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Mondialisation : les peuples européens en révolte

31 mai 2011

Photo: AFP/Pedro Armestre, Des personnes rassemblées sur la place Puerta del Sol, à Madrid, le 29 mai 2011, Les imbéciles ont pris le pouvoir, Pierre Fraser, Georges VignauxLes manifestations et les sanctions électorales  en Espagne, en Grèce, et au Portugal, traduisent la colère des opinions populaires. Les plans de rigueur, « perçus au début de la crise comme un mal nécessaire, expliquent Antoine Reverchon et Anne Rodier dans le dossier du « Monde Economie » consacré aux « peuples européens à l’épreuve de la rigueur », sont de plus en plus rejetés par les populations ».

« Les risques de récession et d’explosion sociale mineraient la confiance des marchés », poursuivent-ils. L’OCDE appelle à la création de 110 millions d’emplois d’ici à 2015 alors que dans le même temps, les pays du G20 semblent plutôt opter pour une réduction accrue des déficits, qui n’est pas sans évoquer les événements qui ont secoué l’Islande en 2008-2009 et conduit à « la mise en faillite des banques aux dépens des créanciers étrangers, les contribuables refusant de payer pour les erreurs de leurs dirigeants ». La question est là : « Qui devra payer » ?

Un nouvel acteur apparaît ainsi, qui vient perturber le face-à-face entre marchés financiers et gouvernements : les opinions publiques. On lit dans une note du courtier CMC Markets, citée par Le Monde : « Le risque de contagion des mouvements sociaux en Europe est un facteur supplémentaire d’aversion aux marchés d’actions. »

Le pouvoir politique a été ainsi balayé en Irlande aux élections législatives de février 2011. Le Parti socialiste espagnol, à Madrid, a perdu les élections municipales et régionales du 22 mai. Le premier ministre socialiste portugais, José Socrates, a dû démissionner. Partout se multiplient les manifestations et les grèves à l’annonce des plans d’austérité. Mais elles ont peu d’effets ! Alors, une nouvelle forme de contestation est apparue, à l’image du « printemps arabe ». Les jeunes chômeurs portugais ont appelé dès le 12 mai, via les réseaux sociaux sur le Web, des milliers de personnes à manifester. Ils ont été imités par les « indignés » espagnols qui occupent les places de Madrid et de Barcelone depuis le 15 mai, et par les Grecs depuis le 25 mai. Tous ces révoltés rejettent les plans de rigueur imposés par les marchés aux États endettés. Cela, parce que les effets négatifs de ces plans – chômage, précarité – sont de plus en plus sensibles, et parce que ces mêmes plans n’apportent pas les résultats attendus : la confiance des marchés ne revient pas et c’est de plus en plus de rigueur qui est exigé.

Réduire les salaires ?

« Réduire les salaires dans une société inégalitaire est insupportable » déclare ainsi dans le même dossier, Antoine Math, économiste à l’Institut de recherches économiques et sociales.

Le remède selon lui risque d’être pire que le mal. Les effets sur la croissance produisent des récessions : la diminution des dépenses entraîne la diminution des recettes. De plus, la multiplication des plans de rigueur dévalorise la crédibilité économique des états concernés.

Dès lors, apparaît une Europe à au moins deux vitesses car la rigueur s’applique avec une ampleur différente selon les pays. L’Allemagne, forte de ses excédents commerciaux dus à la demande des pays émergents, permet aux pays qui l’entourent – Belgique, Pays-Bas, Europe centrale – de ne pas s’effondrer. Mais comme partout on applique des programmes d’austérité, on ne voit comment la croissance pourrait repartir.

« Le virage vers des politiques d’austérité a été généralisé à partir de 2010 quand la crise financière a fait place à une crise de la dette. Ce tournant a été très radical au Royaume-Uni et en Espagne, où les mesures n’ont été annoncées qu’à la mi-2010. Dans ces deux pays, les effets se traduisent par la baisse du revenu des ménages et de la consommation depuis 2011. Les manifestations de rue en Espagne ont illustrent les premières conséquences de cette politique de rigueur sur la demande. (Antoine Math) ; la situation grecque est devenue insupportable…

Demander des efforts dans une société qui redistribue raisonnablement peut se comprendre ; il n’en va pas de même dans des sociétés où les inégalités sociales sont considérables et où on frappe les salariés et les familles tandis que les actionnaires des banques recommencent à prospérer.

Le sentiment d’injustice est d’autant plus fort que les perspectives d’avenir sont quasi nulles. Toute une partie de la population – les jeunes chômeurs et les précaires – en Grèce, en Espagne et au Portugal, n’a aucun espoir.

La rigueur imposée serait acceptable si elle était crédible. Ce n’est pas le cas…

© Georges Vignaux, 2011

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