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Mondialisation, vous, et l’impératif marchand

3 juin 2011

Que vous ayez un boulot dans une industrie primaire, une manufacture, un magasin de vente au détail, ou une entreprise de service, vous êtes confronté à deux logiques contradictoires. La logique de production, qui structure votre travail au quotidien ; la logique financière qui régit la stratégie de l’entreprise pour laquelle vous travaillez. Contradictoires, dans le sens où la logique de production exige une période de temps déterminée non compressible pour produire un bien ou un service, tandis que la logique financière cherche à tout compresser, surtout le temps, pour maximiser les profits.

Pour maximiser les profits, vous avez à votre disposition une alternative qui s’impose d’elle-même : être en première position pour conquérir de nouveaux marchés. Pour pouvoir y arriver, vous devrez obéir à deux règles : innover et gérer efficacement le temps. L’un ne va pas sans l’autre. Par exemple, la société Apple est la quintessence de cette logique financière qui impose la première position. Ses produits déterminent littéralement les balises pour le reste du marché de la haute technologie. Elle est dans une course constante à l’innovation pour maximiser ses profits. Et elle y réussit très bien. On peut donc supposer que, chez Apple, la logique de production est subordonnée à la logique financière. Juste pour rappel, avant 1985, avant la mondialisation, peu importe le type d’entreprise, c’est la logique de production qui prévalait. Tout le reste était une conséquence de celle-ci.

Examinons, si vous le voulez bien, quelques aspects de la logique de production. Avant que les outils informatisés n’envahissent les boulangeries, celui qui pétrissait la pâte ou celui qui boulangeait le pain exécutait un travail en fonction de son talent et de son expérience. On exigeait de ces gens qu’ils sachent faire une seule chose, mais qu’il la fasse très bien. Aujourd’hui, dans une boulangerie moderne, il vous suffit de savoir comment interpréter les symboles affichés sur un écran. On exige de vous une compétence. Ici, le talent est tout à fait inutile. Personne ne dira de vous que vous avez le talent de l’ordinateur ou d’un quelconque logiciel. Vous avez développé une compétence pour utiliser ces outils. Par exemple, lorsque vous vous présentez pour un nouvel emploi, les gens des ressources humaines qui vous interrogent ne veulent pas savoir si vous avez un talent quelconque ou de l’expérience. Ce qui importe, c’est que vous sachiez quelque chose à propos de tous les écrans qui ont colonisé le monde et d’être en mesure d’exercer vos compétences à propos de ceux-ci. Par la suite, on conclut que vous devez avoir le profil approprié pour l’emploi postulé. Et vous êtes engagé !

Passons maintenant à la logique financière qui détermine la structure de votre travail. Quatre règles la régissent : compresser tout ce qui peut être compressé, produire plus avec moins, vivre constamment en flux tendu, être compétent et performant. Non seulement y a-t-il compression du temps, ce que vous savez déjà, mais il y a aussi compression des travailleurs et des compétences. Je m’explique. Vous connaissez sûrement le leitmotiv des entrepreneurs et des politiciens : faire plus avec moins. Vous en faites peut-être même régulièrement les frais. Pour y arriver, votre patron réduit le nombre de travailleurs en injectant dans l’environnement des technologies ou des procédures de travail toujours de plus en plus performantes qui viendront combler le manque de travailleurs, question de maximiser les profits. Conséquence, en tant que travailleur, vous êtes constamment plongé dans l’urgence où les situations urgentes deviennent la norme et se succèdent les unes après les autres. Vous êtes sans cesse soumis à un flux tendu — zéro défaut, zéro panne, zéro délai, zéro papier, zéro stock —, tout comme les chaînes de production. L’idée est de maximiser le nombre de tâches différentes à accomplir. C’est le flux tendu de la mondialisation où un nombre minimum de ressources disponibles à un moment précis est requis dans une période de temps relativement courte. Édifiant…

© Pierre Fraser, 2011

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