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Principe de précaution, principe de peur, et citoyennisme

23 août 2011

Voici un billet pour que tous les verts de la planète me détestent. J’assume ! Et j’affirme « la peur est devenue un cadre mental dans lequel nous nous mouvons. Elle est immanente. Elle transpire de partout. Tout est dangereux. Il faut se protéger, mais de quoi ? De tout, qui n’est finalement qu’un rien. » Dieu merci, il y a le Principe de précaution pour nous protéger du pire.

Principe de précaution
Pour protéger l’environnement, des mesures de précaution doivent être largement appliquées par les États selon leurs capacités. En cas de risque de dommages graves ou irréversibles, l’absence de certitude scientifique absolue ne doit pas servir de prétexte pour remettre à plus tard l’adoption de mesures effectives visant à prévenir la dégradation de l’environnement.

Dans ce discours, le Principe de précaution exige que chacun s’implique pour éviter que les choses virent au plus mal. C’est la mobilisation citoyenne, mais aussi la science citoyenne. Oui, je sais, c’est comme les journalistes citoyens, mais là, on rajoute une couche de responsabilité supplémentaire. Comme il est impossible, aux yeux de ceux qui tiennent le discours du Principe de précaution, de se fier à la science « officielle[1] », il faut que le citoyen pratique la science citoyenne.

Citoyennisme
Ensemble d’idées structurantes et mobilisatrices visant à mettre à l’avant-scène des idées populaires propulsées par un être pur et sans tache, le citoyen, qui aurait accès à une sagesse dont le politicien ou le scientifique seraient démunis.

D’ailleurs, la Fondation Sciences Citoyennes est très claire à ce sujet : elle a pour objectif de favoriser et de prolonger le mouvement actuel de réappropriation citoyenne et démocratique de la science, afin de la mettre au service du bien commun. Les Sciences Citoyennes font un double pari :

  1. Réunir des chercheurs scientifiques critiques et des “profanes” engagés dans des luttes (sociales, médicales, environnementales) où ils rencontrent, voire contestent, la technoscience dominante et l’expertise officielle.
  2. Unir, dans une réflexion et une action transversale de “politisation” de la science et de l’expertise, des acteurs impliqués dans des secteurs souvent compartimentés (agriculture, énergie, biomédical, santé environnementale, NTIC, brevetage…).

Trois axes de travail sont au coeur de l’engagement de la science citoyenne :

  1. L’accroissement des capacités de recherche et d’expertise de la société civile, des forces associatives, consuméristes, syndicales et citoyennes (création d’un tiers secteur scientifique).
  2. La stimulation de la liberté d’expression et de débat dans le monde scientifique.
  3. La promotion de l’élaboration démocratique des choix scientifiques et techniques.

Décortiquons, ensemble, si vous le voulez bien, ce qui est inscrit en filigrane dans ce discours porté par la Fondation Sciences Citoyennes.

  • Selon vous, qu’est-ce qu’un « chercheur scientifique critique » selon la Fondation Sciences Citoyennes ? À première vue, il semble qu’il doit s’agir d’un scientifique qui ne remet pas en question tout ce que l’on dit à propos de l’environnement. Le « chercheur scientifique critique » est donc celui qui ne pratique pas le doute systémique, et qui a pour mandat d’identifier le plus possible des faits ou hypothèses qui confirmeront le discours dominant.
  • Le « chercheur scientifique critique » est aussi engagé politiquement, et il critique la technoscience officielle. Selon ma définition des choses, un scientifique qui adopte ce genre de comportement n’est plus un scientifique, mais quelqu’un qui adhère à un système de valeurs tout comme l’a fait Hubert Reeves en devenant un mage prêcheur. Quand on se sert des données scientifiques pour les adapter à une vision du monde, on crée un système de valeurs. Ce n’est donc plus de la science.
  • Associer des profanes à des scientifiques. Voilà où se trouve tout le sens de la démarche des sciences citoyennes : surveiller et contrôler la science officielle de près. Ici, le néopuritain dans son idéal de pureté et de vertu s’assure que tout sera pur et vertueux.
  • La notion « réflexion et une action transversale » représente le discours de l’engagement à tous les niveaux où la capacité de la recherche scientifique s’allie aux mouvements engagés dans la purification et la vertu.
  • Celui qui aspire à la pureté planétaire veut stimuler la liberté d’expression et le débat dans le monde scientifique. Je pense qu’il semble avoir oublié que la liberté d’expression est le modus operandi de base de la science. Il n’y a rien à stimuler, car depuis deux cents ans, c’est ainsi que le discours scientifique s’est structuré.
  • Faire la promotion de l’élaboration démocratique de choix scientifiques et techniques ? Il est clair et évident qu’ici, on veut justement empêcher l’élaboration démocratique. Je vous mets au défi de trouver des scientifiques citoyens qui sont prêts à entendre le discours des scientifiques et de climatologues qui pensent que le réchauffement climatique d’origine humaine a peu d’impacts.

Oui, je l’admets, j’y vais un peu fort en disant que Hubert Reeves, cet astrophysicien de renom, est devenu un mage prêcheur. En fait, il est l’archétype même du scientifique qui se croit investi d’une mission, celle de sauver le monde.

 Lorsque la science glisse d’un système pour obtenir des réponses vers un système de réponses, elle devient un système de valeurs qui exploite les données du premier pour valider et organiser les hypothèses à propos du monde qu’il présente.

La science citoyenne se situe justement dans cette dynamique. Le seul fait que des profanes engagés dans la lutte politique s’associent à des scientifiques eux-mêmes engagés dans la lutte politique transforme la science en un système de valeurs. Ce n’est donc plus de la science, mais de la réappropriation de données et de modèles scientifiques pour servir une idéologie. Le scientifique citoyen est alors forcément non scientifique, car la science se fonde sur l’observation de données empiriques, et non sur des engagements politiques.

Il faut par contre avouer que cette démarche de scientifique citoyen est tout à fait en accord avec le Principe de précaution. Autrement dit, elle est cohérente et concordante avec le système de valeurs de l’écologisme. Elle n’est donc pas une excroissance de ces systèmes de valeurs, mais une conséquence logique de ceux-ci. Être un scientifique citoyen relève du même ordre que d’être un journaliste citoyen. Il n’y a donc pas là d’antinomie pour ce système de valeurs, et il est tout à fait normal pour celui qui le désire, de participer à l’œuvre de purification de la science officielle, car c’est la mission moderne de nous protéger de ce qui n’est pas pur et vertueux. Ici, le scientifique citoyen se sent une responsabilité envers le système de valeurs.


[1] Celle qui est pratiquée par des gens qui ont passé au travers d’un lourd cursus universitaire et qui ont l’habitude de se fier sur des observations empiriques et non sur des croyances.

©  , 2011

 

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  1. georgesvignaux
    23 août 2011 à 15 h 51 min

    La peur est une composante essentielle de la stratégie de guerre !! pour asservir il faut terroriser ! et pour terroriser il faut inventer des menaces ! les menaces efficaces sont celles fondées sur l’invisible mais affirmé comme présent, sur le non démontré mais avancé comme inéluctable : OGM, nanoparticules !!!

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