Tottenham-Clichy : « no future »

11 août 2011

En novembre 2005, lorsque les banlieues de la région parisienne et d’autres villes françaises avaient été ravagées par plusieurs nuits d’émeutes spectaculaires, les médias anglo-saxons avaient volontiers souligné l’impasse de “ghettos » français qui s’embrasaient pour mieux faire ressortir les mérites du modèle britannique de mixité urbaine et sociale.

Alors que de nombreux quartiers de Londres, Manchester, Birmingham ou Liverpool émergent de quatre jours d’un ouragan de violences, on ne leur rendra pas la pareille. Car, les situations britanniques sont singulières. Les pires saccages de ces derniers jours ont eu lieu non pas dans les banlieues les plus déshéritées, comme en France il y a six ans, mais dans ces quartiers « mixtes » où se côtoient des communautés sociales et ethniques très diverses. Tout se passe comme si le creusement des inégalités sociales avait cruellement mis à nu les limites de cette coexistence.

L’impuissance de la police anglaise peut également surprendre des Français habitués à voir des forces de l’ordre constamment en alerte – et équipées en conséquence – pour prévenir et surtout contenir de telles explosions. Il est certain que la tâche est plus facile quand les foyers d’incendie sont cantonnés à l’extérieur des centres-villes.

Enfin, il ne fait pas de doute que la crise économique et la réponse qu’y a apporté le gouvernement de David Cameron depuis 2010 en taillant drastiquement dans les budgets sociaux n’ont pu qu’exacerber les risques de révolte. Mais, au-delà, le ressort profond des émeutes au Royaume-Uni est bien le même qu’en France en 2005. Dans les deux cas, c‘est la révolte des laissés-pour-compte d’une société qui ne sait plus leur offrir une place et un avenir. En particulier des jeunes, en rupture d’école, de famille, de valeurs et dont l’horizon est, de plus en plus, celui du chômage et de la délinquance. Déshérités et frustrés, ils n’ont rien à perdre. Dans les deux cas, la colère, la provocation et l’opportunisme font de la police la première cible, et des magasins à piller la seconde. Surtout quand, en Grande-Bretagne comme en France en 2005, les responsables politiques ont placé la défense de l’ordre au premier rang de leurs priorités.

Dans les deux cas, enfin, qu’il s’agisse du gouvernement Villepin-Sarkozy en 2005 ou du gouvernement Cameron en 2011, la réaction dominante est de ramener les émeutes à des problèmes de délinquance. Ce réflexe conduit trop facilement au déni des racines profondes du mal. [1]

[1] http://www.lemonde.fr/idees/article/2011/08/11/tottenham-clichy-les-revoltes-du-no-future_1558439_3232.html

©  , 2011

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