Consommation : à qui la faute ?

18 juin 2011

L’une des principales caractéristiques de la consommation supportée par le crédit, c’est qu’elle est attirante : « Achetez maintenant, payez plus tard ». Pour tous les gogos que nous sommes, quoi de plus attirant ! Vous aurez compris que le « nous » que j’utilise est exclusif : ni vous, ni moi n’en faisons partie ; ce sont les autres.

Et les autres, vous le savez fort bien, ont de ces comportements qui sont en passe de nous conduire droit à la faillite. Ils consomment tout ce qui est produit dans la nouvelle manufacture du monde, la Chine. « Ça coûte moins cher ! », disent-ils. « Pourquoi payer plus cher ? », demandent-ils. Avec de tels raisonnements, ceux à qui nous donnons raison, ce sont les entrepreneurs qui délocalisent nos emplois pour que nous consommions de plus en plus à plus bas prix. C’est imparable. Deux caractéristiques sont propres à l’entrepreneur : il aime la stabilité et la sécurité ; il cherche à maximiser les profits : entendre ici payer le moins d’impôt possible.

1. Stabilité et sécurité.

La Chine offre avec garanties à l’appui la stabilité et la sécurité : main-d’œuvre abondante sous-payée sans droits sociaux, corvéable à volonté, et soumise à un niveau de répression élevé. Entendez-vous parler de grèves ou de mouvements sociaux en Chine ? La Chine n’a donc strictement aucun intérêt à changer ces conditions, autrement les investisseurs étrangers fuiraient le pays. Il y a une chose que la Chine a comprise : sécurité et bonnes conditions de production sont essentielles pour attirer les investisseurs.

Je tiens à préciser que les prochaines lignes risquent de m’attirer les foudres de milliers de Canadiens, mais elles auront moins le mérite de démontrer mon propos. Au Canada, il y a un chef cuisinier hyper sympathique extrêmement populaire : Ricardo Larrivée. Impossible d’être plus gentil. Tout le monde l’aime. Si nos cousins européens le connaissaient, ils l’adoreraient. Tout dernièrement, il a lancé une collection d’accessoires de cuisine, et comme il le précise lui-même : « Du haut de gamme à un coût de moyen de gamme, accessible, et correspondant à mon public: des gens qui ont du goût et qui veulent de bons outils, bien manger et répartir leur budget à plusieurs endroits et non uniquement sur des chaudrons. » La bonne intention : faire économiser les consommateurs. La flatterie : des gens qui ont du goût. La réalité marchande : du haut de gamme à un coût de moyen de gamme. Selon vous, comment peut-on arriver à vendre du haut de gamme à un coût de moyen de gamme ? En ne faisant pas fabriquer les accessoires de cuisine au Canada, aux États-Unis ou en Europe.

Personnellement, je n’ai rien contre monsieur Larrivé. Ce que je veux ici démontrer, c’est que nous croyons à tort que seules les grandes entreprises délocalisent la production. La délocalisation est un phénomène rampant. La moindre échoppe qui a des babioles à vendre les fait fabriquer en Chine ou dans un pays émergent, là où l’entrepreneur a l’assurance d’en avoir pour son argent et maximiser ses profits. Mais, me direz-vous, quel mal y a-t-il à vouloir maximiser ses profits ? Il n’y en a aucun, jusqu’à ce vos propres concitoyens ne participent plus à la richesse que, en tant qu’entrepreneur, vous êtes en train de créer. Du moment qu’un entrepreneur délocalise sa production, il tue à petit feu l’emploi chez lui pour le transférer dans un pays stable et sécuritaire. Il est instructif à plus d’un égard de constater que le géant indien Tata Motors délocalise sa production en Chine. Pourquoi ? Parce que l’Inde est un pays démocratique, et la démocratie n’assure pas la sécurité et la stabilité de la production. Faut-il ici préciser que l’Inde est elle-même un pays émergent.

2. Maximiser les profits

Les profits sont localisés dans les pays où la fiscalité approche le niveau zéro, et les pertes sont localisées dans les pays d’origine où la fiscalité gobe une part importante des bénéfices. Que demander de mieux ? Je ne dis pas que toutes les entreprises le font, mais on peut parier que certaines s’adonnent à cette pratique.

Morale de l’histoire

Je sais très bien que vous êtes un consommateur averti qui ne consomme aucun produit en provenance de la Chine, car vous êtes conscient que la richesse doit être redistribuée. Je sais très bien que ce sont les autres. Et les autres viennent par la suite se plaindre qu’il y a de moins en moins d’emplois disponibles, sans se rendre compte qu’ils achètent des produits imaginés et conçus par des entrepreneurs de leur propre pays, qui les font fabriquer ailleurs pour vous les revendre avec profit, sans compter que ces mêmes entrepreneurs ont parfois reçu des subventions gouvernementales pour la recherche et le développement de leurs produits, subventions puisées à même vos propres impôts. En fait, les autres financent les emplois délocalisés à partir de leurs propres impôts !

En passant, je ne suis ni altermondialise, ni gauchiste, ni marxiste ou quoi que ce soit du même acabit. La seule chose qui m’importe est de comprendre la nature des impacts sur nos vies et notre société lorsque nous adhérons massivement à un discours ou à un comportement ; dans le présent cas de figure, notre connivence avec les entrepreneurs en achetant leurs produits délocalisés parfois subventionnés par les fonds publics de recherche et développement.

© Pierre Fraser, 2011

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