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Morale ou moralité de l’argent ?

19 août 2011

Georges Vignaux, mon collègue et ami, a fait une affirmation forte : « Le pouvoir de l’argent en effet n’obéit à aucune règle démocratique. Il impose sa morale en se jouant des lois nationales. Au nom du profit, il affame des populations productrices de matières premières, il court-circuite les stratégies d’évolution des entreprises qu’il ouvre et ferme au gré des opportunités, au mépris des hommes et des femmes qui s’y dévouent. Il épuise les richesses naturelles, saccage l’environnement, détruit la biodiversité, sourd et aveugle au désastre qui se prépare. Il provoque des crises mondiales sans en assumer la responsabilité. » Point de départ intéressant s’il en est, que faudrait-il faire pour éviter cet enfermement que nous propose le néolibéralisme ?

  1.  Commençons tout d’abord par revenir à une économie d’entrepreneurs qui prennent des risques pour eux-mêmes.
  2.  Mettons de côté une économie dirigée par des financiers qui prennent des risques non peur eux-mêmes, mais pour tout le monde.  L’économie ne devrait en aucune façon dépendre de la Bourse et des grandes banques d’affaires.
  3.  Ne plus s’en remettre aux agences de notation qui décident maintenant de la santé ou non de l’économie d’un pays.
  4.  Éviter à tout prix de socialiser les pertes et de privatiser les profits.

Mes propositions vous semblent simplistes ? Si nous mettions en application ces simples recommandations, les crises seraient non seulement moins percutantes, mais elles toucheraient uniquement un entrepreneur, son entreprise, ses fournisseurs, ses clients et ses employés. Nous pourrions alors vivre dans une économie diversifiée où la faillite de l’un n’entraîne pas la faillite de tous. Tant que l’argent sera entre les mains des financiers, il n’y aura ni morale, ni moralité pour l’argent. Le plus fou dans l’affaire, c’est que le système capitaliste  actuellement en place propulsé par le néolibéralisme se consolide jour après jour, parce qu’il est rentable pour ceux qui concentrent l’argent entre quelques mains seulement.

On a toujours le droit de rêver, non ? Et je ne suis même pas un utopiste !

©  , 2011

 

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  1. Olivier MONTULET
    19 août 2011 à 20 h 52 min

    Pierre,

    As-tu lu mes réactions aux articles suivants?

    La morale de l’argent
    « L’Europe est en danger »
    Quelle solution pour la crise ? N’en proposer aucune…

    Olivier

  2. Olivier MONTULET
    20 août 2011 à 17 h 09 min

    J’ai pris le temps de me relire… quelques corrections s’imposaient, les voici:
    Quelle solution pour la crise ? N’en proposer aucune…
    Seuls les écologistes, les économistes, les financiers et les dictateurs aiment la stabilité! Excellent, mais tu as oublié les climatologues et le commun des mortels…
    Par définition la vie est l’instabilité, même l’univers est instable. La stabilité n’existe que dans une illusion, une mytologie, humaine qui rêve d’éternité… étonnant car stabilité et éternité sont la mort.
    « L’Europe est en danger »
    Personnellement je suis de l’avis de Pierre Fraser. Ce qui crée des conflits se sont les frottements de la résistance au changement. Le capitalisme-libéral est moribond, il faut passer à autre chose. Ses fondements philosophiques ont été dévoyés en doxa doctrinaire et sa nécessité ontologique ou, à tout le moins, paradigmatique n’est plus. Le modèle droit-de-l’hommiste et néolibéral a vécu et ne génère plus que du désastre. Les espérances philosophiques des lumières ne peuvent plus être rencontrées et ne sont d’ailleurs plus le moteur du projet productiviste-consumériste et boulimico-accapariste. L’économie n’est plus le fait de l’homme mais est un modèle qui s’impose aux hommes car, selon ces grands prêtres les économistes (qui ont toujours la solution mais aucune de celles-ci n’a fonctionné tant qu’à présent et à jamais), les lois économiques sont NATURELLES, sont inscrites dans la nature des choses. Non décidément, ce modèle débilitant doit s’effondrer et au plus vite. Comme le prédisait de Tocqueville le modèle libéral démocratique a produit, ce qu’appelait La Boétie, des serviles volontaires. J’ai bien plus peur de ceux qui s’y accrochent pour préserver, non les lois naturelles, mais leur parcelle, voire miette de pouvoir et de privilèges que du génie humain qui pourra reprendre court quand les cieux seront enfin dégagé de ce dogme moyenâgeux qu’on nomme économie néoclassique pourtant aux antipodes des thèses et recherches d’Adam Smith. Mais qui lit Adam Smith comme Karl Marx? On croit ce qu’on leur a fait dire sans jamais les relire. Le plus terrible c’est que les serviles pensent qu’en dehors du système qui les broie, rien d’autre n’est possible. Alors que les clairvoyants comme moi se lèvent et crient : vive l’utopie, c’est elle qui nous fait vivre et nous donne à rêver un monde à construire et non pas à subir.
    Voici deux textes publiés dans le Journal La Libre Belgique que je tiens à partager avec vous:
    Les dieux sont revenus http://www.lalibre.be/debats/opinions/article/677741/les-dieux-sont-revenus.html
    Myriam TONUS, Chroniqueuse
    Le 08/08/2011

    N’en déplaise aux esprits nostalgiques ou avides de restauration (cela va assez souvent de pair), André Malraux n’a jamais dit que le XXIe siècle serait religieux ou ne serait pas. Par contre, il avait pressenti combien l’être humain peut être livré aux pires menaces lorsqu’il se croit autosuffisant et maître de tout, lorsqu’il limite son horizon à la stricte matérialité. En 1955, il écrit, dans « L’homme et le fantôme » : « Je pense que la tâche du prochain siècle, en face de la plus terrible des menaces qu’ait connue l’humanité, va être d’y réintégrer les dieux ». Malraux l’athée n’appelle pas de ses vœux un retour de la religion, mais quelque chose comme un axe solide, qui empêche les humains à la fois de désespérer et de se perdre dans le n’importe quoi. Le grand homme n’imaginait certainement pas la forme que prendrait la réintroduction du divin ! Car les dieux, oui, sont revenus. Et ils assurent leur fonction avec toute-puissance, violence et indifférence envers les pauvres mortels que nous sommes. On les appelle « les Marchés », comme dans les temps antiques on parlait des Titans ou des Euménides. Invisibles, insaisissables, nul ne peut les localiser : ils sont partout et nulle part. Ils ont leurs temples – les Bourses, les sièges bancaires – leurs oracles (les analystes), leurs grands-prêtres célébrant le culte lors de grand-messes à Davos ou Wall Street, leur bas clergé : une armée de « traders » devançant le moindre de leurs désirs, et même leurs exécuteurs des basses œuvres : ces agences de notation qui font trembler les nations en les menaçant de dégrader leur note. C’est que ces nouveaux dieux ont leurs humeurs, aussi imprévisibles que les colères de Zeus : les Marchés s’affolent, s’apaisent, ont la fièvre, dépriment, sont même quelquefois contents. Seuls quelques initiés peuvent décrypter leur vouloir, érigé en dogme. Essayez donc de proclamer que les Marchés c’est du pipeau, que les sacro-saintes « lois du marché » résultent du choix d’une poignée d’ayatollahs économistes et que les agences de notation – dont le commun des mortels ignorait l’existence il y a deux ans à peine – servent en réalité des intérêts qui n’ont rien d’impersonnel ! A défaut de vous envoyer au bûcher, il se trouvera toujours un fidèle outragé pour vous convaincre de vos errements à coup d’explications dignes de la scolastique moyenâgeuse Honte à cette nouvelle forme d’athéisme qu’on pourrait appeler a-mercantilisme ! Autrefois, on tuait pour cause d’excès de raison; aujourd’hui, il est mal vu de ne pas avoir la foi du charbonnier – pardon, de l’actionnaire. C’est qu’il faut l’avoir solide, la foi, pour supporter les divines volontés – en comparaison, les bonnes vieilles ascèses religieuses paraissent une partie de plaisir. Commandement suprême à tous intimé : se serrer la ceinture, rogner, dégraisser. Mais aussi : abandonner les rêveries (égalité, justice, gratuité) pour n’adorer qu’Efficacité, Rentabilité et Compétitivité, les radieuses épouses qui comblent les Marchés. Consulter chaque matin et chaque soir le baromètre boursier des divines humeurs et offrir aux tout-puissants, dans un geste d’absolue confiance, nos économies – même si l’on peut quelquefois douter qu’ils en font un usage sensé Ont-ils oublié, ces grands-prêtres et leurs idoles, que l’être humain, qu’un peuple ne se résigne jamais à demeurer sous le joug d’un pouvoir écrasant, injuste, d’autant plus insupportable qu’il broie le quotidien sans y prendre part lui-même ? Un peu partout, des hommes, des femmes se lèvent, s’indignent du sort qui leur est fait, refusent ces nouveaux dieux qui barrent l’avenir de leurs enfants. Il ne suffira pas de leur donner en spectacle la déchéance d’un grand-prêtre du FMI pour les détourner de leur colère, pour étouffer leur espoir. Moloch, dans son ventre de feu, dévorait les enfants qu’on lui offrait. Malraux avait raison : ce serait bien la plus terrible des menaces que de s’incliner devant ces dieux qui occupent sa place.

    La révolte sans la solution
    http://www.lalibre.be/debats/opinions/article/678153/la-revolte-sans-la-solution.html
    Jérôme GRYNPAS
    Le 10/08/2011
    Jérôme GRYNPAS, Philosophe jerome.grynpas@gmail.com
    Ce qu’il y a de patent, c’est le sentiment d’impuissance, à l’échelle des individus comme au niveau le plus élevé des décideurs des Etats les plus puissants. On ne peut que constater l’incapacité de ces décideurs et de leurs conseillers de penser hors du système, lors même qu’ils en fustigent les errements. Il faut dire qu’ils ont une excuse et ceci est vrai aussi pour les sphères dirigeantes européennes et leurs experts. Où puiseraient-ils un discours politique cohérent qui puisse être un contre-projet novateur et réalisable ? Il ne reste aux citoyens qu’une indignation plus ou moins violente. Ce n’est pas neuf. Rappel. Avant le XVIIe siècle, on a connu des révoltes jamais abouties et toujours durement réprimées comme celle des « fratellini » dans l’Italie du Moyen Âge, la guerre des paysans en Allemagne à la Renaissance, les « troubles » causés par les famines à travers toutes les époques, etc. Maintenant, l’indignation est toute de gesticulations. Dans les pays arabes, plus vigoureuse, cette indignation est soit réprimée – Syrie, émirats, etc. – soit, forte d’un premier succès, en Egypte et en Tunisie. Elle n’en reste pas moins grosse du meilleur comme du pire. En effet, les seuls à avoir un discours cohérent, quantitativement significatif, avec une vraie capacité organisationnelle sont les religieux. Les autres ont des indignations, des aspirations, mais cela ne fait pas un projet politique propre à conquérir idéologiquement une fraction importante de la population. La même situation d’indignation (pour le moment non violente) se déploie sous nos yeux tant en Europe (Israël compris) qu’en Amérique. Toutes les sociétés sont construites sur des idéologies. Dans l’antiquité, elles se construisent sur les religions du Livre, ou le bouddhisme ou en Chine à travers le confucissme Toutes ont vécu sur des corpus idéologiques – des textes. Ceux-ci avaient pour prétention, d’une part, d’offrir une représentation du monde ici-bas (et pour la plupart de l’au-delà) et, d’autre part, de proposer une pratique tant collective qu’individuelle en déduit de cette idéologie. A partir du milieu du XVIIe siècle, la modernité occidentale a suivi la même voie. Elle s’est exprimée d’abord idéologiquement dans ce qu’on appelle les « Lumières ». Celles-ci, face au pouvoir monarchique absolutiste appuyé par une caste de privilégiés, ont développé la théorie de l’égalité juridique de tout un chacun et, donc, sa capacité (selon ses mérites) à participer de plein droit au pouvoir et dans tous les secteurs de la vie au quotidien. Certes, il s’agissait de principes et le développement a été long et en dents de scie. Mais la démocratie, l’Etat de droit, la solidarité étaient nés. Les révolutions américaine et, surtout, française en sont les enfants légitimes. A la charnière des XVIIIe et XIXe siècles, le libéralisme économique donne à la révolution industrielle sa légitimité (Adam Smith, Ricardo) tout en suscitant à partir du milieu du XIXe siècle, surtout à travers la doxa marxiste, la constitution d’une contre-idéologie globale – sur la base d’un compendium écrit – capable de s’opposer au capitalisme triomphant. Tant que le capitalisme usait de sa force pour se sustenter toujours davantage par l’exploitation coloniale, par exemple, il continua à se développer. Développement qui entraîna les premières lourdes contradictions (guerre et révolution). Pour des raisons, trop longues pour en parler ici, le contre-projet révolutionnaire des bolcheviques de plus en plus oligarchique et donc de plus en plus policier, échoua de la pire des façons : l’implosion. En Occident, ceux qui tentèrent, tout en s’accommodant du système, de l’améliorer- les socio-démocrates – connurent d’abord des succès, puis peu à peu se firent gestionnaires. Quand le soviétisme s’effondra, ils se turent définitivement se contentant de privilégier faute de mieux des « avancées sociétales » tout en pratiquant les « bonnes œuvres ». Globalisé, sans contradicteur idéologique crédible, le capitalisme – à partir des années 80 – passa à une vitesse supérieure : la financiarisation du monde. Il se trouvait ainsi à l’abri des Etats – étant hors loi. Mieux encore, il fit accepter par les gouvernants et les gouvernés (dans une large majorité) que le profit privé était l’alpha et l’oméga de tout développement possible. Il ne s’agissait plus d’une « idéologie » puisque, claironnait-il, les idéologies étaient mortes. Tout cela est scientifique, disaient les experts médiatiques. Et les gens « sérieux » n’y voyaient rien à redire. Autrement dit, le drame – intellectuel et politique – de notre époque, c’est l’absence de tout contre-projet idéologique. Les possédants et tous ceux qui vivent convenablement au sein de ce système n’ont pas besoin de théorie nouvelle, leur seul projet c’est de se maintenir. La gauche de la gauche, très minoritaire, fait semblant de chercher auprès du vieux Marx des réponses. Visiblement, ce n’est pas sérieux. Aujourd’hui, de par son développement même, le capitalisme a mis à nu son incapacité à se réguler au point de tendre à la déliquescence et l’opinion publique comme ses dirigeants le reconnaissent, mais se sentent incapables de penser à une solution viable au long terme. Il n’y a pas de projet, pas de « nouvelles Lumières ». On s’indigne et on a peur. La révolte sans la solution. Face à un capitalisme même malade, c’est peu. Beaucoup se disent in petto : cela ne durera pas. « Ils » vont devoir réagir pour leur propre bien. Mais, ils sont empêtrés dans un quotidien dont ils vivent bien (que mon voisin fasse le premier pas) Cet avantage, ils tiennent à le conserver. Sans compter qu’ils estiment que leurs certitudes sont l’expression d’une réalité irréfragable. Le néolibéralisme, le libre-échange planétaire ne sont-ils pas des faits de nature ? On ne peut pas empêcher la terre de trembler, au mieux on peut construire des bâtiments selon des méthodes antisismiques toujours améliorées. Peut-on faire mieux dans la sphère du politico-économique puisque la théorie novatrice capable de modifier notre paradigme économique ne se déploie nulle part ? Quel individu, quel groupe proposera, au-delà de l’indignation et de la peur, une théorie et une pratique capable de porter un projet novateur ?
    Je nuance la conclusion de se dernier texte en ajoutant: que quoi qu’il arrive un nouveau projet est en train de se construire, pas besoin de plans, surtout pas de plan car ce serait la dictature, quoi qu’il arrive la vie continue et la société se façonne par l’action des citoyens dans leurs activités quotidiennes et ordinaires, silencieuses. Il suffit de les réveiller, mais ils se réveillent déjà en Tunisie, en Algérie, au Maroc, en Égypte, en Israël, dans le Wisconsin, à Madrid, à Athènes, à Londres, à Harlem…
    Et cela mêmes si Obama, les pontes de l’UE, du FMI de l’ONU, de l’OTAN, de Wallstreet ou de la City font tout pour que leur monde irréel subsiste.
    Notre devoir est cependant de rendre les consommateurs infantilisés, variante de production lorsqu’ils travaillent, à leur dignité et qu’ils réinvestissent leur rôle de citoyens acteurs de leur destin.
    Faites percoler ce message et d’autres. C’est ce qui fera changer le monde.
    Je reprendrais pour qualifiez les pratique des économistes cette citation d’Albert Einstein « La folie est de toujours se comporter de la même manière et de s’attendre à un résultat différent ». Monsieur Vignaux, ce qu’il faut faire c’est s’extraire de ses paradigmes et de ses croyances, même s’ils nous structurent, ils nous empêchent de construire autre chose ne fusse que l’utopie d’un autre projet. « Je m’approche de deux pas, elle s’éloigne de deux pas. J’avance de dix pas et l’horizon s’enfuit dix pas plus loin. J’aurai beau avancer, jamais je ne l’atteindrai. A quoi sert l’utopie ? Elle sert à cela : à cheminer » Eduardo Galeano, In Paroles vagabondes, Lux, Montréal, 2010

    La morale de l’argent
    L’argent, le marché, les entreprise, l’état n’ont pas de morale seuls les hommes ont une morale, une éthique et des valeurs. L’homme est un acteur, pas le marché, pas l’entreprise, pas l’état et encore moins l’argent. Que l’état, l’entreprise, l’argent, le marché véhiculent des valeurs, soient instrumentés pour promouvoir des valeurs est tout autre chose. Le marché est immoral car animé par des acteurs immoraux qui ont pour paradigme des préceptes immoraux, l’appropriation privée, l’accumulation, la maximalisation du profit, la compétition étant pour eux leur base morale qu’ils prétendent au surplus être des lois naturelles en balayant par ailleurs l’altruisme, le partage, la collaboration, la compassion…
    Tout ce qui est dit sur la morale du marché, de l’argent, de l’état, des sociétés… n’est qu’une dissertation sans sens qui n’a que pour but que de justifier l’injustifiable.

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