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Les émeutes à Londres : une culture de la violence ?

24 août 2011

Les émeutes urbaines, qui se sont déroulées entre le 6 et le 10 août 2011, dans plusieurs villes de Grande-Bretagne, ne sont pas le fruit d’une révolte politique, juge Romain Blachier, mais d’un modèle de société peu protecteur et déresponsabilisant… [1] Ces émeutes londoniennes (étendues à d’autres cités comme Birmingham) ne sont pas si surprenantes lorsqu’on confronte un certain nombre d’éléments.

Il y a d’abord un mythe du « riot » dans l’imaginaire des grandes villes britanniques. On a beaucoup parlé sur les réseau sociaux de « London’s Burning » des Clash. C’est oublier une autre chanson du même groupe « The Guns of Brixton ».

Brixton est un quartier de l’est de Londres, à forte population afro-caraibéenne. Il fut en 1981 et 1985, comme aujourd’hui le quartier de Tottenham, un lieu d’émeutes. La révolte était plus politique il y a 30 ans. En même temps que quartier black, Brixton était d’ailleurs une zone de forte politisation.

Aujourd’hui, le quartier a un peu changé dans ses rues principales, autour de la Brixton Academy, tout en gardant la caractéristique d’être l’un des berceaux du rap UK avec par exemple les récents Sound of Rum. Et du reggae, caractéristique que Londres partage avec un lieu marqué aussi par ces émeutes : Birmingham. Le mythe des riots de Brixton reste vivace. D’ailleurs le quartier est lui aussi sur la carte des émeutes londoniennes récentes.

Ce qui est en question ici, c’est bien une certaine culture de la violence de rue en Grande-Bretagne. Anarchiste, comme en 2010, en marge des manifestations de défense des salariés ou d’extrême-droite. Culture où le rasage de crane des skins provient à l’origine de la volonté de ne pas être attrapés par les cheveux par la police montée. Plus récemment, les confrontations entre l’English Defence League et des groupuscules islamistes soutiens d’Al-Qaeda n’ont pas eu non plus grand chose de doux.

Autre élément : le fort contraste des différents quartiers de Londres et la présence de poches de pauvreté caricaturales. Certes une part de la violence est d’origine communautaire comme le montre la surreprésentation d’afro-caraibéens dans les émeutes. Sans doute, nombre de commentateurs proches des conservateurs parlent d’un échec de la cohabitation entre les communautés. Et, certains émeutiers noirs se croient dans une guerre contre les européens en général. Certes, le British National Party leur emboite le pas, voyant dans les événements une guerre contre les britanniques de souche.

Politique, cette révolte ne l’est pas du tout, l’objectif premier étant d’abord de piller des magasins. En témoigne d’ailleurs le détournement des rassemblement pacifiques de protestation sur Facebook, pour aller piller pendant que la police est occupée ailleurs. Par ailleurs, le lieu de déclenchement des émeutes, celui du sud du quartier de Tottenham, bien loin de ne contenir qu’une unique communauté, est au contraire l’endroit le plus mélangé de Londres. Ce qui n’est pas peu dire dans une ville où la tolérance à l’autre est très élevée…. même si une visite au marché de Westfield récente confirme les limites d’enfermement que pose un certain multiculturalisme, qui revient à enfermer l’autre dans son groupe.

Enfin les vidéos et photos sont formelles: si en effet les afros-caraibéens sont nombreux chez les émeutiers, ils sont loin d’être exclusifs dans les événements.

Point commun par contre, le émeutiers viennent pour la plupart de ces poches de pauvreté des quartiers pauvres Londoniens ou de Birmingham. Révélateur est leur usage de Blackberry, bien moins chers en UK que l’iPhone. Il est d’ailleurs frappant de voir que pendant que les émeutiers se coordonnent sur BBM, les classes moyennes commentent sur Twitter.

Ces émeutiers sont les produits violents des années de récession et de coupes sombres, y compris dans le budget d’une police parfois dépassée. Ils sont aussi les sujets d’un système qui pousse à l’achat et à la consommation sans forcément avoir les moyens et la possibilité de le faire. Ils sont également à l’origine les perdants d’un modèle social peu protecteur et d’une société élitiste. Ils sont les objets enfin d’un univers où la télé-réalité est encore plus populaire et où tout se passe dans le superficiel et l’immédiat. Ils sont la face sombre de la société urbaine britannique.

[1] Cf Romain Blachier – Marianne2, 09.08.2011
http://www.marianne2.fr/Emeutes-a-Londres-la-faillite-d-un-modele-social_a209199.html

©  , 2011

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