Mondialisation : vous en financez personnellement son expansion !

6 juin 2011

Juste pour rappel, suite aux accords de Bretton-Woods, après la Seconde Guerre mondiale, dont les Américains sont sortis gagnants — le dollar américain est devenu le pivot central du système monétaire —, trois grands organismes ont été créés : le Fonds monétaire international, la Banque mondiale, et l’Association internationale de développement.

De 1950 jusqu’au milieu des années 1970, les États-Unis ont non seulement connu une période de croissance économique très forte, mais aussi égalitaire, en ce sens que, tous les échelons sociaux en profitaient. L’augmentation des salaires était presque alignée à celle de la productivité et du taux de croissance, tout comme l’était celle des indicateurs sociaux : culture, santé, environnement. Même après la mise en place des valeurs néolibérales au milieu des années 1970, la croissance n’a pas cessé, elle a même augmenté, à cette différence près : la redistribution de la richesse allait lentement, mais sûrement, glisser des mains des classes moyennes et des défavorisés au profit des riches et des très riches [1].

Un autre phénomène d’une importance majeure, qu’on oublie hélas trop souvent et qui a conduit à cette situation, c’est le transfert des technologies développées par les États-Unis pendant la Seconde Guerre mondiale vers le secteur privé — électronique, transistor, télécommunication, ordinateur, Internet, traitement de l’information, automatisation, robotisation, laser, satellite, aviation civile, etc. Cette stratégie a permis la constitution de l’économie contemporaine fondée sur la haute technologie. Vous en doutez ? Vous ne devriez pas. Aujourd’hui, cette chaîne de développement se poursuit aux frais des contribuables. De quelle façon ? Par la recherche et le développement.

En fait, si vous regardez les choses de près, vous constaterez que les deniers publics servent à financer des programmes de recherche qui auront des retombées économiques importantes dans les années qui suivront. Certes, ce ne sont pas tous les programmes de recherche qui déboucheront inévitablement sur des applications concrètes, par contre, ceux qui y parviendront, feront sonner la caisse enregistreuse. Le principe est simple : on finance un projet de recherche avec les fonds publics, on transfert les brevets vers le privé, le privé en fait par la suite des applications grand public, et on revend le tout à ceux qui ont financé la recherche et le développement. La boucle est bouclée ! Par exemple, pendant plus de 30 ans, Internet a été le fait du secteur public jusqu’à ce qu’il soit transféré au privé en 1995.

Je reviendrai, dans un autre billet, pour expliquer comment ce financement du public versus le privé a conduit à la délocalisation de la production manufacturière, à la déqualification des travailleurs, et au contrôle tous azimuts de la gestion.


[1] Baker Dean, Plunder and Blunder, Berrett-Koehler Publishers, 2009.

© Pierre Fraser, 2011

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