Je consomme donc je suis !

17 juin 2011

Je consomme donc je suis !

Je consomme, donc je suis!

L’expansion de l’économie américaine a été bâtie pendant des décennies sur une consommation qui a représenté plus de 70 % du P.I.B. du pays ! L’Américain moyen se distinguait de tous autres peuples par son appétit immodéré de la consommation dont la proportion à la richesse nationale a progressé de 67 à 71.6% du P.I.B. entre 1997 et 2007. Ces dépenses affolantes, qui n’étaient en rien redevables à un enrichissement du peuple américain, étaient tout simplement le résultat de facilités de crédit abondamment mises à la portée de toutes les bourses et de tous les ménages. [1]

L’engouement pour l’hyper consommation à travers les cartes de crédit fut en effet rapidement distancé par la vogue des financements hypothécaires rendue possible par l’appréciation quasi linéaire des valorisations immobilières. Cette hausse du marché immobilier était en grande partie imputable à ce crédit facile. Il devenait ainsi facile pour un Américain propriétaire d’un bien immobilier d’augmenter périodiquement son prêt immobilier grâce à des expertises toujours plus élevées. De 1997 à 2006, les Américains pompèrent quelque 9’000 milliards de dollars de leur système bancaire au titre de prêts immobiliers sachant que les découverts sur carte de crédit atteignirent des niveaux records.

Cette consommation artificiellement provoquée par un système complice, et peu préoccupé des conséquences, fut forcément interrompue de manière brutale à la faveur de l’implosion de la bulle immobilière à l’été 2007. L’inévitable crise favorisait dès lors toute une série d’interrogations existentielles relatives notamment à cette consommation disproportionnée eu égard à l’épargne américaine quasi inexistante et par rapport aux revenus stagnants des ménages. Les accusations mirent en cause le système bancaire, le secteur peu sourcilleux des prêts hypothécaires, la Réserve Fédérale et même le mécanisme US bipartisan accusé de collusion avec les élites de la finance…

En réalité, la vulnérabilité d’un citoyen américain entièrement dépendant de son revenu mensuel était bien connue de l’establishment financier de son pays bien avant l’explosion de la dernière bulle spéculative.

Aujourd’hui, l’alternative à la consommation privée est représentée par la Gouvernement Fédéral qui constituait déjà 22% du P.I.B. préalablement à la crise. Toutefois, ces subsides fédérales, ces stimuli fiscaux et autres mesures Keynésiennes destinés à relancer une machine grippée par une consommation en berne, sont injectés dans l’économie à travers des emprunts contractés auprès de l’étranger par l’Etat américain !En définitive, comme les 800 milliards de dollars du dernier stimulus US coûteront au pays un total de 3’000 milliards (en tenant compte des intérêts), son impact positif à court terme est condamné à s’effacer face aux effets à moyen et à long terme, désastreux de cet endettement dont le remboursement sera pompé évidemment sur l’économie réelle du pays…

Michel Santi
http://www.agoravox.fr/auteur/michel-santi
Michel Santi franco-Suisse né à Beyrouth.. Cambiste (devises) et Trader (métaux précieux et matières premières) avant d’être responsable de salles de marché dans différents établissements bancaires en Suisse. Depuis 2005, Economiste et Analyste Financier (indépendant), il intervient régulièrement dans le cadre de consultations sollicitées par des Banques Centrales.Il est membre du World Economic Forum (Davos) et membre de l’IFRI (Institut Français des Relations Internationales ).

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