Chine : l’empire et le vampire du milieu

9 août 2011

Dans son dernier billet, mon collègue Georges Vignaux nous propose la réflexion suivante : « Pour que la crise de 2007 ne devienne pas une nouvelle crise de 1929, il faut maintenant renverser le jeu. Il faut se mobiliser pour faire céder la Chine sur sa politique du yuan. Il suffit pour cela de préparer sérieusement et collectivement des représailles douanières à son encontre. Faute d’une telle initiative, les pays occidentaux s’enfermeront rapidement dans une spirale de déclin économique et financier qui les amènera à se retrouver chacun durablement asservis à la Chine. »

En Occident, nous aimons bien la notion de durabilité. Le développement durable de quoi que ce soit est à toutes les sauces. Si je voulais être un brin cynique, je dirais même que la pauvreté durable et le misérabilisme durable font aussi partie de cette grande utopie de la durabilité. Ce dont nous ne nous rendons pas compte, c’est que la simplicité volontaire tant prisée par des occidentaux en mal de philosophie et de bonne conscience risque sous peu de devenir une simplicité involontaire pour plusieurs d’entre nous.

Pour rappel, la Chine a un avantage marqué que nous n’avons pas : « une main-d’œuvre surabondante composée d’ouvriers paysans peu payés, une faible consommation intérieure, la faiblesse de sa monnaie, [et des investissements dans les pays africains et émergents qui ne sont liés à aucune considération concernant les droits de l’homme, la démocratie électorale, les règles de l’OMC, et autres choses embarrassantes pour le commerce]. Cette combinaison gagnante permet donc à la Chine de gagner sans cesse des marchés à l’exportation et de désavantager les importations dans son marché intérieur. » [1]

Ah oui, j’oubliais, il y a aussi des imbéciles qui ont la certitude que délocaliser les entreprises manufacturières vers la Chine est gage d’une économie prospère pour offrir des produits à bas prix aux classes moyennes de l’Amérique et de l’Europe. Et la Chine a eu l’intelligence de s’aligner sur le dogme néolibéral : « Une concurrence illimitée optimise les allocations de ressources pour tous les acteurs de la chaîne économique ; la prospérité chinoise profite donc aux consommateurs et aux entreprises américaines et européennes. » Quelle vision d’avenir !

La Chine est devenue la manufacture du monde et le créancier de la planète,  et le plus fou dans l’affaire, nous la décrions, alors que nous lui avons fourni la corde pour nous pendre. Et nous signons et persistons. Par contre, nous avons peut-être oublié que pour les financiers de Wall Street, la démocratie est de plus en plus un encombrant héritage nuisible à l’efficacité économique. Et si la Chine avait compris, à notre détriment, mais à son avantage, que le libre marché pouvait fonctionner sans démocratie

[1] Fraser Pierre, Dindification – Développer son esprit critique dans un monde du prêt-à-penser », Montréal, Éditions Transcontinental, 2010.

©  , 2011

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