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La femme : victime moderne

7 septembre 2011

Les magazines féminins ? Une lecture généralement appréciée des hommes : tous savent qu’il y a bien plus de demoiselles dénudées dans Elle que dans n’importe quel magazine pour homme. Cela permet aussi de se mettre à la place d’une fille pendant quelques minutes. Et quand on voit le nombre d’injonctions culpabilisantes qu’on inflige aux femmes à longueur de pages et de coachings en tout genre, on les plaint. Et on est plutôt content d’être né avec un chromosome Y et de ne pas subir la comparaison incessante avec les superwomen présentées à chaque page. Si on résume:

« La vie de la femme moderne n’est qu’un long orgasme »
« Jouissez, c’est un ordre» semble être le leitmotiv des magazines de l’été.

En vrac: «Où faire l’amour? 15 situations à vos risques et périls»(20 ans), «L’extase en 7 positions (revisitées) du Kama Sutra» et «Les mots qui (les) font bander» (Biba), «J’aime faire l’amour à plusieurs» (Marie Claire) ou encore, pour les moins de 15 ans, «J’ai des fantasmes, c’est normal ?» (Lolita!). [1] Be est encore plus explicite avec son test: «Êtes-vous une winneuse ou une loseuse sexuelle ?». Le message est clair: il va falloir être sexuellement performante et libérée pour ne pas passer pour une attardée !

Dans les années 70, la presse féminine, très imprégnée du Deuxième sexe de Simone de Beauvoir, œuvrait pour l’émancipation sexuelle des femmes. Orgasme, pilule, homosexualité, relations extra-conjugales : pour la première fois, ces sujets tabous étaient abordés par Elle et Marie-Claire. Ces magazines entendaient alors décomplexer leurs lectrices. Aujourd’hui, c’est l’inverse. Désormais le sexe est obligatoire. Et la compétition rude, car il y a toujours plus séduisante que soi : toutes les deux pages, une photo est là pour vous le rappeler.

« La femme moderne n’a qu’une obsession: séduire »
Vous êtes grosse et moche? C’est que vous y mettez vraiment de la mauvaise volonté, vu tous les conseils beauté qu’on vous prodigue. Depuis les «20 tentations slim» de Madame Figaro – un article spécial minceur vantant différents maillots de bain, et les mérites d’un “raffermisseur électronique pour le corps (?) – jusqu’aux «10 conseils séduction pour mettre tous les hommes à vos pieds» de Marie-Claire, vous avez le choix !

Parmi les missions que s’est assignées la presse féminine, celle d’aider les femmes à se conformer aux désirs masculins semble être la principale. [1] Point de salut hors de la validation par le regard de l’homme : pour ce faire, dépenser des fortunes en maquillage et en soins de beauté («le bien-être») apparaît comme la seule stratégie. C’était bien la peine d’inventer le féminisme !

« La femme moderne est heureuse car elle consomme »
La plupart des problèmes se résolvent ici par la consommation. Déprimée ? Anxieuse ? Névrosée ? Une bonne séance de spa, et tout reviendra dans l’ordre. La presse féminine manipule l’art de créer des complexes pour mieux permettre aux annonceurs de leur apporter la solution miracle. Sur un numéro de Marie-Claire, par exemple, la publicité (mode et cosmétique quasi-exclusivement) représente près de 40% du contenu.

Exemple tiré de Elle: dans l’article «Un été zéro complexe», après avoir soigneusement rappelé aux lectrices tous les complexes dont elle peuvent souffrir (j’ai de grosses fesses, je suis trop petite…) et leur avoir expliqué qu’elles étaient obligées d’en avoir car « tout le monde a des complexes, y compris Scarlett Johansson ou Angelina Jolie», le magazine leur offre le remède: un vernis à ongles pour maquiller des pieds laids, un maillot de bain girly pour celles qui n’ont pas assez de seins ou un moulant pour celles qui en ont trop (215 euros seulement). Avec à chaque item, un lien vers un site de vente.

La femme moderne se connaît elle-même: merci les psycho-tests
Dans Elle ou Cosmopolitan, les différences culturelles, économiques, sociales entre les Françaises n’existent pas. Les ouvrières, les stars, les chômeuses appartiennent toutes au même bloc monolithique: “La Femme”.
Quand Sophie Marceau ou Cindy Crawford sont interviewées, ce sont des femmes comme les autres, avec leurs petits soucis dans lesquels les lectrices sont censées se reconnaître. On en oublierait presque qu’il s’agit d’icônes publicitaires. Exemple : cet extrait de l’interview de Louise Bourgoin dans un Madame Figaro :

«– Votre vie a-t-elle radicalement changé ?
– Non, j’ai toujours les mêmes amis d’enfance, je prends le métro, je sors très peu, je rentre régulièrement en Bretagne. Je suis si normale… c’est d’un sinistre ! Mon cas consterne Fabrice Luchini. »

En fin de compte, le seul critère de distinction valable entre les femmes n’est pas leur niveau de revenu ni leur catégorie socio-professionnelle, mais leur profil psychologique ! Toute une batterie de “psycho-tests” permet chaque fois de savoir qui vous êtes “vraiment”, juste en cochant quelques ronds et carrés: «Quelle séductrice es-tu?», «Calculez votre QI Mode-People» ou encore «Quelle croqueuse de pain êtes-vous?».

Tous ces journaux parlent des mêmes choses, de la même manière. Coaching ? Marketing ? Marchandise ? Conditionnement ? Où est la femme ?

[1] Cf. http://samichaiban.wordpress.com/2011/08/25/la-femme-moderne-victime-des-magazines-feminins-slate/

©  , 2011

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  1. 7 septembre 2011 à 12 h 25 min

    D’autant plus que l’orgasme… elle ne l’ont pas pour la plupart. Du moins pas comme elles le voudraient. Pas à volonté.

    Et pourtant, l’orgasme est gratuit, donne bien-être, santé et longévité. Et bonne humeur. Il déstresse et décomplexe.

    A quand les cours d’orgasme ?

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