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Les agences de notation, un danger pour la démocratie ?

10 août 2011

En dégradant la note de la dette des États-Unis, l’agence de notation Standard and Poor’s a pris une décision historique qui a mis une grosse pression sur les autres pays notés «AAA». C’est l’occasion de découvrir l’existence de ces agences, et l’extraordinaire pouvoir qu’elles exercent aujourd’hui. [1]

C’est un monsieur en costume gris, qui présente bien. Il parle à la télévision et déclare d’un ton rassurant : « Nous n’envisageons pas pour l’instant de dégrader la note de la France », et tout le monde d’un coup paraît soulagé. On n’a jamais vu ce monsieur : Jean Michel Six, économiste en chef de l’agence Standard and Poor’s pour l’Europe

Autrefois, quand il y avait une menace de krach, on voyait à la télé le Président, ou le Premier Ministre, qui disait : « On va s’en sortir, rassurez-vous, nos fondamentaux restent positifs… »! Aujourd’hui, c’est monsieur Standard and Poor’s, qui se permet de dire quelque chose comme : « Oui, si la France fait des efforts, il est possible qu’on ne lui dégrade pas sa note, mais il va falloir se serrer la ceinture, et filer droit. »

Jusqu’ici, on pensait que le pouvoir dans les démocraties était exercé par les gouvernements, démocratiquement élus, et que ce sont eux qui décidaient pour des raisons politiques d’instaurer la rigueur, ou au contraire de creuser les déficits, par exemple pour relancer la consommation. Mais, dans le monde moderne, les gouvernements n’ont pas grand chose à dire, ce sont les agences de notation qui décident, et vous pourriez voter bleu, rouge, vert, aux prochaines élections ça ne changerait rien. Si en plus, vous débattez du bien fondé d’un plan de rigueur par exemple entre démocrates et républicains, comme aux Etats-Unis, alors, on vous dégrade ! Parce que débattre c’est démontrer son instabilité

Le plus drôle, ces agences sont, elles, totalement irresponsables, au sens politique et juridique du terme. Leurs avis ne sont que des opinions, elles n’ont aucun compte à rendre sur les éventuelles conséquences des notes qu’elles distribuent…

La France est toujours classée AAA, mais demain il y aura une campagne présidentielle, et on verra peut être à la télévision le représentant de Standard and Poor’s nous expliquer que comme la gauche et la droite s’opposent en France, il n’est pas possible de maintenir la note maximum. En effet le débat est inutile puisque quoiqu’il arrive, c’est l’agence qui a raison.

[1] Cf. Christophe Giltay, le 8 août 2011 : http://blogs.rtl.be/champselysees/2011/08/08/les-agences-de-notation-un-danger-pour-la-democratie/

©  , 2011

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