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La mondialisation : les autres et nous

10 juin 2011

L’essence de la mondialisation

La mondialisation, c’est ce processus historique, en œuvre depuis plusieurs siècles, par lequel nous prenons conscience de notre appartenance commune à la Terre et de la solidarité des peuples. La mondialisation, c’est un processus d’ouverture à l’autre avec la reconnaissance de ses différences. La globalisation de l’information, le développement d’Internet, l’émergence du droit avec la Cour pénale internationale créée en juillet 1998, l’interdépendance des pays, la globalisation des risques écologiques, accompagnent cette mondialisation.

La mondialisation associe ouverture à l’autre (reconnaissance des différences des peuples et des civilisations, interdépendance (principe de coopération entre nations ou ensembles régionaux), sacrifice de la volonté de toute puissance avec reconnaissance de la primauté de l’éthique et du juridique (reconnaissance de la Cour internationale de justice), préservation des grands équilibres écologiques. Dans son essence, la mondialisation rejette autant le néo-libéralisme que le marxisme, autant le scientisme pur que le dogmatisme de l’intégrisme religieux. L’adoption à l’Unesco du projet de convention sur la protection et la promotion de la diversité culturelle le 17 octobre 2005 s’inscrit dans l’esprit de la mondialisation (les Etats-Unis se sont opposés à ce texte, et se sont retrouvés isolés).

Les principes de la mondialisation impliquent de revenir à l’esprit de la Charte des Nations Unies, à savoir renoncer à la force dans les relations internationales, la prééminence de la justice et du droit international, une égalité des nations, grandes et petites. Ce qui doit remettre en question le droit de veto des membres permanents du conseil de sécurité, ou le mode de fonctionnement d’une institution comme le FMI où le vote dépend de la quote-part financière.

La globalisation économique, ou la mondialisation de la prédation

La colonisation et l’exploitation représentent l’opposé de ce processus d’ouverture à l’autre. Ainsi, avec son expansion et la colonisation, l’Europe a développé la mondialisation de la prédation : c’est la loi du plus fort. En 1494, le traité de Tordesillas entérine le premier partage du monde. Puis, alors qu’elle est à l’apogée de sa puissance et de sa volonté de pouvoir, l’Europe s’engage dans un conflit auto-destructeur. Au terme de la seconde guerre mondiale, le monde de Yalta est coupé en deux. URSS et Etats-Unis prennent le relais de la prédation. Communisme et mondialisation néolibérale (avec son capitalisme financier) représentent deux formes d’une mondialisation de la prédation, avec la même vision marchande du monde, la même exploitation de la terre, la même tendance à la négation de la diversité des cultures des peuples.

A la chute du communisme, le nouvel ordre mondial établi une nouvelle « frontière » entre le Nord et le Sud, les « civilisés » contre les « barbares ».
La mondialisation actuelle est une mondialisation de type économique, encore appelée globalisation économique. Cette globalisation économique est la version ultra-libérale de la mondialisation au service des multinationales dont les activités ne sont plus entravées par les législations nationales. Sur le plan géopolitique, elle est fondée sur l’opposition entre le « bien » et le « mal » selon la conception fondée par l’administration américaine qui pérennise un système prédateur tant sur le plan géopolitique que sur le plan écologique.

L’AMI (accord multilatéral sur l’investissement), négocié en secret par la Commission européenne, a été abandonné en 1998 sous pression d’un mouvement citoyen. Il avait pour but de légitimer juridiquement la suprématie des multinationales sur les États en facilitant l’accès à un marché mondial uniformisé par le libre-échange, et dénué de toute contrainte sociale (santé et sécurité des travailleurs) ou écologique.

L’AMI a été relancé en 2001 dans le cadre de l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC). L’OMC vise à libéraliser et déréguler tous les secteurs : l’énergie, les services, l’eau, la santé, l’environnement, l’éducation. Quatre acteurs principaux, l’Union européenne (sous l’impulsion de la Commission européenne qui juge en particulier que l’éducation et la santé sont mûres pour la libéralisation), les États-Unis, le Canada et le Japon tentent d’organiser un libre-échange mondial à leur profit, au travers de négociations obscures et d’un déni démocratique (beaucoup de pays n’ont pas l’expertise ni les moyens humains pour décrypter les règles de l’OMC. L’OMC est législateur, juge et gendarme : l’Organisation de règlement des différends (ORD) est la juridiction de référence pour le commerce international, ne prenant pas en compte les critères sanitaires, sociaux ou de protection de l’environnement. Des États peuvent être condamnés s’ils s’opposent aux intérêts des multinationales. L’ORD peut décréter des sanctions ! ce qui limite les capacités de réaction du Sud contre le Nord. L’OMC est ainsi le théâtre de la guerre commerciale entre les Etats-Unis et l’Europe, au détriment des pays pauvres, comme l’a encore montré fin décembre 2002 l’opposition des Etats-Unis à un accord sur l’accès des pays pauvres aux médicaments essentiels.

Après l’échec retentissant de Seattle puis l’accord de façade de Doha, le sommet de Cancun de septembre 2003 a de nouveau mis en évidence l’arrogance de l’Europe et des États-Unis qui manœuvrent par intimidation et menace de représailles économiques. La confrontation entre le Nord et le Sud a éclaté : des coalitions de pays en voie de développement ont vu le jour (jusqu’à 90 pays contre l’Union européenne et les États-Unis) pour tenter de s’opposer aux pressions et contraintes des pays riches. Jim Wolfensohn, président de la Banque mondiale, a ainsi déclaré : « Ce qui s’est passé à Cancun doit être un signal d’alarme car les pays en développement – plus de 3 milliards d’êtres humains – ont trouvé inacceptable une conception des négociations dans laquelle on attend d’eux seulement qu’ils répondent à des propositions des pays riches ».

L’issue du sommet de Cancun démontre la nécessité d’une réforme de l’OMC pour instaurer un système économique juste et durable. Elle démontre également l’urgence de remédier au déficit démocratique de l’Europe (les gouvernements soutenant d’une seule voix le commissaire européen, ce hors tout contrôle parlementaire). A l’heure actuelle, la politique commerciale de la Commission européenne s’inscrit dans une approche prédatrice de la mondialisation.

Comme le dit le prix Nobel d’économie Joseph Stiglitz : « La libéralisation a été programmée par les pays occidentaux pour les pays occidentaux et a contribué à une dégradation des économies de beaucoup de pays en développement ». En 1970, on dénombrait 25 PMA (pays les moins avancés) dans le monde. Ce chiffre s’élevait à 49 en 2000. Pour George Soros, la mondialisation accroît les inégalités entre riches et pauvres, elle est dirigée par les pays riches, et ne bénéficie en rien aux pays pauvres. Les Plans d’Ajustement Structurel du FMI ont démontré la plupart du temps leurs effets négatifs sur la croissance, et ont accentué les inégalités et la pauvreté. La « Commission Meltzer » avait présenté en 2000 un rapport accusateur contre le FMI, considéré comme un facteur d’instabilité économique. Quant à la Banque Mondiale, elle ne répond pas à ses missions de promotion du développement, de réduction de la pauvreté dans le monde et de protection de l’environnement. Le taux d’échec des projets de la Banque s’élève à 60 % dans l’ensemble des PVD.

Selon le Rapport mondial sur le développement humain du PNUD publié en septembre 2005, la réduction de la pauvreté a ralenti dans les années 90. Sont encore privés d’électricité 1,5 milliards d’individus, presque autant n’ont pas accès à l’eau potable et 2,4 milliards ne disposent pas d’installations sanitaires décentes. La pollution est la cause de plus de 3 millions de décès par an, et l’eau polluée de 2,2 millions. 2,8 milliards d’individus vivent avec moins de deux dollars par jour. Le fossé entre pays riches et pays pauvres n’a cessé de se creuser depuis 1960, détruisant toute solidarité entre les peuples.

Autre forme de mondialisation de la prédation, depuis la fin du XXème siècle, on assiste à une mondialisation du terrorisme qui utilise les technologies informatiques, spécule en bourse et tisse ses réseaux dans de nombreux pays dans le monde. Terrorisme, mondialisation ultralibérale, dérégulation des marchés financiers sont étroitement liés. Seuls 2 à 3 % des avoirs financiers des organisations terroristes ont été bloqués après les attentats du WTC. Il semble plus facile de mener une guerre que de lutter contre la criminalité financière.

Sur le plan géopolitique, les bombardements menés unilatéralement par les Etats-Unis et le Royaume-Uni sur l’Irak, et le recours à la force contre l’Irak ont constitué au regard du droit international une violation de la Charte des Nations Unies et un crime d’agression. Nous sommes en pleine mondialisation de la prédation.

La mondialisation financière

Celle-ci n’est pas récente car elle a commencé vers 1870, avec un pic atteint en 1913, un effondrement puis une reprise à la fin de la première guerre mondiale pour atteinte un nouveau pic jusqu’en 1929. Cette première phase est caractérisée par des investissements de capitaux sur du long terme (plusieurs années). Dans cette optique où la finance coopère avec le capital, l’investissement peut générer un gain mutuel, pour l’investisseur et pour l’entrepreneur, avec un bénéfice réel sur la croissance.

La fin du système de Bretton Woods en 1971 et le passage à un système de changes flottants en 1973 marquent une reprise de la mondialisation financière. Les taux d’intérêt sont libéralisés dans les années 1980. Puis la mondialisation financière connaît une phase explosive depuis 1990 (date de la libéralisation des mouvements des capitaux en Europe). Cette phase est caractérisée par la prépondérance des mouvements de capitaux à très court terme (une vingtaine de minutes). Nous entrons vers 1995 dans un nouveau monde, où le risque, initialement sur les épaules de l’actionnaire, est transféré sur l’entreprise et les salariés. En 2005, l’économie financière représente 46 fois l’économie réelle. La rentabilisation du capital se fait au détriment de la montée du chômage, l’augmentation des dividences aux actionnaires se fait au détriment des investissements.

Dans cette optique où la finance devient totalement autonome, la libéralisation des mouvements de capitaux majore fortement le risque de crises financières (sans parler des pratiques de blanchiment d’argent ou d’évasion fiscale). Le Système monétaire européen a connu une crise en 1992/1993, le Mexique en 1995, puis il y a eu la crise asiatique en 1997/1998 avec son extension en Amérique latine et en Russie. La libéralisation financière est un très bon indice prédictif de crise financière.

L’ anti-mondialisation

Mouvements nationalistes, souverainistes, national-communisme, international communisme, mondialisation néolibérale, mouvements intégristes, tous sont foncièrement opposés à la mondialisation. Ils sont généralement facilement reconnaissables par leur discours manichéen (croisade, axe du mal, le « bien » contre le « mal », , mission divine…) et le refus de l’altérité (la pensée unique, la charia), témoignant d’un retour au clivage et à la toute puissance.

Le fondamentalisme de l’administration américaine s’arroge la mission d’imposer le modèle ultralibéral à l’ensemble de l’humanité, avec la bénédiction de Dieu. Le fondamentalisme communiste s’arrogeait la mission d’inventer l’homme nouveau. Le fondamentalisme musulman s’arroge la mission de convertir par les armes tous les infidèles au nom de Dieu.

Trois forces sont donc en présence :
• les partisans de la mondialisation néolibérale,
• le mouvement hétéroclite de l’alter-mondialisation,
• les tenants de la mondialisation au sens historique du terme (cosmopolitisme).

Les deux premières forces constituent deux positions opposées, toute position extrême engendrant son opposée, de la même façon que le processus d’exogamie poussé à l’extrême (mondialisation néolibérale) s’oppose au repli endogamique (intégrisme). La troisième se situe au-delà du cadre précédent, dans la vision de la conjonction des opposés.

[1] Cf http://www.europepolycentrique.org/mondialisation.html

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