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La consommation de masse

18 juin 2011

consommation de masse

La société de consommation apparaît dans les années 1920, aux Etats-Unis, puis en Europe au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale, les Américains étant alors en position de force du fait de leur rôle dans la Libération. [1]

La « voiture populaire à bon marché » marque l’entrée dans l’ère de la consommation de masse. [2] Les logements deviennent de plus en plus urbains, et l’équipement électroménager se propage : en France, 11% des ménages possèdent un réfrigérateur en 1954, 26% en 1960, 80% en 1970, 96% en 2003 (2). Les objets liés aux loisirs (TV, HiFi) connaissent une forte croissance dans les années 1960. Aujourd’hui, les nouvelles technologies de l’information et de la communication (NTIC) ont pris le relais.

La société de consommation s’impose de plus en plus vite : on estime qu’elle aura mis 40 ans à s’implanter aux Etats-Unis, 20 ans en France, 10 ans en Chine (entre 1995 et 2005).[3] Dans cette période, les modes de distribution ont été standardisés (grandes surfaces…), et l’économie de services et de loisirs s’est fortement développée.

Une consommation prédatrice

Pour les ménages européens, les impacts sur l’environnement découlent essentiellement de quatre types d’activités : alimentation, logement, transports individuels, tourisme. [4] Nos modes de vie individuels ont de fortes conséquences : choix alimentaires (filières de production, quantité de viande consommée…) ; isolation du logement, matériaux du mobilier (bois exotiques…), produits d’entretien ; modes de déplacement ; type de tourisme pratiqué…

L’état des lieux est alarmant. Les pays de l’OCDE (Organisation de Coopération et de Développement Economiques) ne représentent que 20% de la population mondiale, mais gagnent 85% des revenus, consomment 75% de l’énergie et 80% des autres ressources, et sont à l’origine de 75% des pollutions. [4] Un habitant de l’Union Européenne consomme près de 17 tonnes de matériaux chaque année. Ceux-ci sont extraits en Europe, mais aussi hors d’Europe, certains pays ayant même un impact environnemental supérieur à l’étranger que sur leurs territoires nationaux [5]. Les ordures ménagères ne cessent d’augmenter, atteignant 27 millions de tonnes par an en France, soient plus de 400 kg par habitant [6].

Certes, les technologies utilisées par les pays riches s’améliorent, certains types de pollutions sont peu à peu maîtrisés… Mais ces bienfaits sont contrebalancés par la croissance démographique, par la multiplication des objets et la diminution de leur durée de vie.

Consommer ou bien vivre

Notre société de consommation n’a cessé de se complexifier. Les premiers « progrès », mettant en œuvre des solutions simples, générales, ont amené d’importants bénéfices économiques et sociaux, pour un coût environnemental relativement faible. Puis les «progrès» sont devenus de plus en plus difficiles voire contreproductifs. Ce principe peut être illustré par la croissance des villes : en regroupant administrations, lieux de travail, de consommation, de loisirs, les villes de taille moyenne permettent à leurs habitants d’importants gains de temps, mais en devenant mégalopoles, elles finissent par imposer des distances et temps de parcours nettement supérieurs à ceux rencontrés en milieu rural. Leur croissance devient contreproductive. De la même manière, si la société de consommation peut initialement amener un certain bien-être, poussée à l’extrême elle n’est ni synonyme de qualité de vie, ni garante du bonheur individuel. Stress et suicides dans les pays industrialisés en témoignent. L’augmentation de la contestation sociale en Chine en est un autre exemple (les incidents sont passés de 10.000 à 74.000 par an pendant les dix ans de transition du pays).

Par ailleurs, notre société va devoir s’adapter. La problématique des gaz à effet de serre (GES) est une illustration de l’ampleur des évolutions à venir. Pour permettre de stabiliser le climat, les émissions de GES doivent être réduites de moitié à l’échelle mondiale, ce qui se traduit par une division par 10 pour un Américain du Nord, par 4 pour un Français, par 2 pour un Chinois, sans tenir compte de l’accroissement de la population mondiale. Pour chaque habitant et avec les technologies actuelles, la Terre ne peut tolérer qu’un aller-retour en avion à New York, ou l’achat de 1,5 ordinateur à écran plat (7). Mais rien de plus !

La société de consommation a réussi à « donner à ce qui n’était qu’un moyen le statut de finalité » [8]. Elle a juxtaposé les notions de possession et de bonheur, et installé la consommation au centre de l’existence des individus. Incapable d’amener un bien-être généralisé et de gérer correctement l’environnement, elle doit évoluer fortement. La nouvelle société devra réunir acceptabilité environnementale de l’ensemble de l’humanité et bien-être de chaque individu. Maintenir la croissance économique tout en protégeant l’environnement implique des investissements, pénalisant la croissance mondiale annuelle de 0,03 point en moyenne d’ici à 2030 [9]. Dans un contexte où les dirigeants sont jugés sur la croissance du PIB et du pouvoir d’achat à court terme, on comprend les difficultés à prendre les décisions nécessaires. Pourtant, plus on attend et plus l’addition sera lourde.

[1] Florent Planas pour « Un an pour la Planète ».
http://www.unanpourlaplanete.org/fr/l-empreinte-humaine/la-consommation-de-masse.html
[2] Walt Whiltman Rostow, Les étapes de la croissance économique (1960)
[3] Dominique Desjeux, La consommation (Presses Universitaires de France, 2006)
[4] European Environmental Agency (EEA), Household Consumption and the Environment (2005)
[5] Programme des Nations Unies pour l’Environnement (PNUE), Planning for Change -Guidelines For National Programmes on Sustainable Consumption and Production (2008)
[6] Michel Barnier, Atlas pour un monde durable (Acropole, 2007)
[7] Jean-Marc Jancovici, http://www.manicore.com/
[8] Benoît Heilbrunn, La consommation et ses sociologies (Armand Colin, 2005)
[9] Organisation de Coopération et de Développement Economiques (OCDE), OECD Environmental Outlook to 2030 (OCDE, 2008)
[10 Hélène et Robert Pince, La biodiversité et moi (Plume de carotte pour Nature et Découvertes, 2009)

© Georges Vignaux, 2011

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