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Chine : un capitalisme triomphant libéré de la démocratie

25 juin 2011

USA made in China

L’Europe otage de la dette, dites-vous ? Le lien social est-il en train de mourir, vous demandez-vous ? La crise et la souffrance des esprits seraient une réalité, supputez-vous ? Mon cher Vignaux, le plus fou dans l’affaire, c’est qu’il y a dans votre analyse quelque chose de perturbant. Quelque chose d’acide qui dissout le superflu pour découvrir une pénible réalité que nous nous astreignons pourtant à cacher : l’effet pervers et souterrain des délocalisations, car ne l’oubliez pas, tout est lié dans notre économie planétaire.

Robert Fogel a émis une hypothèse intéressante : « Chris Patten, l’ancien gouverneur de Hong Kong, rappelait que l’économie chinoise avait été la première au monde pendant dix-huit des vingt derniers siècles. Alors que l’Europe était plongée dans l’âge des ténèbres et poursuivait de désastreuses guerres de religion, La Chine cultivait les plus hauts standards de vie au monde. Aujourd’hui, aux yeux des Chinois, l’ascension de leur pays marque un simple retour au statu quo.[1] »

La Chine a accueilli à bras ouverts les investisseurs et les entrepreneurs occidentaux, sans compter que nos stratèges économiques et politiques les y ont allègrement poussés. Nous ne nous en sommes pas rendu compte, mais la Chine a développé une nouvelle forme de capitalisme : la démocratie en est absente. On oublie trop souvent que le capitalisme est une condition préalable à la démocratie, mais que la démocratie n’est pas une condition préalable au capitalisme. Ce dont la Chine nous fait actuellement la brillante démonstration, c’est que le libre marché et le capitalisme peuvent très bien fonctionner sans toutes les contraintes reliées aux valeurs démocratiques.

Il y a quelques années, les think tanks américains nous disaient que la Chine et les autres pays totalitaires adhéreraient inévitablement aux valeurs de la démocratie sous l’inexorable avancée du rouleau compresseur du libre marché. C’est l’inverse qui s’est produit. Ils se sont trompés. La Chine se comporte au contraire comme un véritable aspirateur qui engouffre tout, de la production à savoir comment produire. La Chine procède à un reverse engineering de tout ce que nous délocalisons. C’est un processus rampant et insidieux, et nous y sommes devenus totalement aveugles.

Nous avons donné aux dirigeants chinois la corde pour nous pendre, et ils le font. La Chine est entrée dans l’économie mondiale avec une seule idée en tête : imposer à terme ses propres règles du jeu en matière de capitalisme et redevenir le pays le plus prospère de la planète. Ce qui pourrait nous attendre tous, c’est un niveau de vie semblable à celui des chinois si la Chine arrive à ses fins, le tout accompagné d’une réécriture des règles de la démocratie. Scénario impensable ? Assoyons-nous un instant avec les entrepreneurs, et ayons une discussion avec eux.


[1] Fogel Robert, Why China’s Economy Will Grow to $ 123 Trillion by 2040, Foreign Policy, January-February 2010.

© Pierre Fraser, 2011

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