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Plans de sauvetage ou la stabilité fabriquée

7 août 2011

Je dois vous avouer, collègue, que vos derniers billets — Les Bourses : des bateaux ivres et Où va l’économie mondiale ? —m’ont longuement fait réfléchir. Je suis toujours surpris de constater que les gens soient surpris que le ciel leur tombe sur la tête. Il va sans dire que les crises de dettes publiques, les krachs financiers, les récessions, et l’inflation alimentent joyeusement les médias de masse et les réseaux sociaux, sans compter qu’ils s’alimentent maintenant l’un l’autre avec le plus grand bonheur pour nous dire que le ciel s’apprête à nous tomber sur la tête. Le plus fou dans l’affaire, c’est que nous portons tellement crédit à ce délire, que le pire finit par se produire.

Au-delà de ce cirque médiatique, qui fait vendre de la copie et du temps d’antenne, il faut se rendre à une évidence : notre monde est fragile. En fait, beaucoup plus fragile qu’on pourrait le soupçonner. Et cette fragilité est consécutive de notre désir d’ordre et de stabilité. Nous avons tellement peur de l’instabilité, que nous mettons en œuvre des moyens dangereux pour la contrecarrer. Nous fabriquons de la stabilité. En fait, depuis le krach de 1989, les génies de la finance ont convenu qu’il fallait mettre fin aux cycles économiques. Pensez-y une seconde. Qu’est-ce qui peut-être plus inquiétant qu’un cycle économique ? Vous n’avez aucune idée de leur durée, vous ne savez pas ce qui peut les faire infléchir ou les faire émerger. La seule chose dont vous ayez la certitude, c’est que, inévitablement, ils se produiront. Admettez que c’est une très mauvaise affaire pour tous les financiers et spéculateurs de ce monde : ne pas savoir ce qui les attend. La suite logique de l’affaire, c’est d’annuler ce processus.

Pour contrer l’insécurité, lorsqu’un problème économique se présente, on essaie de le régler. Et comment le règle-t-on ? En le mutualisant. La crise de 2008 est éloquente à ce sujet. Lorsqu’on cherche à stabiliser une situation économique ou financière qui autrement dégénèrerait, on annule le cycle économique en sauvant les institutions. Je prends ici à témoin la nature. L’ordre et la stabilité n’existent pas dans la nature. Ici, tout est question de cycles. C’est l’effondrement de systèmes écologiques entiers qui fait en sorte que la nature sort toujours gagnante. De l’effondrement naît toujours un autre système écologique, différent, certes, et heureusement qu’il en est ainsi. C’est le cycle de la vie dans ce qu’il a de plus brutal, mais aussi tellement efficace. La nature n’est pas robuste, elle est redondante. Nos systèmes économiques et financiers sont robustes et non redondants, conséquemment, ils s’effondrent parce qu’on ne leur permet plus de suivre leur courbe cyclique naturelle.

Notre erreur, collègue, est de vouloir éliminer l’aspect aléatoire qui est propre à l’économie, et de vouloir corriger les erreurs par des politiques monétaires, des plans de sauvetage, et autres formes de subsides. Il n’y a que les imbéciles pour croire qu’en injectant massivement de l’argent dans des structures boiteuses et en abolissant les cycles économiques que nous réglerons les problèmes. Nous ne faisons qu’amplifier le problème. Dieu merci, il y a le FMI et la Banque mondiale pour empêcher les cycles économiques ! L’avenir est donc serein devant nous !

Je me plais ici à penser à cette réflexion de Sénèque : « Les bêtes, si elles voient un danger, le fuient ; une fois qu’elles ont fui, elles n’ont plus de soucis. Nous c’est par l’avenir et le passé que nous sommes torturés. » [1] Imaginez un instant à quel point les financiers doivent être torturés à propos de l’avenir ! Juste d’y penser on ne peut qu’avoir des sueurs froides dans le dos…

[1] Sénèque, Lettres à Lucillius, Lettre 5.

©  , 2011

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