La mondialisation et ses ravages

31 mai 2011

(c) Radio-CanadaDepuis 1980, l’industrie française a détruit près de 2 millions d’emplois. Selon une étude du ministère de l’Economie [1], entre 2000 et 2007, 63 % de ces destructions sont le fait de la concurrence internationale. [2]

La faute en incombe à la désindustrialisation en marche dans le pays depuis le double choc pétrolier des années 80 et la politique de désinflation de la décennie suivante.

En 1980, l’industrie au sens large avec ses services attachés, comme l’intérim, employait 6 millions de personnes. 27 ans plus tard, elles n’étaient plus que 4,6 millions. Et à peine 4,1 millions, à la fin de l’année 2009. 2 millions d’emplois ont donc été détruits purement et simplement.

Montée de la Chine

« Sur la période 2000-2007, 63 % des destructions d’emplois, soit 282 000 postes s’expliquent par la seule concurrence étrangère », précise Lilas Demmou, l’auteur de l’étude.

En gros, le rythme des destructions est deux fois plus intense entre 2000 et 2007, un peu moins de 70 000 par an, qu’entre 1980-2000. Et l’économiste de préciser dans son étude: « 104 000, soit 23 % des destructions observées seraient imputables à la concurrence des pays émergents. » Traduction: deux emplois détruits sur cinq le sont à cause de la Chine et des autres pays dits émergents. Pour le reste, il convient de regarder en direction des pays développés comme l’Allemagne qui a poursuivi, durant les 5 dernières années, une politique de compétitivité pénalisante pour ses concurrents — dont la France. Mais le mouvement de transfert de la production industrielle dans les pays émergents ne fait que s’amplifier. Depuis juin 2007, on est passé de 70 000 destructions d’emplois annuelles à 120 000.

Les interventions du ministère de l’Industrie ici et là sur les projets de fermetures de sites arrivent toujours trop tard. De la raffinerie de Total à Dunkerque au site de production d’écrans plats de Philips à Dreux, les plans des multinationales sont déjà prêts depuis longtemps. En 30 ans, ces firmes ont muté. Elles ne conservent un outil de production dans les pays développés qu’aux termes d’une analyse de coûts sophistiquée. Elles n’acceptent de produire en France que sur la base de rendements hyper-importants, et par conséquent, requérant très peu d’ emplois. Examinons de plus près l’étude de la DGTPE : pour un milliard d’euros de production industrielle, l’industrie employait 18 500 personnes en 1980, elle n’en emploie plus que 3 900 aujourd’hui. Soit un rapport de 1 à 4,5, deux fois plus rapide que les salaires et le PIB !!! Pour cet effort de productivité, les salariés n’ont perçu qu’une infime partie de cette richesse. Ils ont surtout dû assumer la précarisation de leur emploi.

Alors où est passé l’essentiel de ce gain de productivité ?

Une étude de la banque Natixis le révèle en partie : 56 % des exportations de la Chine, le nouvel «atelier du monde», sont à créditer aux comptes des multinationales. Ainsi, l’organisation de la globalisation, depuis les choix des pays de production, jusqu’aux lieux de consommation, en passant par les filiales off shore où sont logés l’essentiel des profits, est-elle pensée pour le plus grand avantage de ces multinationales, et bien sûr, pour celui de leurs actionnaires.

[1] Direction générale du Trésor et de la politique économique (DGTPE)
[2] Cf. http://robertofiorini.blog4ever.com/blog/lire-article-84180-1663410-ravages_de_la_mondialisation_dans_l_industrie_fran.html

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