Londres, une cohabitation en éclats

12 août 2011

Quelles sont les causes des émeutes urbaines récentes qui ont bouleversé Londres ? La pauvreté, la marginalisation sociale, la haine de la police ou le pur vandalisme ? « Contrairement aux idées reçues, les pires saccages n’ont pas eu lieu dans les arrondissements les plus pauvres où rôdent les damnés du quart-monde. Tottenham, Hackney, Clapham, Croydon ou Enfield, théâtres des plus graves violences, sont des quartiers types de la mixité sociale qui est la norme dans la capitale. Ce mélange traditionnel entre riches et pauvres fonctionne sans trop d’accrocs en période d’essor économique ». [1] Mais, cette cohabitation peut se fracturer en période de crise économique, de coupes draconiennes dans les budgets sociaux, et d’envolée du chômage des jeunes.

Un exemple de mixité sociale ?
“Comparé aux autres métropoles européennes, Londres est une ville où le fossé entre riches et pauvres ne cesse de grandir sans atteindre pour autant les écarts d’une ville comme New York. Toutefois, il n’existe pas de ghettos à l’américaine ni de banlieues sensibles à la française. La capitale est un bel exemple de mixité sociale », déclare Tony Travers, professeur de politique locale à la London School of Economics.

Cet expert cite l’exemple de Regent’s Park, le quartier cossu du centre-ville où il habite. D’un côté, l’alignement des immeubles à colonnades doriques– signés du grand architecte Nash –, où réside une population riche. De l’autre, des HLM pas très bien entretenues où vivent petits employés, des ouvriers mais aussi des chômeurs et des immigrants. Albany Road, la longue artère commerciale qui sépare ces deux mondes, est une curieuse suite de petits commerces asiatiques et de débits d’alcool jouxtant des boutiques de mode branchées et des traiteurs.

Londres est ainsi faite de sociétés juxtaposées, qui se côtoient sans se fréquenter. Chaque groupe a ses valeurs, ses normes, sa façon de vivre. Mais l’envers de cette mixité est que l’étalage de richesses des uns peut créer l’envie chez les autres. Selon Tony Travers, cette politique de mixité sociale provient de la fragmentation du pouvoir détenu essentiellement par les 32 boroughs (« bourgs »), l’équivalent à peu près des arrondissements parisiens. La politique du logement, l’attribution des HLM, est de leur ressort, pas de celui de la mairie ou du gouvernement central. Ces prérogatives expliquent que, dans les bourgs les plus riches comme Kensington et Westminster, de nombreuses HLM ont été construites à côté de luxueuses propriétés.

Il y a enfin une autre facette de la crise : l’énorme pouvoir de la Metropolitan Police, la Met, première force du royaume avec 30 000 policiers. C’est un Etat dans l’Etat. Si le maire fixe le budget et désigne le président de l’autorité de contrôle, la force est totalement autonome sur le plan opérationnel. Le seul pouvoir du ministre de l’intérieur est la nomination du commissaire en chef de la Met.
[1] Marc Roche, Londres, un modèle de mixité urbaine fragilisé par la crise économique, Le Monde.fr : 8.10.11.

©  , 2011

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