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Le mythe du self-made-man et de la réussite à l’américaine

8 septembre 2011

Les barons de l’industrie américaine du XIXe siècle ont créé des quasi-monopoles écrasant toute concurrence, le tout assorti de l’habituelle légende sur leur jeunesse sans le sou. Et retenez cette idée du « sans-le-sou », elle est constitutive du mythe américain, de l’homme qui s’est construit à partir de rien. Une fiction recyclée à satiété pour préserver, jusqu’à aujourd’hui, non pas seulement le moral de la nation, mais sa façon de penser et de fonctionner. Le mythe est puissant ; il importe de transformer toute activité personnelle en une compétition obstinée où aller à l’extrême limite de ses forces est un impératif pour gagner.

Le pasteur baptiste Russell Cornwell (1853-1925) donne corps à cette mise en fiction de la réalité : « Je dis que vous avez le droit d’être riche, et c’est votre devoir de l’être. L’homme qui devient riche est peut-être l’homme le plus honnête de votre communauté. Je serai clair sur la chose : 98 % des hommes riches vivant en Amérique sont honnêtes et se sont hissés au sommet à la force du poignet. C’est justement la raison pour laquelle ils sont riches. C’est aussi la raison pour laquelle on leur fait confiance en matière de finance. C’est la raison pour laquelle ils ont créé de grandes entreprises et qu’ils ont réussi à inciter des tas de gens à travailler pour eux. Je compatis néanmoins avec ceux qui sont restés pauvres, même s’ils doivent, d’abord, à leur propre incompétence de n’avoir pas échappé à leur condition. Rappelons-nous qu’il n’y a pas une seule personne pauvre aux États-Unis qui n’a pas été pauvre par ses propres défauts et faiblesses. »

Le mythe américain, et peut-être paradoxalement sa principale qualité, c’est cette volonté de vaincre. Il faut tout vaincre en Amérique : sa condition sociale, son handicap, ses faiblesses, son inertie. On vous apprend très tôt que celui qui échoue est celui qui n’a pas surmonté ses propres faiblesses. Dans le mythe fondateur des origines de l’Amérique, il y a aussi tous ces colons et ces immigrés qui ont construit ce pays à la sueur de leur front. La splendeur de l’Amérique d’aujourd’hui s’est donc fondamentalement édifiée sur la conquête de l’Ouest, le massacre des Indiens, et l’esclavage des Noirs.

Lorsqu’un ministre du culte vient vous dire que vous avez le devoir d’être riche, qu’être riche c’est être honnête, et que l’honnêteté construit et forge les nations, lorsque le président John F. Kennedy clame « Nous choisissons d’aller sur la Lune […], non parce que c’est facile, mais bien parce que c’est difficile, […], parce que c’est un défi que nous sommes prêts à relever, […], et que nous avons l’intention de gagner », lorsque Martin Luther King proclame, « I had a dream », lorsque Neil Armstrong dit « C’est un petit pas pour l’homme, un bond de géant pour l’humanité », et lorsque le tout culmine avec « Yes We Can » de Barack Obama, comment voulez-vous que les Américains ne soient pas fondés à croire qu’ils sont la nation élue et que rien ne leur soit impossible  ? Vous avez là tous les ingrédients réunis pour la montée en puissance de tous les coachs de vie de ce monde, qui viendront vous dire comment parvenir à la richesse et au pouvoir.

« Rappelons-nous qu’il n’y a pas une seule personne pauvre aux États-Unis qui n’a pas été pauvre par ses propres défauts et faiblesses. » Tout est dit…

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  1. Ph Bauge
    4 octobre 2012 à 7 h 04 min

    Bonjour,
    Le constat d’une certaine puérilité naïve chez les Américains à suivre ce mythe n’est pas à nier.

    Cela étant posé :
    Qui a marché sur la lune, inventé la NASA ?
    Qui a inventé IBM, Apple, Microsoft, Google, Ebay, Amazon, …
    Qui a transformé les modes de vie grâce à l’internet (quand les français restaient arque boutés sur leurs Minitels) : à domicile, au travail puis dans les terminaux mobiles ?

    Pas les français.

    Je crois qu’il est plus judicieux de parler de culture de la motivation et du jeu plutôt que de « nation élue ».

    Où en est la vieille Europe ? N’y constate t-on pas non plus les mêmes inégalités et échecs ? Mais avec combien d’innovations en moins ?
    Notre culture française « pisse-froid » n’est elle pas l’opposé de la naïveté US, la vérité étant sans doute à chercher entre les deux ?

    Bien cordialement,

    Ph B

    Responsable de formation,
    « PNL-iste » (j’ai lu vos billets … Personne n’est parfait !)
    Et imbécile conscient de l’être et philosophe.

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