Tous anti ?

22 août 2011

L’événement est passé inaperçu, mais il est symbolique. [1] Le dernier procès en date à l’encontre de “Faucheurs volontaires”, s’est conclu par la relaxe de José Bové et de sept autres personnes qui avaient détruit un champ de maïs OGM en août 2008 dans la Vienne. Clémence pour ceux qui n’ont de cesse d’avoir recours à des coups d’éclat à la limite, voire, en dehors de la légalité, pour imposer leurs points de vue. La Fondation pour l’innovation politique vient de publier deux notes sur ces mouvements [1]. On y découvre les visages multiples de ces nouveaux militants: anti-OGM, antinucléaire, antinanotechnologies, anti-affichage, anti-antenne relais… Les modes d’action sont divers: lobbying, demandes d’informations, tentatives de boycott, manifestations, destructions, occupations de site et actions judiciaires. Une véritable nébuleuse, avec des méthodes qui souvent grippent la démocratie (actes de sabotage ou de blocage de débats publics). Comme les “Ravageurs” et autres “Taupes en colère” ou le groupe Oblomoff contre les nanotechnologies.

L’impact dépasse de loin le nombre des militants. Ces multiples officines sont souvent rattachées de manière informelle à des organisations altermondialistes connues comme ­Attac ou Greenpeace. «Ce type de contestation remonte aux origines de la société industrielle, analyse l’universitaire Sylvain Boulouque, auteur d’une des notes. En revanche, la configuration et le rapport à la modernité des acteurs ont changé.» Leur mode opératoire: l’action en réseau. «Cette mouvance, souvent difficile à décrypter, allant de citoyens sans appartenance politique aux franges extrêmes de la gauche radicale, serait l’une des conséquences indirectes de la chute du communisme», poursuit Sylvain Boulouque, en notant que ce type de militantisme cherche à innover. «Il se veut davantage festif et inventif, plus immatériel et spectaculaire que les formes qui l’ont précédé», poursuit-il.

 Cette contestation prend parfois les habits de la respectabilité : scienti­fiques, hommes politiques, comme Noël Mammère ou José Bové, ou participation à des négociations, comme les anti-antennes relais au «Grenelle des ondes».

Aujourd’hui, ces mouvements surfent sur une culture du risque et du principe de précaution qui a envahi la société postindustrielle. «Depuis quelques années, les catastrophes sanitaires ou industrielles prennent des reliefs particuliers et servent de point d’appui à des mouvements de contestation», déclare le politologue Eddy Fougier, coauteur de ce rapport. Grâce à Internet, les campagnes de mobilisation se diffusent à la vitesse de l’éclair. Et le héros moderne est le «lanceur d’alerte», parfois simple particulier touché par une cause. Le Net permet d’alimenter des sites multiples en rumeurs et autres théories scientifiques, avec pour but de diaboliser les technologies, en prenant soin «d’utiliser fréquemment des termes anxiogènes». Avec un certain impact auprès du grand public et une progression des mouvements de défiance. «Depuis quelques années, nous n’assistons pas tant à une démocratisation de la sphère scientifique qu’à une extension de cette sphère de la défiance à l’égard des différentes formes d’autorité et des élites en général», conclut Sylvain Boulouque.

Les antinucléaires précurseurs

Le 12 avril 1971 se déroule la première manifestation contre le nucléaire civil en France : 1 500 personnes participent à la marche sur Fessenheim. Les antinucléaires dénoncent le risque d’accident nucléaire ; des dénonciations qui ont trouvé un regain depuis la catastrophe de Fukushima. Par ailleurs, ils jugent qu’il n’existe pas de solution acceptable pour les déchets radioactifs et que le coût réel du démantèlement des installations nucléaires est sous-estimé. Le réseau « Sortir du nucléaire » regroupe, par le biais d’une charte commune, 903 associations locales et près de 53 000 particuliers. Leurs modes d’action : marches régulières, pétitions. Le réseau propose un «kit militant» comprenant un masque à fabriquer soi-même et de nombreux visuels.

Le fauchage, moyen de pression contre les OGM

Le 7 juin 1997, quelque 300 manifestants se retrouvent à Saint-Georges-d’Espéranche pour détruire un champ de maïs transgénique installé par Monsanto. Mais l’événement le plus médiatique est la destruction du restaurant McDonald’s de Millau en 1999 par José Bové. Le principal mouvement est les « Faucheurs volontaires », mais leur cause est relayée par Attac ou Greenpeace. Mode d’intervention principal : la destruction de champs. «L’objectif est de montrer à la fois la justesse de la cause qu’ils défendent et la brutalité des forces de l’ordre», explique Sylvain Boulouque. D’où une certaine dimension «sacrificielle», les faucheurs étant prêts à aller jusqu’en prison. Leur premier objectif était l’arrêt de la culture des OGM, mais ces militants s’intéressent aujourd’hui à la «malbouffe» sous toutes ses formes.

Les antennes-relais pour cible

Au tournant des années 2000, la première campagne contre les antennes-relais est initiée par « Agir pour l’environnement ». De nombreuses petites associations se sont multipliées aux côtés des plus importantes. Elles sont souvent nationales comme « Robin des toits » ou le Capp (Comité pour l’application du principe de précaution) ou « Pour une réglementation locale des antennes relais de téléphonie mobile » (Priartem), qui regroupe un millier d’adhérents. Leurs actions se limitent à des formes légales strictes : stratégies locales de lobbying ou dépôts de plaintes auprès de tribunaux. Les associations nationales ont été associées au Grenelle des ondes, mais certaines ont claqué la porte. Leurs demandes : réduire la nuisance potentielle et accéder à des normes à très basses fréquences. Une partie d’entre elles cherchent à limiter la diffusion du Wi-Fi dans les espaces publics.

La peur des nanotechnologies

Les premières apparitions publiques débutent en 2005 par la publication de tracts. Le premier coup d’éclat est l’occupation en 2006, de l’EHESS (École des hautes études en sciences sociales). La principale association est le mouvement grenoblois « Pièces et main-d’œuvre », qui publie des tribunes sur ce qu’il appelle les «nécrotechnologies». Né en 2004, le groupe Oblomoff est également actif. Contrairement aux anti-antennes-relais, ils refusent de participer au Grenelle de l’environnement. Ils empêchent la tenue de réunions publiques. Ils communiquent via des sites Internet ou des revues scientifiques. Ils s’opposent à la diffusion des technologies de l’infiniment petit, tant dans les domaines sanitaires ou alimentaires que sur Internet ou la téléphonie mobile, vues comme un «projet totalitaire». Ils dénoncent la perspective d’une société placée sous surveillance électronique permanente.

[1] Aude Seres, Le Figaro, 8 juillet 2011,  http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2011/07/08/01016-20110708ARTFIG00688-ces-mouvements-anti-qui-grippent-la-democratie.php

[2] « Contester les technosciences » par Sylvain Boulouque et Eddy Fougier, le 8 juillet 2011, http://www.fondapol.org/etude/contester-les-technosciences/

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  1. Kressmann
    25 août 2011 à 14 h 30 min

    Les analyses de la Fondation pour l’Innovation Politique sont judicieuses. Connaissant plus particulièrement la problématique des OGM, je considère que l’acharnement des groupuscules contre l’autorisation des OGM, quels qu’ils soient, sera considéré dans quelques années comme une des causes principales de nos difficultés à nourrir le monde de façon économique et propre pour l’environnement.Ce qui est scandaleux ,ce n’est pas le combat de ces idéologues pour tuer l’agriculture conventionnelle et promouvoir l’agriculture bio , mais le fait que les politiques et les grands médias les encouragent en ne défendant pas les progrés de la science et de l’agriculture issus des biotechnologies.

  2. yann
    26 août 2011 à 14 h 17 min

    On en est là! En france les réference agronomique sont « détenu par des photographe…. et non par des personnes ayant suivi de longues études sur ces domaines ou travaillant sur ces sujets depuis de nombreuse années……

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