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Serions-nous à la veille d’une Troisième Grande Dépression ?

13 juin 2011

À la veille d'une Troisième Grande Dépression

Les récessions économiques sont fréquentes ; les dépressions économiques sont plutôt rares. Si on fait le décompte, au cours des 140 dernières années, deux grandes dépressions économiques nous ont touchées : la Grande dépression de la fin du XIXe siècle, de 1873 à 1896, et la Grande dépression du début du XXe siècle, de 1929 à 1939.

La Grande dépression de 1873 est intéressante à plus d’un égard : la Bourse de Vienne s’effondre sous le poids de la spéculation et des emprunts hypothécaires (scénario de 2008), provoquant ainsi la faillite de plusieurs banques viennoises (scénario de 2008). La récession prend rapidement de l’ampleur : les banques européennes manquent de liquidités et ne se font plus confiance, rendant les prêts interbancaires extrêmement coûteux (scénario de 2008). Peu après, la Bourse de New York doit cesser ses activités pendant plus de 10 jours à partir du 20 septembre. Chose à ne pas oublier, personne n’avait vu venir la crise.

La Grande dépression de 1929 n’est pas seulement intéressante, elle est éclairante. On avance généralement 4 hypothèses pour expliquer ce qui s’est passé :

  1. Spéculation : l’irresponsabilité des banquiers qui ont prêté sans retenue aux spéculateurs.
  2. Monétaire : la Réserve fédérale américaine instaure une politique monétaire restrictive qui entraîne une pénurie de crédits (hypothèse de Milton Friedman).
  3. Sous-consommation : problème de la redistribution de la richesse. L’Europe étant ruinée au sortir de la Première Guerre mondiale, les États-Unis en profitent pour accumuler d’énormes richesses.
  4. Cycles économiques : fondée sur des cycles de 10 ans, l’économie se contracterait ou non. Selon l’intensité de la contraction, les effets seraient plus ou moins graves.

Relisez attentivement les 4 hypothèses. Elles ont un point en commun : elles n’expliquent finalement rien, et mettent tout simplement en évidence ce sur quoi personne n’arrive à s’entendre. Par contre, deux choses sont certaines : ce fut une période de grande misère, peu importe l’explication, et personne ne l’avait vu venir.

L’une des caractéristiques de ces 2 grandes dépressions, c’est que, au cours de celles-ci, il y a eu croissance économique, tout comme il y a actuellement croissance économique après la crise de 2008. Le problème, c’est que ces reprises économiques ne sont pas suffisantes pour combler les manques engendrés par les crises, et nous sommes alors confrontés à des rechutes [1].

Chaque fois qu’une crise économique majeure se pointe, une certitude, l’une des rares, c’est que des millions de gens sont confrontés à une absence d’emplois disponibles. Dans le cas qui nous intéresse, les suites de la crise de 2008, même si on vous dit que la majorité des emplois ont été récupérés, ce qu’on ne vous dit pas, c’est que ce ne sont pas des emplois de même qualité, mondialisation oblige. Il y a donc ici un appauvrissement de la classe moyenne.

À mon avis, et cet avis n’engage que moi-même, nous sommes aux portes d’une Troisième Grande Dépression. Pourquoi ? Parce qu’une déflation nous guette. Lors des 2 dernières grandes dépressions, les gouvernements ont élevé les taux d’intérêt pour faire face à la crise. Dans le cas présent, ils les ont abaissés pour supporter le crédit pour relancer la consommation, permettant par le fait même aux déficits personnels et nationaux d’augmenter.

D’un point de vue strictement technique, la crise de 2008 est résorbée depuis l’été 2010. D’un point de vue strictement technique, la crise de 1929 était résorbée depuis 1933, alors que, en réalité, elle a perduré jusqu’en 1939. C’est la Seconde Guerre mondiale qui est venue changer la donne. Au moment où j’écris ces lignes, il n’y a pas de Guerre mondiale à l’horizon qui pourrait relancer l’économie. Cynique comme affirmation, me direz-vous ? Peut-être… Ce qu’il y a de prévisible à l’horizon, c’est une relance du crédit pour consommer ce qui est produit dans des manufactures délocalisées par ceux-là même qui sont à l’origine de la crise de 2008.  À moins d’un événement hautement imprévisible qui ramènerait la production en Occident, nous nous engageons lentement, mais sûrement, sur la pente d’une longue dépression. Par contre, une chose est certaine :

  • chaque crise est imprévisible;
  • chaque crise a créé du chômage à long terme;
  • chaque crise a créé des travailleurs qui ne retrouveront plus jamais d’emplois;
  • chaque crise a créé de nouveaux emplois moins rémunérateurs que les précédents.

L’une des caractéristiques des conséquences de la crise actuelle, c’est que les 55 ans et plus en font les frais, que les travailleurs sont obligés d’accepter des emplois moins rémunérateurs, que les industriels poursuivent la délocalisation de la production, que le crédit à la consommation est privilégié au détriment de tout le reste, malgré toutes les mesures radicales imposées à des pays comme la Grèce, l’Espagne et l’Irlande.

Quand votre gouvernement impose des mesures contraignantes et pénibles à la population, c’est qu’il démontre son sens du leadership aux yeux du FMI et de la Banque Mondiale.

[1] Krugman Paul, Third Depression Watch.

© Pierre Fraser, 2011
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