Accueil > Non classé > Le « môme qui tue tout ce qui bouge »

Le « môme qui tue tout ce qui bouge »

30 juin 2011

Jason Manolopoulos est l’auteur d’un pamphlet intitulé « Greece’s « Odious » Debt », (éditions Anthem Press, non traduit en français). C’est un réquisitoire, une condamnation. Car A l’heure du nouveau plan d’aide à la nation hellène, Monolopoulos est pareil à « un gosse lâché dans le jardin des grands qui fait joujou avec un revolver. Le môme finit par tuer tout ce qui bouge dans son pamphlet ». [1]

Cofondateur d’un hedge fund basé à Athènes, mais immatriculé à Genève, l’auteur fait partie des spéculateurs internationaux qu’on dénonce. Expert en marchés émergents chez Barclays Capital et Merrill Lynch, ce diplômé de la London School of Economics a exercé ensuite ses talents en Russie, un pays où tout est permis. Puis, passé la trentaine et fortune faite, le petit doué s’est mis à son compte en créant un fonds d’investissement.

La crise grecque a bouleversé ce parcours. « Le pillage de mon pays par l’euro, les élites politiques et la communauté financière m’a rendu fou furieux, écrit-il. J’écumais de rage […]. « Les banques d’affaires ont accepté les yeux fermés les mensonges des promoteurs de l’euro qui présentaient la Grèce comme une économie anglo-saxonne, ouverte et libérale, alors qu’elle avait les pires travers des économies émergentes, un marché du travail inflexible, une corruption généralisée, une bureaucratie énorme. »

Le financier n’a que l’expression « aveuglement collectif » à la bouche, qu’il accole à celle de «lavage de cerveau ». Comment expliquer le miracle par lequel, dans l’esprit des responsables de la zone euro, une économie grecque dysfonctionnelle a pu être transformée par un coup de baguette magique, entre le lancement de la monnaie unique en 1999 et l’adhésion hellène en 2001, en un modèle d’expansion ? Pour des raisons politiques évidentes : Bruxelles a fermé les yeux sur les artifices comptables « ignobles » mis au point par les banques d’affaires dans l’objectif de dissimuler la dette stratosphérique et de respecter les critères de Maastricht.

Pourtant, en 2003, la respectée revue « Risk Magazine » avait dénoncé le maquillage des comptes grecs agencé par la banque d’affaires Goldman Sachs. Le président de la Commission européenne entre 1999 et 2004, Romano Prodi, qui avait été conseiller de Goldman Sachs, n’a rien fait pour gêner son ancien employeur. Goldman Sachs n’était d’ailleurs pas l’unique institution à avoir participé à « ce repas gratuit », comme le rappelle Jason Manolopoulos. En 1996, J.P. Morgan avait créé un type de swaps identique pour l’Italie, dont le directeur du Trésor n’était autre que le président désigné de la BCE, Mario Draghi, passé chez Goldman Sachs entre 2002 et 2005.

Le livre abonde ainsi en déclarations optimistes de responsables communautaires sur l’état de la Grèce. Ainsi, en février 2009, six mois après l’explosion des « subprimes », le commissaire européen chargé des affaires économiques, Joaquin Almunia, proclamait : « L’économie grecque est dans une meilleure situation que la moyenne de la zone euro. »

Le financier athénien s’interroge aujourd’hui : comment les investisseurs obligataires ont-ils pris pour argent comptant le prétendu succès de l’économie grecque ? Contrairement à la pensée unique de l’époque sur l’efficience des marchés, l’irrationalité influence les stratégies de placement. Le refus de considérer toute information allant à l’encontre de la norme, le comportement moutonnier pro-cycle économique, l’arrogance et le sentiment d’invincibilité sont répandus et aveuglent même les plus perspicaces.

Jason Manolopoulos juge autant celui qui prononce l’acte d’accusation que ceux qu’il vise. L’imprécateur ne discerne ni stupidité ni cupidité chez ses semblables. A l’écouter, « l’élite du secteur financier s’est montrée irresponsable, mais pas âpre au gain ! Jason d’Athènes n’est visiblement pas encore sur le chemin de l’expiation menant à la rédemption. » [1]

La suite, s’il y en a une : à la prochaine crise de l’euro !

[1] Marc Roche, Le Monde, 29 juin 2011.
https://lupus1.wordpress.com/2011/06/29/lettre-de-la-city-le-mome-qui-tue-tout-ce-qui-bouge-par-marc-roche/
Marc Roche, « La banque – Comment Goldman Sachs dirige le monde », Paris, Albin Michel, 2010.

© Georges Vignaux, 2011

Livres de l’auteur

Publicités
Catégories :Non classé Étiquettes : , , , , ,
%d blogueurs aiment cette page :