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L’avenir sera rouge : crise américaine et crise européenne

21 juin 2011

(c) Hamed Parham

L’économiste américain Jeffrey Sachs, conseiller spécial du secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon et professeur à l’université de Columbia, est intervenu au colloque «Nouveau monde, nouveau capitalisme», organisé à Paris, en janvier 2011, par le ministre de l’Industrie Éric Besson. Père de la thérapie de choc libérale dans la Russie d’Eltsine, Sachs, qui a conseillé de nombreux gouvernements, est devenu aujourd’hui un ardent partisan de la lutte contre la pauvreté. Voici ses réponses à quelques questions :

« L’Union européenne va-t-elle devoir sauver d’autres États membres cette année ?
« J.S. : Je suis plus optimiste que la plupart de mes collègues économistes au sujet de l’Europe. Je pense que l’euro va résister et que les pays qui ont choisi le chemin difficile de l’austérité tiendront bon. Le plan de sauvetage de la Grèce puis de l’Irlande a trop tardé et a été mis en place de mauvaise grâce, ce qui a coûté cher à l’Europe. […]

« Le modèle économique français a-t-il été protecteur contre la crise ?
« J.S. : En tant qu’Américain, je serais tenté de dire, en particulier à la droite française longtemps séduite par un libéralisme à l’américaine : n’allez pas vers le modèle américain ! Les États-Unis traversent une crise structurelle beaucoup plus profonde que l’Allemagne ou la France. Aux États-Unis, le chômage atteint 10 %, les inégalités de revenus n’ont jamais été aussi criantes, et le déficit budgétaire pèse 10 % du PIB. Le système financier et le marché du travail dérégulés sont à l’origine de cette crise. […]

« Comment les pays occidentaux peuvent-ils rester compétitifs ?
« J. S. : La concurrence mondiale est intense. […] La crise a entraîné une baisse de la consommation. Les gouvernants avaient le choix entre stimuler la consommation ou stimuler l’investissement. La seconde option était la meilleure, ce n’est pas celle qu’ont choisie les États-Unis, qui ont préféré les politiques de court terme. La reprise suppose des investissements dans les grandes infrastructures, l’économie verte et le capital humain. Relancer la consommation est une approche très naïve. […]

« Êtes-vous favorable à une réforme du système monétaire international ?
« J. S. : Le dollar a déjà bien entamé son déclin. Un système monétaire international fondé sur plusieurs devises est nécessaire. Il faut d’abord restaurer la crédibilité de l’euro. Deuxième difficulté : l’Asie. […] Le yuan n’est même pas une vraie devise internationale, mais la Chine a sans doute un plan pour le transformer d’ici à dix ans, voire beaucoup plus vite. Si l’Europe parle d’une seule voix […], si l’Asie aussi s’accorde, alors le système monétaire pourra se fonder sur trois piliers, l’euro, une monnaie asiatique et le dollar.

« Dans ce contexte de croissance faible et d’endettement en Occident, la Chine va-t-elle étendre son contrôle sur l’Europe ?
« J. S. : Pas besoin d’être grand clerc pour voir que la Chine est en train de refondre l’économie mondiale. Elle épargne la moitié de son PIB ! Cette accumulation de richesse est spectaculaire. Une partie alimente l’urbanisation la plus rapide de l’histoire, qui suppose la construction d’infrastructures, de routes, de centrales électriques à une échelle sans précédent. La Chine est devenue aussi le premier investisseur en Afrique. Elle a par ailleurs joué un rôle de stabilisateur important pour l’euro. Le premier ministre Wen Jiabao a dit que la Chine continuerait d’acheter des titres de dettes grecque, portugaise ou espagnole. D’un autre côté, la Chine est à l’origine de la hausse des coûts mondiaux de l’énergie et de l’alimentation. Ce qu’elle n’a pas bien géré, ce sont ses ressources naturelles. Elle traverse une crise environnementale profonde. Mais cela fait vingt ans que je répète que la croissance chinoise est solide et qu’elle change le monde.

[1] Fabrice Nodé-Langlois, 6.01.11
http://www.lefigaro.fr/conjoncture/2011/01/05/04016-20110105ARTFIG00650-les-etats-unis-traversent-une-crise-plus-grave-que-l-europe.php

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