La mondialisation financière

2 juin 2011

Pierre Fraser écrit notamment dans son dernier billet : « Ramener dans les pays occidentaux les produits fabriqués en Chine et dans les pays émergents en les consommant en grande quantité. Ainsi, le bassin versant fait une fois de plus profiter le bassin récepteur en versant vers celui-ci des devises étrangères fortes. » Et voilà posée la question clé de la mondialisation : celle de la devise, de la monnaie, du système monétaire interntational.

1. Le Système Monétaire International (SMI)

De même que la multiplication des échanges au sein d’une économie nationale justifie une monnaie, la multiplication des échanges internationaux rend nécessaire un moyen de paiement international. Depuis le début du 19ème siècle plusieurs SMI se sont succédés.

Ils avaient pour fonction :

  1. de déterminer les modalités de conversion d’une monnaie en une autre. Le taux de change peut être fixe et ne varier que lorsque des autorités le décident, ou être flottant et fluctuer au gré du marché, en fonction de l’offre et de la demande.
  2. de constituer un instrument de paiement international qui peut être l’or ou une monnaie comme le dollar.
  3. de contribuer à réguler les échanges internationaux : le SMI doit être source de stabilité pour éviter les variations intempestives des monnaies .

Chaque SMI a deux particularités : un étalon qui est la base du taux de change de chaque monnaie et un moyen de paiement international.

• Les premiers systèmes :

a) Le système de l’étalon or : l’or, étalon et moyen de paiement international, assurait une très grande stabilité. Il a été abandonné après la première guerre mondiale.

b)Pendant l’entre-deux guerres : l’étalon est toujours l’or mais toutes les monnaies sont convertibles et sont des moyens de paiements internationaux. Ce système très instable a été la source de nombreux déséquilibres monétaires.

2.Le SMI de Bretton Woods

La conférence de Bretton Woods, réunie en 1944, avait pour but de créer un nouveau SMI.
La proposition de Keynes de créer une monnaie internationale gérée par une banque mondiale fut rejetée au profit de la proposition américaine soutenue par White : l’or conservait un rôle important et le dollar, considéré « as good as gold », devenait monnaie internationale.

Étant donné la puissance économique, financière, politique et monétaire des Etats-Unis, le dollar semblait ainsi pouvoir remplir le rôle de monnaie internationale.

Les accords de Bretton Woods sont conclus le 22 juillet 1944 entre les 44 pays alors membres de l’ONU ( l’Allemagne et la Japon n’en faisaient pas partie).

• Les principes de Bretton Woods :

C’est un système de parités fixes : chaque monnaie à un taux de change fixe avec le dollar (sa marge de fluctuation par rapport à ce taux n’est que de 1%) et le dollar a un taux de change fixe (35 $ l’once d’or).L’or conserve une fonction d’étalon : par l’intermédiaire du dollar, toute monnaie a une parité or. Chaque monnaie est convertible en dollar (et en tout autre monnaie) mais seul le dollar est convertible en or. Le dollar a donc le rôle d’une monnaie internationale, mais il est garanti en dernier ressort par l’or.

Il y a alors création de deux institutions internationales :

  • Le FMI (Fond Monétaire International) : chargé de veiller au respect des règles et éventuellement de prêter à un pays momentanément à court pour éviter qu’il modifie sa parité sans raison profonde. Les pays membres doivent verser une contribution de quote-part, déterminée en fonction de leur économie.
  • La BIRD (Banque Internationale pour la Reconstruction et le Développement) : chargée de prêter à long terme pour financer les opérations de développement. La BIRD a créé une filiale, l’Agence Internationale de Développement (AIT), chargée de prêter pratiquement sans intérêt aux pays pauvres. L’ensemble BIRD+ AIT constitue la Banque Mondiale.

3. La crise du système :

Le système de Bretton Woods reposait sur deux pilliers : la puissance économique américaine et la convertibilité du dollar en or.

Au début des années 60, une forte augmentation du nombre de dollars détenus à l’extérieur des Etats-Unis à commencé à saper la confiance en celui-ci et à créer un mouvement de convertibilité des dollars en or. Pour stopper la baisse des réserves d’or, les Etats-Unis, en 1968, ont limité la convertibilité aux banques centrales. Mais, face aux demandes de conversion de plus en plus importantes de la part des banques centrales, le président Nixon a supprimé la convertibilité du dollar en or.

Le système des taux de changes flottants :

L’abandon des parités fixes du SMI de Bretton Woods se traduit par le flottement généralisé : les taux fluctuent librement en fonction de l’offre et de la demande. Ce recours au marché pour fixer les valeurs des monnaies devait permettre, selon les libéraux, une autorégulation et donc un équilibre. Dans les faits, ce système de taux de change flottant n’assure pas la stabilité monétaire internationale.

Le fonctionnement du nouveau SMI :

* Abandon de tout étalon : l’or est démonétisé et devient une simple marchandise.
* Suppression de la monnaie internationale même si le dollar conserve un rôle central dans les échanges internationaux.
* Les monnaies fluctuent librement en fonction de l’offre et de la demande.
* Appréciation : une devise s’apprécie lorsqu’elle est plus demandée qu’offerte.
* Dépréciation : le contraire.

Les causes de variation des taux de changes :

Les mouvements de capitaux peuvent faire varier de façon rapide les taux de change, notamment les mouvements de capitaux à court terme ; ceux-ci sont très mobiles, en effet :
• Ils dépendent des taux d’intêret : à la recherche des places financières offrant les meilleures rémunérations, des capitaux dits capitaux flottants, se déplacent au gré des taux d’intérêt.
• Ils dépendent aussi de motifs spéculatifs ; la recherche d’une plus-value par la revente d’une monnaie à un cours plus élevé que le prix d’achat.

Les changes flottants se voulaient la réponse libérale aux désordres monétaires…

Selon les libéraux, dont M.Friedman, seul le marché permet l’équilibre et aussi l’atteinte de l’optimum économique ; la fixation des taux de change par le marché et non par des décisions administratives, devrait mettre fin aux désordres monétaires et rendre inutile une politique du taux de change.

Cependant, les taux de change flottants ont été source d’instabilité.

La création d’une zone monétaire comme l’Union européenne avec l’Euro, a eu pour objectif de créer un îlot de stabilité monétaire.

4.La globalisation financière :

La globalisation financière désigne la suppression des frontières nationales sur les marchés des capitaux ainsi que le décloisonnement des marchés financiers.

• La globalisation financière est une étape de la globalisation (mondialisation) économique :
– Internationalisation des échanges par le développement du commerce mondial.
– Internationalisation de la production par la réalisation d’investissements à l’étranger + délocalisations.
– Intensification des réseaux mondiaux d’information.

Le regain de libéralisme et la déréglementation des marchés :
– Ouverture des marchés financiers.
– Fonctionnement en continu du marché mondial des capitaux rendu possible par le développement de l’informatique.

La globalisation financière améliore l’environnement financier international:
– Décloisonnement du marché monétaire (ou marché des capitaux à court terme) et du marché financier (ou marché des capitaux à long terme ). Les barrières institutionnelles entre le secteur bancaire et institutions financières sont supprimées.
– Plusieurs monnaies sont des liquidités internationales (Mark, Dollar, Yen) ce qui facilite les arbitrages entre les différentes places financières ainsi que la diversification des placements afin de minimiser les risques et d’obtenir de meilleurs rendements.
– Les besoins et les capacités de financement sont mis en contact à l’échelle planétaire.

• La globalisation financière induit un risque d’instabilité :

La financiarisation excessive :

Déconnexion entre l’économie réelle et la sphère financière : le volume des opérations de change est environ 50 fois plus élevé que la valeur du commerce mondial de biens et services.

Le risque d’instabilité des marchés s’accroît par le fait que la valeur des titres et des monnaies devient instable, sans que la situation économique réelle ne le justifie ( ex : les cours boursiers en France s’envolent au début des années 90 alors que l’économie est en récession). La présence de bulle spéculative s’explique par le fait que les acteurs financiers internationaux anticipent à court terme des courts différents de ceux constatés. Cela incite à passer des ordres d’achat ou de vente qui ont un effet déstabilisateur sur les cours.

Les Etats n’ont plus le contrôle des flux de capitaux

Les mouvements de capitaux deviennent autonomes. La surveillance des politiques économiques par les grands acteurs financiers internationaux soumet les Etats au jugement financier. Si ces grands acteurs sont en désaccord avec une politique qu’ils jugent trop laxiste, ils transfèrent leurs capitaux vers un pays jugé financièrement plus orthodoxe. C’est ce à quoi on assiste vis-à-vis de la Grèce et de l’Espagne.

Les mouvements spéculatifs échappent aux autorités monétaires. Pour être efficace, leur intervention demanderait des réserves de change importantes dont elles ne disposent pas.

Les taux d’intérêt augmentent ou demeurent trop élevés, parce qu’il devient indispensable de verser une prime de risque plus grande aux capitaux afin qu’ils ne désertent pas la place financière. Cela pénalise la croissance économique et accentue le chômage.

Conclusion : La globalisation financière paraît irréversible ; pour prémunir les marchés contre l’instabilité qu’elle induit, il est nécessaire de mettre en place des instances supranationales. Le débat lancé aujourd’hui remet en cause le bien fondé de ce libéralisme excessif. La proposition de taxation des transactions financières est l’une des solutions proposées.

© Georges Vignaux, 2011

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  1. georgesvignaux
    2 juin 2011 à 16 h 22 min

    à Pierre : très belle mise en page !!!!

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