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Mondialisation : une stratégie américaine planifiée depuis 100 ans

10 juin 2011

Je voudrais ici revenir sur 3 points évoqués par mon collègue Georges Vignaux dans son dernier billet :

  1. « Le Congrès américain a déjà préparé une série de projets de loi prévoyant des mesures de rétorsion contre la Chine ou tout autre pays ayant recours à des interventions monétaires unilatérales. »
  2. « […] quand le dollar baisse, les réserves en dollars des banques centrales non américaines perdent de leur valeur réelle. »
  3. « […] en fondant le système monétaire international sur une monnaie privée, on a accordé un pouvoir exceptionnel au pays qui l’émet […] »

Certaines mauvaises langues pourraient dire que Vignaux et moi cassons constamment du sucre sur le dos des États-Unis, qu’ils ont toujours le mauvais rôle, et que ce sont toujours les autres qui paient pour les mauvaises décisions des stratèges de la Maison Blanche. Je voudrais ici remettre les choses en perspective : les États-Unis sont dans un rapport de domination par rapport aux autres pays — traduction : impérialisme. Une affirmation, certes, mais elle peut facilement être étayée par une multitude d’exemples. Serez-vous surpris d’apprendre que « le gouvernement américain promeut la démocratie si et seulement si elle sert ses intérêts stratégiques et économiques [1]» ? Il ne faudrait donc pas se surprendre des tergiversations du président Obama face au printemps arabe, mais surtout, que la chose nous renvoie aux mesures de rétorsion que les États-Unis sont toujours prêts à prendre en fonction de leurs intérêts stratégiques et économiques.

Rappelons-nous de la déclaration de David Rumsfeld à la veille de l’invasion de l’Irak en 2003 à propos de la « Vieille Europe », celle qui, à l’inverse de du Royaume-Uni de Tony Blair, refusait de s’engager dans le conflit. Cette « Vieille Europe », aux yeux de la Maison Blanche, était constituée de tous les gouvernements européens qui tenaient compte de l’opinion publique de ses citoyens. La « Nouvelle Europe », quant à elle, était celle qui adhérait au discours de Washington : l’Espagne de José Maria Aznar, l’Italie de Sylvio Berlusconi et le Royaume-Uni de Tony Blair. Pour la Maison Blanche, ces pays étaient l’espoir de la démocratie à la sauce américaine, et cette sauce exclut d’emblée l’opinion publique.

Vous doutez des visées impérialistes américaines ? Vous ne devriez pas. C’est profondément ancré dans l’inconscient collectif de ce pays. Pour rappel, aux États-Unis, la fin du XIXe siècle était celle des extrêmes : d’un côté, la Révolution américaine avait connu sa conclusion, l’esclavage avait été aboli, et la promesse d’une société démocratique et égalitaire semblait poindre pour tous les habitants de ce pays ; de l’autre côté, la montée en puissance et la consolidation du capitalisme monopolistique américain, le tout couplé à un racisme insidieux et à une division de plus en plus marquée entre riches et pauvres, marquaient le nouveau siècle naissant.

En 1900, Mark Twain — eh oui, je suis un impénitent lecteur de Mark Twain — soulignait fort à propos que l’expansion impérialiste de l’Amérique allait à l’encontre de ses valeurs fondatrices, et qu’elle n’avait strictement rien à envier aux puissances coloniales européennes. « Il s’agit encore d’une autre puissance civilisée brandissant le drapeau de la paix d’une main, et tenant de l’autre le couteau du boucher. [2]» Pour Mark Twain, l’Amérique avait délaissé son statut de république au profit de la monarchie — « une monarchie non pas dirigé par un roi ou une reine, mais par des financiers, des corporations et leurs politiciens laxistes, tous attirés par l’odeur de l’argent.[3] »

À Bretton Woods, le 22 juillet 1944, toutes les conditions ont été réunies — traduction : expansion de l’impérialisme américain — pour conduire à la situation dont nous avons hérité : « […] en fondant le système monétaire international sur une monnaie privée, on a accordé un pouvoir exceptionnel au pays qui l’émet […] ». Nous sommes en 2011. Les choses ont-elles vraiment changé au pays de l’Oncle Sam depuis l’époque de Mark Twain ? Poser cette question c’est presque y répondre. « Ce sont donc les contribuables et les épargnants européens, arabes et asiatiques qui financent le déficit des États-Unis d’Amérique alors que les Américains vivent à crédit avec un niveau de vie bien supérieur ! » En effet, l’hypothèse du pire est avancée ! C’est aussi ça l’impérialisme américain.


[1] Carothers Thomas, Critical Mission : Essays on Democracy Promotion, Washington, Carnegie Endowment for International Peace, 2004.

[2] Twain, Collected Tales, Sketches, Speeches, & Essays, 1891-1910, New York, The Library of America, 1992, p.13.

[3] Idem.

© Pierre Fraser, 2011

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  1. georgesvignaux
    10 juin 2011 à 16 h 15 min

    Excellente continuation !! Non n’attaquons pas les Etats Unis ! Nous attaquons l’Empire !

    • Pierre Fraser
      10 juin 2011 à 17 h 59 min

      Vous avez tout à fait raison : nous attaquons l’Empire ! Et c’est vraiment ce que sont les États-Unis. Affirmer le contraire serait un aveuglement volontaire…

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