Nous vivons une guerre monétaire mondiale !

9 juin 2011

Que nous soyons plongés dans une guerre monétaire à l’échelon mondial, les textes précédents l’ont montré. Que l’Europe aille mal, cela est évident ! La monnaie unique conçue pour s’imposer face au dollar, est aujourd’hui violemment attaquée, et ses chances de survie sont au cœur des spéculations, on l’a vu.

Guerre monétaire sans doute ! La Réserve fédérale américaine (Fed) avait déjà annoncé le 3 novembre 2010 l’impression de centaines de milliards de dollars américains : un véritable acte d’hostilité !

On assiste désormais à une guerre financière de grande ampleur. La situation économique des États-Unis vacille, l’accord conclu au G8 et avalisé au G20, mis en œuvre par le FMI en coordination avec la Banque mondiale et les milieux bancaires internationaux est suspendu. La domination du dollar est intacte, mais plus que jamais artificielle.

Crise financière des taux de change, effondrement du dollar, crise des « subprimes » américains, cela concerne tout le système financier international. Mais, alors que des banques privées hier encore affichaient de très gros bénéfices, on nous apprend qu’elles sont asséchées par cette crise, qu’elles demandent à des fonds publics de les renflouer !

Les États surendettés vont recapitaliser le système bancaire pourri par des créances hasardeuses et cela, en empruntant ! On nous dit en plus que la crise financière de l’économie virtuelle va se répercuter sur l’économie réelle (sur notre pouvoir d’achat), mais on ne dit pas où se sont envolés tous ces milliards ! Les paradis fiscaux n’ont pas été inquiétés. La Réserve Fédérale ne semble pas affectée par la crise ! Recourir à des fonds publics pour parer à l’effondrement du système : un comble ! Où vont tous ces milliards ? dans les paradis fiscaux !!!

Nicolas Sarkozy en appelle à un nouveau Bretton-Woods, pour redonner au dollar la suprématie sur les autres monnaies et un privilège exorbitant à la Réserve Fédérale américaine (FED) comme en 1944 ! Avant le G20 du 2 avril 2011, il s’emportait contre le dollar-roi. Le sujet n’a même pas été abordé. Ce Sommet du G20 n’a rien changé : quelques paradis fiscaux ne sont plus sur la liste noire, mais sur la liste grise, ce qui revient au même, puisqu’ils sont toujours là ! [1]

10 000 milliards de dollars d’actifs financiers sont en dépôt ou en gestion dans des paradis fiscaux. 50% des flux financiers mondiaux y transitent. Rien n’est fait pour enrayer cela ! La délinquance financière est dénoncée, mais la seule mesure prise actuellement ne règle rien : le nouveau classement des paradis fiscaux par le réseau « Tax Justice Network » met en évidence les limites de l’action du G20 contre l’opacité financière.

En ce qui concerne les taux de change, l’euro apparaît surévalué vis-à-vis du dollar, monnaie de référence. On parle d’un «euro fort» et d’un «dollar faible». Il n’y a pas une économie en Europe qui justifie cet «euro fort». La croissance est à son niveau le plus bas depuis 2001.

La suprématie du dollar donne à l’Amérique le privilège exorbitant d’exporter son déficit au détriment des autres ! Le dollar, monnaie internationale actuelle, n’est pas une marchandise à la différence de l’or – elle est immatérielle. C’est une simple unité de compte.

Emmanuel Todd – on l’a vu précédemment – avait pressenti en 2002 la catastrophique dégringolade du dollar : « Nous savons d’expérience en France qu’un investissement massif aux États-Unis est comme l’annonce d’une catastrophe imminente. Nous ne savons pas encore comment, et à quel rythme, les investisseurs européens, japonais et autres, seront plumés, mais ils le seront. Le plus vraisemblable est une panique boursière d’une ampleur jamais vue suivie d’un effondrement du dollar, enchaînement qui aurait pour effet de mettre un terme au statut économique « impérial » des États-Unis. Nous ne savons pas encore si la baisse du dollar n’est qu’un aléa du système ou le début de sa fin. Rien de tout cela n’a été prévu ou pensé. L’implosion du mécanisme sera aussi surprenante que l’a été son émergence. »  [2]

Le journal anti-euro « Deutschlandbrief » rapportait en avril 2001, que des projets étaient en préparation pour la création d’une monnaie unique mariant le dollar à l’euro…. mais une dévaluation de l’euro était alors à craindre ! La banque centrale de cette unité serait la Banque des Règlements Internationaux (BIS) à Bâle en Suisse, à la Direction de laquelle les États-Unis ont délégué quelques membres. Alan Greenspan, Président de la Réserve Fédérale, déclarait déjà en 1994 que la BIS assumerait probablement un rôle important dans le futur.

En 1995, à la suite de la signature du Traité de Maastricht, les Américains se rapprochèrent des Canadiens et des Japonais, modifiant ainsi radicalement la composition de la BIS. L’importance de ce changement est significative parce que le Traité supprimait en majeure partie la raison d’être de la banque. Elle avait été précédemment utilisée pour l’établissement d’accords inter-bancaires en Europe. Elle était également le bureau central de l’ECU, précurseur de l’euro. Avec l’avènement de la monnaie unique, sa fonction n’avait plus de signification.

Il est également significatif que Robert Mundell, l’économiste qui a reçu le Prix Nobel pour avoir été « le père intellectuel de l’euro » appelait à un lien entre le dollar et l’euro lors d’une conférence à Paris en 1999 [3]

La nouvelle crise du dollar est, avec le problème de l’endettement des nations, préoccupante. Si l’union des deux monnaies est donc envisagée, ce serait pour bientôt ! En effet, l’hypothèse du pire est avancée !

Ainsi, Kenneth Rogoff (ancien économiste en chef du FMI) déclarait déjà à l’occasion de l’Assemblée du 8 octobre 2007 au FMI : « Pour commencer, il semble que le toit soit en train de s’effondrer sur la « bulle mondiale de l’immobilier », au fur et à mesure que les marchés du logement se grippent aux États-Unis et dans d’autres pays en Europe. De plus, les marchés financiers, en Europe en particulier, peinent à se remettre de « la contraction mondiale du crédit ». Les prix records des matières premières, associés à une forte augmentation des salaires en Chine, poussent l’inflation à la hausse dans une grande partie du monde. Enfin, la productivité américaine semble marquer le pas. Les banques centrales auront donc du mal à maintenir l’économie en état de grâce. Le monde examinera de près ce que les autorités comptent faire si le dollar continue à se déprécier. Les dirigeants européens estiment que leurs exportateurs paient le prix du gigantesque déficit commercial des États-Unis, avec les pays asiatiques et exportateurs de pétrole. […] Nous pourrions assister à une débâcle si la faible croissance américaine transformait les pressions actuelles à la baisse, relativement limitées, en une situation plus grave. La FED devrait baisser davantage ses taux d’intérêt, rendant le dollar encore moins attractif. […] D’après des calculs que j’ai effectués avec Maurice Obstfeld, le dollar perdrait probablement 20 % de sa valeur si le déplacement de la demande, dû, par exemple, à une récession du marché immobilier américain, réduisait de moitié le déficit commercial américain. En principe, une telle dépréciation du dollar face aux autres devises mondiales paraît gérable. Mais si les marchés émergents obligeaient l’Europe à assumer seule tous les ajustements, le résultat serait catastrophique, avec l’euro passant à 1,50 dollar ou plus, avec des conséquences néfastes pour les échanges commerciaux. »

C’est exactement ce qui est arrivé début 2008 !

Le Congrès américain a déjà préparé une série de projets de loi prévoyant des mesures de rétorsion contre la Chine ou tout autre pays ayant recours à des interventions monétaires unilatérales. Mais le FMI pourra-t-il agir à temps pour éviter une crise ? Non, le FMI est une institution en crise, et nombreux sont ceux qui remettent en cause sa mission et sa légitimité. Il n’a pas les moyens d’agir dans ce domaine. La situation empirerait si les ministres européens, frustrés de l’impasse sur les taux de change, décidaient d’échanger sur la manière de gérer leurs budgets pour stimuler la demande à court terme, aux dépens d’une croissance à long terme. C’est donc une grave crise sur les taux de change monétaire.

Le pouvoir monétaire international, lorsqu’il est exercé par un pays (États-Unis), et non par une banque internationale, peut être, à des degrés divers, au service des intérêts nationaux de ce pays. De plus, à travers une émission excessive de monnaie internationale, ce pays qui a le monopole de son émission peut la dévaloriser par l’inflation du niveau général des prix mondiaux. Ainsi, il allège considérablement la valeur réelle de la dette correspondant à l’émission antérieure de dollars : quand le dollar baisse, les réserves en dollars des banques centrales non américaines perdent de leur valeur réelle. Par là, les États-Unis réduisent la valeur réelle de la dette passée qu’ils ont contractée à l’égard des banques centrales étrangères qui détiennent des dollars (eurodollars, pétrodollars…) alors, en fondant le système monétaire international sur une monnaie privée, on a accordé un pouvoir exceptionnel au pays qui l’émet, ou à la banque centrale, la FED, qui est à l’origine du SMI.

Depuis Brentton-Woods (1944) le dollar est resté la pièce maîtresse du système monétaire international, cela malgré la désindexation du dollar en août 1971, ce qui aurait dû faire capoter le système, car le dollar n’est plus garanti par l’État et il n’a plus aucune valeur ; c’est une simple unité de compte, comme les autres monnaies. Les marchés financiers modernes naissent en 1973 de la double nécessité d’établir un marché des changes pour gérer le nouveau système des changes flottants et de financer les déficits budgétaires des États-Unis, désormais libérés de la contrainte de change. On a interdit aux États d’emprunter sans intérêt à payer aux banques centrales, ils doivent dorénavant payer des intérêts aux banques privées pour rembourser leurs dettes. Ce sont donc les contribuables et les épargnants européens, arabes et asiatiques  qui financent le déficit des États-Unis d’Amérique alors que les Américains vivent à crédit avec un niveau de vie bien supérieur !

[1] Cf.http://webduweb.free.fr/gravcris.htm

[2] Emmanuel Todd, « Après l’empire : Essai sur la décomposition du système américain », Gallimard Folio, 2004.

[3] Sources : Nexus n°16 ; « European Foundation Intelligence Digest », n°117, 19 avril 2001. Site web: www.europeanfoundation.org

[4] Kenneth Rogoff (ancien économiste en chef du FMI) à l’occasion de l’Assemblée du 8 octobre 2007 au FMI.

© Georges Vignaux, 2011

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