

Désintermédiation
Faire du bénéfice direct sur la matière première en se rapprochant de la zone d’exploitation et des lieux de production. Les intermédiaires sont supprimés et la firme supervise l’ensemble de la production, de l’achat de matière première au produit fini. Ainsi Michelin, le fabricant de pneumatiques français, développe des plantations d’hévéas à Madagascar et en Indonésie.

Déréglementation
Délocaliser à l’étranger pour s’affranchir des mesures contraignantes. Dans le domaine de la confection, les entreprises profitent ainsi des zones où les salaires sont faibles, et les protections sociales et syndicales quasi-inexistantes. La production est écoulée sur d’autres marchés. Levi’s, Nike et Reebok ont choisi de s’implanter en Chine, en Indonésie ou en Corée.

Décloisonnement des marchés
Faire des fusions et des acquisitions pour renforcer la suprématie de la firme sur le marché. Acquérir ainsi des parts de marchés dans de nouveaux secteurs entraîne la diminution du nombre de concurrents. La création d’oligopoles (c’est-à-dire des marchés partagés entre deux ou un nombre réduit d’entreprises) permet alors de rationaliser la production et de développer des économies d’échelle, de réduire les coûts de production et de fabrication.

Par ces méthodes les firmes ont su s’imposer sur le plan mondial. Les secteurs les plus lucratifs sont l’automobile, le pétrole, les services de télécommunication, l’aéronautique et l’informatique.

Le développement réussi des firmes est du à trois facteurs historiques :

  •  la chute de l’empire soviétique. Les pays du Sud ont été affaiblis au détriment de ceux du Nord. En effet, 95% des premières capitalisations mondiales ont pour origine un pays de la Triade Etats-Unis, Europe, Japon;
  •  la démission des Etats dans leur rôle de réglementation. Les vagues successives de libéralisation, de privatisation et de déréglementation ont affaibli le pouvoir économique des Etats;
  • une perte de contrôle sur les pouvoirs publics et la direction d’entreprises de la part des citoyens. Le déclin de l’intérêt des salariés pour les syndicats d’entreprise et la baisse du militantisme en général donnent plus de liberté de mouvement aux directions d’entreprise au détriment du respect des valeurs sociales.

Dès lors les firmes multinationales ont su profiter de la dynamique américaine, puis européenne, pour prospérer et s’affranchir des contraintes étatiques. Progresser dans un cadre peu contraignant a permis à la mondialisation de prendre son essor à partir des années 1990.

L’internationalisation des entreprises suit un processus analogue à celui des marchés réalisés par les compagnies maritimes du XIVème siècle dans le négoce des épices d’Indonésie ou de soie en Chine. La Compagnie des Indes, qui appuyait son commerce sur les comptoirs installés dans les empires coloniaux britannique et hollandais, développa ainsi de fructueuses activités internationales de commerce et de production. Un des instruments de l’implantation des firmes sont les Investissements Directs à l’ Etranger (IDE).

Des accords et partenariat d’entreprises ont tissé de la sorte, un réseau de communication et de flux financier à travers le monde. L’investissement perd son rôle d’ajusteur des différentes politiques économiques, mais sert à accroître l’ économie nationale et le profit de la firme. Une modification des salaires est constatée, ainsi que l’attitude du patronat qui n’assure plus les débouchés intérieurs du produit et la paix sociale, mais privilégie la recherche du profit.

La déréglementation des marchés menée par les firmes, a également contribué à l’expansion de la mondialisation.

Il s’en est suivi un flottement des monnaies qui permet de se servir de la monnaie comme moyen d’équilibrage de l’ économie d’un pays et d’assurer ainsi sa compétitivité par rapport à d’autres pays.

Dès lors, suite à un réseau de communication et de flux financier, facilités par la baisse des coûts de transports, des modifications structurelles ont été apportées au modèle classique de l’économie : l’« économie de la mondialisation » est ainsi apparue.

© Georges Vignaux, 2011

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