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Mondialisation, mondialisation, mondialisation, et le principe des bassins versants

31 mai 2011

(c) Ressources Naturelles Canada, Mondialisation, mondialisation, mondialisation, et le principe des bassins versants, Les imbéciles ont pris le pouvoir, Pierre Fraser, Georges Vignaux« Deux emplois détruits sur cinq le sont à cause de la Chine et des autres pays émergents. » Voilà ce que mon collègue mentionne dans son billet précédent intitulé « La mondialisation et ses ravages. » Je veux bien admettre qu’il ait raison, et si on regardait de plus près en quoi consistent ces emplois détruits qui grugent la classe moyenne des pays occidentaux au profit de celle des pays émergents. En fait, je pense qu’il faut ici appliquer le principe des bassins versants. Et comment versent-ils ces bassins ? Voilà toute la question. Pourquoi trois fois « mondialisation » dans le titre ? Lisez ce qui suit !

Au début des années 1990, les différents gouvernements occidentaux ont commencé à faire miroiter à ces idiots utiles que sont parfois les entrepreneurs, qu’un nouvel Eldorado venait de se pointer à l’horizon : la Chine avec son milliard d’habitants. Quel entrepreneur sain de corps et d’esprit ne verrait pas là une opportunité en or pour conquérir ce marché ? Avec le soutien de programmes au développement — toujours se rappeler que le développement passe par l’argent des contribuables —, les gouvernements ont permis aux entreprises d’explorer ce marché et de s’y implanter. Ce qu’aucun gouvernement n’avait prévu, c’était que la Chine deviendrait la manufacture du monde de nos entreprises avec ses salaires dérisoires, et non qu’elle deviendrait un marché intérieur colossal pour nos entreprises, ce qu’elle n’est par ailleurs pas encore devenue après 20 ans d’efforts. Par exemple, ici au Canada, la moindre entreprise qui n’a rien d’une multinationale fait fabriquer ses babioles en Chine.

Premier bassin versant
On délocalise vers Chine et dans les pays émergents — bassins récepteurs — tout ce qui peut être manufacturé. Conditions requises pour le bassin récepteur : main d’œuvre surabondante, salaires dérisoires, faible consommation intérieure, et faiblesse de la monnaie.

Dans cette frénésie de délocalisations qui fait le bonheur de tous les actionnaires de quoi que ce soit, une autre frénésie s’empare des pays qui sont des bassins versants : la consommation à outrance de produits fabriqués au rabais.

 Deuxième bassin versant
Ramener dans les pays occidentaux les produits fabriqués en Chine et dans les pays émergents en les consommant en grande quantité. Ainsi, le bassin versant fait une fois de plus profiter le bassin récepteur en versant vers celui-ci des devises étrangères fortes. Conditions requises pour le bassin récepteur : disposer d’un marché mature vers qui écouler sa production.

Avez-vous déjà observé comment fonctionne un bassin versant ? C’est tout simple : l’un est plus élevé que l’autre, et l’eau qui est dans celui qui est le plus élevé coule vers celui qui est plus bas. Vous aurez compris qu’il est impossible, de façon naturelle, de faire remonter l’eau depuis le bassin récepteur vers le bassin versant, à moins de disposer d’une pompe. Conséquemment, le bassin récepteur est toujours celui qui profite du bassin versant. Dans le cas présent, les pays occidentaux sont le bassin versant, et la Chine et les pays émergents, les bassins récepteurs. Il faudrait que quelqu’un imagine une pompe économique ou financière quelconque qui ferait remonter ce dont profite la Chine et les pays émergents vers les pays occidentaux.

Impacts

Malheureusement, nous ne disposons pas d’une telle pompe. Pendant ce temps, le bassin versant s’assèche. La classe moyenne se réduit à vue d’œil, et les classes défavorisées s’appauvrissent encore plus. Avoir un emploi n’est même plus une condition suffisante pour échapper à la pauvreté. On peut travailler, contribuer à la productivité et à la prospérité de son pays, mais devoir lutter quotidiennement pour répondre à ses besoins fondamentaux.

En ce sens, les mouvements de contestation de mai 2011 en Europe sont l’expression de cette lutte qui s’annonce pour plusieurs citoyens des pays occidentaux : réussir à répondre à ses besoins fondamentaux.

Et pour le titre ? Mondialisation # 1 : délocalisation. Mondialisation # 2 : consommation extrême. Mondialisation # 3 : appauvrissement.

© Pierre Fraser, 2011

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