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Le lien social est-il en train de mourir ?

23 juin 2011

La cohésion sociale est-elle menacée de disparition ? Partout on constate une diminution de la conscience collective, un attachement plus faible à des valeurs communes (la famille, la religion, l’entreprise). [1]

La famille

Les formes traditionnelles de la famille sont en mutation. A cette évolution concourent différents facteurs :
– la baisse de la fécondité,
– la hausse du taux de divorce (39%),
– la hausse du nombre de familles mono-parentales et de familles recomposées,
– le développement de l’union libre,
– la hausse du célibat,
– la hausse du nombre de couples homosexuels (avec ou sans enfants),
– la hausse des naissances hors mariage (40%).

On peut parler d’éclatement du modèle unique de la famille même si la famille nucléaire reste encore le modèle le plus répandu.

Les causes de cette évolution :
– la hausse du taux d’activité des femmes : 80% des femmes entre 25 et 49 ans travaillent.
– l’importance du statut professionnel et du choix de la carrière (conséquences sur le divorce et l’indice de fécondité), hausse de la durée des études,
– l’émancipation des femmes : les rôles masculins et féminins se rapprochent,
– l’individualisme,
– l’hédonisme,
– la planification des naissances,
– l’âge du mariage plus tardif,
– le développement du chômage et de la précarité.

Mais la famille demeure un important agent de socialisation et une source de solidarité.

La famille transmet des valeurs et des normes, produit un lien social et assure la cohésion sociale. Il existe toujours une solidarité familiale inter-générationnelle : aide en nature ou matérielle, support moral. La génération intermédiaire – les parents – est très sollicitée : plus de 50% des 20-24 ans vivent chez leurs parents. La famille permet l’identification de chacun grâce aux références familiales.

La solidarité augmente avec le chômage : la famille joue un rôle actif face à l’exclusion. Elle agit là où la protection sociale se révèle insuffisante. La famille est un facteur d’intégration sociale : elle protège contre les risques de chômage et d’exclusion.

Plutôt que de parler de crise de l’institution familiale, il faudrait parler de mutations de la famille. Parler d’affaiblissement de la famille traditionnelle ne veut pas dire une rupture des liens entre les membres de la famille. Aujourd’hui, les liens sont moins imposés et augmentent la liberté des individus. La fonction d’intégration sociale de la famille n’est pas remise en cause, mais ce rôle d’intégration est différent. L’attachement des individus à l’institution familiale reste intact malgré un environnement social instable.

La religion

La religion (du latin « religare » : relier) peut relier les individus et contribuer à la cohésion sociale. Les croyances religieuses demeurent un élément de la conscience collective. La religion était au coeur de la vie collective et des existences individuelles. Tout événement local avait une dimension religieuse (ex : les processions). Le prêtre était une personnalité majeure.

Un français sur quatre affirme ne pas avoir d’appartenance religieuse. On assiste à une baisse des vocations et à une remise en cause des conduites prônées par l’Eglise.

Même si le taux de pratique a baissé, la religion demeure cependant un point d’attache historique et une référence identitaire. Les rites sont toujours importants. Ces rites marquent symboliquement les événements clés et tissent des liens entre les générations.

On assiste aujourd’hui à la montée de croyances parallèles (sectes…). La religion n’est plus globalisante, mais en « pièces détachées » : on prend ce qui nous convient. Les individus s’autonomisent.

Le travail

Pour Marx, le travail est source d’aliénation. Pour Durkheim, le travail est le déterminant du lien social. Pour Weber, le travail est un moyen pour devenir un élu de Dieu.

Notre société valorise le travail. C’est un moyen d’avoir le sentiment d’une utilité sociale et de se positionner socialement : il est vecteur d’identité et de statut social. C’est un moyen de posséder un revenu qui permettra d’assurer son indépendance. Le travail permet aussi de consommer et assure un réseau de sociabilité (collègues, amis…).

Par contre, l’absence de travail est dévalorisée socialement parce que l’absence de revenus condamne l’individu à être dépendant de la redistribution collective, ce qui induit une perte de liberté individuelle (position d’assisté) et du contrôle social. Le chômeur est stigmatisé.

Les entreprises sont de plus en plus sélectives : elles embauchent à un niveau plus élevé que par le passé. On devient vieux professionnellement de plus en plus tôt. La conséquence est le processus d’exclusion des non-qualifiés et des chômeurs de longue durée (pertes des repères professionnels et sociaux) : ils deviennent de plus en plus exclus.

Le travail intègre ceux qui sont déjà intégrés :
Le travail devient de plus en plus immatériel et relationnel. Les compétences sont de plus en plus sociales. La qualification sociale est aussi très importante : le savoir être importe plus que le savoir faire. Cette compétence dépend de ce qui est vécu en dehors du travail : l’expérience familiale, la qualité de vie relationnelle, les associations, les activités culturelles et politiques.

Les risques de fragilité :
– les actifs occupés peuvent présenter des signes de fragilité car le travail est de moins en moins à même de conférer un statut durable,
– le travail perd de son efficacité en tant que facteur d’intégration sociale

Causes :
– emplois précaires : pas d’intégration,
– mutations,
– perte de confiance,
– peur du licenciement,
– individualisme.

Tout cela détruit le collectif du travailleur et les préoccupations individuelles prédominent au détriment des intérêts communs. L’individualisme a gagné la sphère professionnelle.

Conclusion : il devient utopique d’envisager une réelle solidarité.

Le travail est-il le seul facteur d’intégration ?
Toute forme d’intégration sociale ne passe pas forcément par le travail. Beaucoup d’associations donnent aux individus la possibilité de s’intégrer, d’occuper une place sociale valorisée (associations d’étudiants, chômeurs, retraités…).

Conclusion
La travail facilite l’intégration sociale, mais il génère de moins en moins de cohésion sociale. Il existe aujourd’hui un moindre sentiment de partager des intérêts communs. Le temps de travail baisse, les individus développent donc des activités en dehors de leur travail, mais rien n’indique que l’on sorte de cette civilisation du travail. On peut donc parler de crise d’intégration par le travail.

La baisse du taux de syndicalisation

Pour Durkheim, l’Etat ne peut seul assurer la cohésion sociale : il doit donc être relayé par des groupes intermédiaires facteurs de liens sociaux (syndicats). Selon Marx, les syndicats vont permettre la mobilisation de la classe laborieuse. Les syndicats sont facteurs de changements sociaux.

C’est la loi du 21 mars 1884, la loi Waldeck-Rousseau, qui autorise la liberté syndicale. En décembre 1968, la liberté syndicale est reconnue dans l’entreprise. Les lois Auroux de 1982 ont favorisé en France l’extension de l’expression syndicale dans les entreprises (obligation de négociation dans les entreprises ayant une section syndicale).

Les syndicats sont des regroupements d’individus qui permettent la défense des intérêts professionnels, moraux et matériels, collectifs comme individuels. Les syndicats sont les médiateurs entre les salariés et les employeurs et sont indispensables à la gestion d’une démocratie socioprofessionnelle.

La représentativité des syndicats s’apprécie de différentes façons selon :
– le nombre d’adhérents,
– l’implantation dans les entreprises : élections dans le comité d’entreprise,
– les élections aux conseils de prud’hommes.

Cependant, on constate aujourd’hui une érosion syndicale :
– baisse du nombre d’adhérents : crise d’adhésion,
– augmentation des élus de listes non-syndiquées,
– importance des coordinations.

Les causes de la baisse du taux de syndicalisation

Les facteurs conjoncturels :
– avec la crise l’action collective est beaucoup plus incertaine (baisse de l’efficacité des syndicats),
– la crainte d’être licencié,
– l’augmentation du nombre d’emplois précaires,
– les bastions industriels ne sont plus des zones de recrutement,
– le « passager clandestin », selon la théorie de l’américain Mancur Olson (1932-1998) : une action collective est toujours plus rentable pour ceux qui ne s’engagent pas mais qui en profitent quand même. L’individu rationnel n’a aucun intérêt à s’acquitter de sa cotisation, ni à passer son temps dans l’action puisqu’en temps que travailleur, il bénéficiera quand même de l’action de ceux qui se mobiliseront.

Les facteurs structurels :
– le nombre d’ouvriers baisse, ce qui accentue le clivage entre ouvriers spécialisés (OS) et ouvriers polyvalents (OP),
– l’expansion du tertiaire : importance des cols blanc (moins syndiqués que les cols bleus),
– plus de cadres et de professions intermédiaires,
– plus de femmes, moins syndiquées que les hommes
– les contrats emploi solidarité (CES) sont différents des contrats à durée indéterminée (CDI) : les revendications sont donc différentes

Le changement de valeurs :
– la montée de l’individualisme a supprimé les vastes mouvements unitaires mais a amplifié la recherche d’une revendication identitaire. Or les syndicats continuent de valoriser le groupe.
– la conscience de classe s’effrite (ex : la classe ouvrière)

Les syndicats représentent la principale institution du monde du travail dans les pays industrialisés (PI). Ils agissent sur les salaires, l’organisation du travail, les conditions de travail… Ce sont des acteurs indispensables dans la prévention et la régulation des conflits : ils participent toujours à la socialisation des individus car ils produisent un lien social avec leurs membres.

Une adaptation à la société est nécessaire
Le syndicalisme connaît une crise d’adhésion, une crise d’identité et une crise de représentativité. Aujourd’hui, il faut tenir compte des préoccupations individuelles. Les jeunes générations ont du mal à s’identifier à des organisations historiques bâties sur la référence à la grande industrie. Les jeunes refusent aussi le syndicalisme politisé et idéologisé.

Conclusion
Le syndicalisme est à la recherche d’une nouvelle légitimité. Mais les conflits existent toujours et sont sans doute plus localisés et plus tertiaires. Les coordinations ont plus de succès. Il faut que le syndicalisme soit de proximité et tienne compte des aspirations individuelles et non unitaires.

La pauvreté et l’exclusion

Le seuil de pauvreté est conventionnel, il n’existe pas de précision absolue. La pauvreté est un phénomène relatif. On essaie cependant de définir la pauvreté par trois critères :
1. le niveau des ressources (revenu mensuel) ;
2. les conditions d’existence : la pauvreté renvoie à des manques, et des handicaps. Etre pauvre, c’est ne pas avoir accès à un mode de vie jugé normal par la société (logement indécent, incapacité de satisfaire les besoins primaires…) ;
3. l’approche subjective, basée sur des enquêtes faites auprès des ménages. Est déclaré pauvre celui qui considère que son revenu ne lui permet pas d’atteindre un niveau de vie minimal.

Caractéristiques de la pauvreté :
– problèmes de logement : mal logés ou sans abri,
– problèmes de santé : non couverts par la sécurité sociale,
– pas de diplômes : échec scolaire,
– ressources faibles : revenus de transferts, minima sociaux,
– chômage : chômeurs en fin de droits,
– personnes âgées pauvres,
– surendettement.

La pauvreté est acquise à cause des difficultés économiques et sociales. La pauvreté est un processus : on ne naît pas pauvre, on le devient. Le cumul des handicaps entretient l’engrenage de la pauvreté, signe d’un grave dysfonctionnement social.

La pauvreté est aujourd’hui plus visible, plus médiatisée. La pauvreté était bien présente pendant les années 70, mais elle n’excluait et ne résultait pas du chômage.

Qu’est-ce que l’exclusion ?
La pauvreté est économique, l’exclusion est de sociale et marque une rupture du lien social : être exclu, c’est ne plus participer à la plupart des domaines indispensables dans la société (travail, famille,…). C’est l’absence de réseau relationnel et de perspectives de réinsertion dans les réseaux de socialisation. Un exclu est privé de repères traditionnels. L’exclusion est devenue dans les années 1980-1990 un phénomène de plus en plus visible et médiatisé.

La pauvreté peut être cause d’exclusion
Quand la pauvreté matérielle s’installe, elle peut se répercuter dans d’autres domaines. Faute de relations professionnelles, le réseau de sociabilité se restreint. La famille ne fournit pas toujours l’aide matérielle. La pauvreté entraîne un processus de disqualification sociale. Le refus ou l’impossibilité d’assumer une telle image de soi peut conduire à une rupture du lien social. Le statut d’assisté entraîne une modification en profondeur de son identité.

La pauvreté peut être aussi la conséquence de la décomposition du lien social :
– crise des grandes institutions intégratrices : famille, école, religion,
– l’entreprise est de plus en plus sélective,
– le chômage poursuit ce processus d’exclusion et entraîne la pauvreté.

[1] Cf. http://www.skyminds.net/economie-et-sociologie/changement-social-et-solidarite/existe-t-il-un-affaiblissement-du-lien-social/

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