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Crise financière — Le syndrome du costume vide

11 août 2011

L’expert. Eh oui, toujours l’expert… Savez-vous quoi, collègue ? J’en ai un peu ras le bol de l’expert. J’ai lu avec grande attention vos trois derniers billets et une phrase a particulièrement retenu mon attention à propos des agences de notation : « C’est un monsieur en costume gris, qui présente bien. Il parle à la télévision et déclare d’un ton rassurant : ‘Nous n’envisageons pas pour l’instant de dégrader la note de la France’, et tout le monde d’un coup paraît soulagé. »

Le voilà donc dans toute sa splendeur : le monsieur en costume gris ou en toutes autres déclinaisons de couleurs aussi sombres qu’un corbeau. Excusez ma comparaison douteuse, mais je suis présentement à la limite de ce que la décence permet lorsque j’observe avec dépit et désarroi la situation actuelle. Si vous me le permettez, je vais brièvement vous entretenir des différentes espèces d’experts.

Le gourou
Il s’impose dans son domaine comme une figure charismatique. Son discours, cohérent, fait la promotion des valeurs propres à un domaine donné. Les médias de masse invitent systématiquement le gourou afin qu’il présente son point de vue sur un événement ou un phénomène de société. Présent sur toutes les tribunes jusqu’à saturation, le gourou est la preuve vivante que les médias peuvent fabriquer des gens qui possèdent le savoir avec un grand S. Le problème du gourou, c’est qu’il ne reconnaît pas les limites de son savoir et qu’il les outrepasse régulièrement sans en être conscient.

Le spécialiste
Il possède généralement une bonne formation dans le domaine qu’il prétend connaître. Il a acquis sa réputation par ses faits d’armes ou ses publications. Par exemple, à la suite d’un krach boursier, on vous sort l’universitaire de service en matière de finance. Le problème du spécialiste, c’est qu’il reconnaît les limites de son savoir, mais dès qu’on l’oblige à les franchir, il extrapole.

L’expert
Il s’agit d’une espèce bien particulière. Il n’est ni gourou ni spécialiste, mais à mi-chemin entre les deux. Chaque média écrit ou électronique, pour un domaine donné, a son expert maison qui s’abreuve auprès des gourous et des spécialistes. Ces gens sont devenus des experts, et les médias les consultent régulièrement pour avoir l’heure juste sur un sujet. Mais, il y a pire encore: plusieurs journalistes, qui sont au demeurant que des journalistes sans autre formation que celle de journaliste, ont eu un jour la piqûre pour un sujet donné. Ils deviennent alors des experts maison en économie, en finance, en environnement, etc. Et des millions de gens les écoutent. Le problème de l’expert, c’est qu’il n’a aucune idée de l’étendue de son ignorance. Et je rempile en affirmant que l’ignorance est d’autant plus infinie qu’elle concerne l’économie et la finance.

L’expert autoproclamé
C’est celui qui répète le discours des trois précédents. L’autoproclamation n’est pas un phénomène récent. Internet a simplement décuplé la capacité de reproduction des experts autoproclamés. Un tel nombre d’experts autoproclamés qui s’appuie sur les réflexions et les hypothèses des gourous, spécialistes et experts n’est pas innocent et a forcément un impact. On peut les considérer comme les grands perroquets du discours des trois autres. Ils sévissent généralement sur les blogues et les réseaux sociaux. Leur rôle est de répéter inlassablement les mêmes rengaines, pensant ainsi se positionner comme des gens ayant une opinion structurée et valable. Le problème de l’expert autoproclamé, c’est qu’il ne sait pas qu’il est ignorant. Il a la ferme conviction de savoir de quoi il parle. [1]

Ce qui me fascine le plus, c’est que malgré la médiocrité de toutes leurs prévisions et analyses, tous ces gens continuent de passer pour des experts. Et le plus fou dans l’affaire, c’est qu’ils ne possèdent aucune aptitude qui pourrait vraiment les différencier de vous, ou de moi ou de nos concitoyens, sauf le costume trois-pièces très cher qu’ils portent. Ce qui me mène finalement à penser que le costume trois-pièces est vide et que nous souffrons du syndrome du costume vide. C’est-à-dire que nous nous en remettons à du vide pour fonder nos décisions.

Je tiens à m’excuser auprès des âmes sensibles pour la teneur caustique, cinglante et cynique de ce billet, mais le vide m’effraie parfois !

[1] Le lecteur pourrait peut-être croire que, vous et moi, cher collègue, sommes des experts autoproclamés. Quelle serait notre défense ? Elle est simple : nous sommes des épistémocrates, c’est-à-dire que nous doutons de notre propre savoir et que nous le remettons constamment en question !

©  , 2011

 

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  1. georgesvignaux
    11 août 2011 à 15 h 48 min

    Oui ils sont légions : experts, coachs, guides, prêts à nous enfermer, nous étouffer sous prétexte de notre bien !! de notre santé !! de notre sécurité !!! Les prêtrises de tous bords ont de beaux jours devant elles !!!

  2. 11 août 2011 à 15 h 55 min

    Vieille histoire…

    N’est-ce pas la répétition (sous une forme moderne) des débats concernant la valeur de l’enseignement des sophistes?

    Sophiste: en terme contemporain; « intellectuel » id est personne pouvant parler avec brio de tous les sujets. Même (surtout!) des sujets qu’ils ne connaissent pas. Mais c’est si bien dit… Par exemple le cas pendable de BHL, le « romanquêteur »… (son livre sur les USA est particulièrement pissant: avait-il pris du LSD?)

    Le problème tel que je le vois n’est pas que ces personnages causent mais qu’on les écoute.
    Je donnerais bien quelques exemple de gourous du Ouaibe Deux (pour ne parler que de ceux là) mais le seul fait d’évoquer leurs noms provoque chez-moi une pulsion meurtrière au point que ça me fait peur… 😉

    Les yahous, privé des explications toutes faites des religion doivent combler le vide
    (celui de leur cervelle creuse) et là (miraaacle!) les gourous de tout poil comblent le
    manque « existentiel » des pithéco demens, singes fous à prétention humanoïde.

    Je préfère en rire car c’est plus méprisant.

    A+ 🙂

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