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Mondialisation : de production à financiarisation, impacts

9 juin 2011

Laurent Carroué, en parlant de mondialisation, qualifiait le phénomène de « processus géohistorique d’extension progressive du capitalisme à l’échelle planétaire [1]». En fait, à partir des différentes lectures que l’on peut faire, la mondialisation se fonde sur 5 paramètres bien précis :

  1. Une idéologie : le libéralisme.
  2. Une monnaie : le dollar — suite aux ententes de Bretton-Woods.
  3. Un outil : le capitalisme.
  4. Un système politique : la démocratie.
  5. Une langue : l’anglais.

Dans ce billet, je vais me pencher sur l’aspect du libéralisme — mise en valeur de l’individu en opposition au socialisme, à l’étatisme, et au communautarisme — qui s’est mué en néolibéralisme — liberté de l’individu et efficacité économique des marchés (Reagan, Thatcher) — au milieu des années 1970.

Que s’est-il passé en 1970 ? Il y a eu une augmentation importante des mouvements des capitaux spéculatifs. Par exemple, seulement aux États-Unis, entre 1960 et 2000, la portion financière des profits des entreprises est passée de deux 2 à 3 % à 30 %! Ce passage du profit basé sur la spéculation financière, aux dépens du profit basé sur la vente de produits ou de services, a eu une conséquence directe : le démantèlement du secteur manufacturier dopé par la mise en place d’une multitude d’accords de libre-échange entre pays souverains. Soudainement, le travailleur américain, canadien ou européen s’est retrouvé en position de concurrence avec celui des pays d’Amérique du Sud et d’Asie. Le problème, on le connaît, c’est qu’il s’agit d’une concurrence déloyale : échelle salariale et avantages sociaux.

Il ne faudrait pas se surprendre de constater que ce sont les États-Unis qui ont mené le bal depuis les accords de Bretton-Woods ; c’était le seul pays, à l’époque, à réunir les 5 conditions d’une mondialisation fondée sur la production. Le modèle s’est donc propagé comme une traînée de poudre dans tous les pays en orbite autour de l’économie américaine. Encore aujourd’hui, malgré la montée en puissance de la Chine, les États-Unis tiennent le monde par la finance, jusqu’à ce qu’une autre catastrophe de même nature que celle de 2008 nous tombe à nouveau dessus. Par contre, je tiens à faire remarquer qu’il n’y a pas que les États-Unis qui ont fait le choix de passer d’une économie basée sur la production à une économie basée sur la finance.

Imaginons maintenant que la tendance à la financiarisation de l’économie prenait une tendance inverse. Souvenons de l’économie américaine au sortir de la Seconde Guerre mondiale qui était majoritairement basée sur la production : elle a conduit à 30 années de croissance économique, la plus spectaculaire de toute l’histoire. Toutes les parties prenantes au capitalisme étaient impliquées, depuis l’entrepreneur, en passant par le financier et les actionnaires, jusqu’au travailleur.

Savez-vous ce que nous avons oublié dans l’équation du capitalisme ? Toutes les parties prenantes. Qui a dicté que les intérêts à court terme des actionnaires avaient préséance sur les autres parties prenantes ? C’est peut-être ici que les bases d’une véritable mondialisation à hauteur humaine et non financière pourraient s’ancrer. Par contre, sommes-nous prêts à payer des produits manufacturés à 2 ou 3 fois leur coût actuel ?

Que faudrait-il pour que cette tendance à la financiarisation de l’économie s’inverse ? Et si le baril de pétrole connaissait une telle flambée, qu’il en coûterait plus cher de transporter du bout du monde des produits manufacturés que de les produire sur son propre territoire ? Et si la prochaine crise financière, car il y en aura forcément une, et elle sera d’une grande ampleur, nous rendait incapable d’acheter ce qui est manufacturé ailleurs, tout simplement parce que l’économie est à plat ?


[1] Carroué L. Collet D., Ruiz C., La Mondialisation, Genèse, acteurs et enjeux, Bréal, 2005.

© Pierre Fraser, 2011

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