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Le culte de l’excellence : un mal rampant

12 septembre 2011

Ce qu’il y a de fantastique avec l’excellence — degré supérieur de perfection d’une personne, d’une chose —, c’est qu’on peut s’en servir à toutes les sauces. C’est un concept fourre-tout. « Visez l’excellence ! » voila le mantra de l’entrepreneur moderne. On admet implicitement sans discuter qu’une entreprise certifiée ISO est une entreprise qui a fait de l’excellence son cheval de bataille. Paradoxalement, on peut fabriquer et mettre en marché des trucs douteux (Pepsi, Coke, etc.) tout en visant l’excellence dans sa chaîne de production, de distribution et de mise en marché. Comme quoi l’excellence peut servir à toutes les sauces !

(c) Hugh MacLeod

(c) Hugh MacLeod

L’autre grande idée avec l’excellence, c’est qu’elle permettrait de régler les problèmes de notre société comme par enchantement. « Si le secteur public visait l’excellence comme le fait le secteur privé, il n’y aurait pas de déficit budgétaire. » Au Canada, certains personnages politiques voudraient que les professeurs soient rémunérés en fonction de leur performance. Si plus d’étudiants parviennent à obtenir leur diplôme, les enseignants auront un bonus. On veut même étendre cette notion au domaine de la santé. Mais au juste, c’est quoi l’excellence en santé ? Sortir le plus rapidement possible les gens de l’hôpital ? Voir le plus de patients possible dans un laps de temps donné ? Régler tous les petits bobos de tout le monde ? Réduire le temps d’attente dans les salles d’urgence ? Ouvrir plus de lits ? Rien de tout ça finalement.

L’excellence en matière de santé c’est la privatisation des services de santé. On part du principe que le secteur privé est plus efficace que le secteur public. En effet, « si une entreprise privée se comportait comme le secteur public, il y a longtemps qu’elle aurait fait faillite » est l’argument clé souvent servi. Alors, privatisons ! Le privé, motivé par le seul profit, saura mettre en place des procédés d’une redoutable efficacité fondés sur l’excellence. Une petite norme ISO avec ça, et vous serez déclaré excellent !

Comme le soulignait à juste titre Lindsay Waters, « ce qui est excellent ne correspond guère qu’à la dernière définition de ce qui est à la mode ou de ce qui ne soulève pas d’objection particulière. » [1] En ce sens, qui peut bien vouloir s’opposer à l’excellence ? Personne ne s’oppose à la vertu ! Alors, faisons de l’excellence en éducation et en santé. Un sophisme !

L’excellence est un mal rampant et insidieux. Il découle directement de la doctrine néolibérale où chaque individu doit lui-même se prendre en charge. Celui qui est excellent est celui qui réussit. La réussite est aussi l’autre grande maladie de notre siècle. Tout doit concourir à la réussite. En ce sens, les coachs de vie avec leurs techniques aussi vaseuses que vides ont un avenir assuré devant eux !

Je vous mets au défi de trouver quelqu’un d’excellent. Si vous me dites que ceux qui réussissent sont excellents, vous êtes dans l’erreur, car l’excellence a autant de définitions que de gens qui la professent. Si vous me dites que Steve Jobs d’Apple est quelqu’un qui vise l’excellence, vous avez tout faux : il vise juste à fabriquer des produits ergonomiques que n’importe qui saura utiliser. Cela n’a strictement rien à voir avec l’excellence, mais tout à voir avec l’ingéniosité. Excellence et ingéniosité ne sont pas des concepts équivalents. Ce qui est équivalent, selon les normes actuelles, c’est « excellence = prime à la performance ». On a vu ce que la chose a donné avec les primes à la performance dans le secteur financier aux États-Unis !

Si le secteur privé a fait de l’excellence son cheval de bataille, pourquoi tant d’entreprises font-elles faillite après trois ans ? Pourquoi l’économie est-elle dans un tel état ? Pourquoi la classe moyenne se désagrège-t-elle à un tel rythme ? Moi, je sais pourquoi : parce que pour les aficionados de l’excellence, une personne moyenne ne cherche pas à viser à l’excellence…

« Visez l’excellence ! » Si vous le faites, vous pourriez éventuellement devenir un coach qui enseignera l’excellence ! Vous pourriez même faire partie du 1 % de la population qui détient 22 % des revenus ! Finalement, le choix est simple à faire : devenez excellent ! Dans notre société, c’est la seule porte de sortie valide et valable… Voici ce que vous devez faire, selon Seth Godin, pour devenir excellent:

  1. Enthousiasme : on devient irrésistible quand on le possède;
  2. Exubérance : il faut vibrer, causer un tremblement de terre;
  3. Exécution : Just do it, inutile d’hésiter ou de se donner des excuses … « Ne blâmer personne. Nespérez rien des autres. Faites quelque chose! »;
  4. Émanciper : aidez les autres à devenir plus forts;
  5. Effronté : soyez « borderline », toujours aux limites du raisonnable … et un peu plus loin;
  6. Enragé : déterminé à changer le statu quo;
  7. Engagé : toujours en contact avec le but à atteindre et les actions à entreprendre;
  8. Électronique : nous vivons dans un monde de communications électroniques, impossible de ne pas s’en servir;
  9. Englobant : intégrer la diversité;
  10. Émotions : c’est l’essence du leadership;
  11. Empathie : mettez-vous à la place des autres pour mieux les rejoindre;
  12. Écoute : sans elle, on ne comprend rien;
  13. Expérience : profitez de chaque activité, chaque contact pour apprendre;
  14. Éliminer : éloignez ce qui est inutile;
  15. Essais/erreurs : il vont vous cassez la gueule, rapidement et souvent;
  16. Entier : soyez honnête, intègre, transparent;
  17. Énergique : visez haut et loin;
  18. Eudémonie : faites comme moi, cherchez le terme sur le Web si vous ne savez pas ce qu’il veut dire. Ça vous aidera dans votre démarche vers l’excellence!
  19. Excellence : que peut-on viser d’autre?

Voila, tout est dit !

[1] Waters Lindsay, L’éclipse du savoir, Éditions Allia, Paris, 2008, p. 34.

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Catégories :coaching
  1. 12 septembre 2011 à 15 h 18 min

    Je n’ai jamais lu une telle accumulation de stupidité.
    Je crois que vous n’êtes pas allé jusqu’au bout – vous pourriez suggérer que la médiocrité serait préférable!
    C’est à l’image de ce blog – provocateur pour se faire voir – c’est à dire bien dans cette société que vous vilipendez ou il faut tout faire pour être visible, pour choquer, pour provoquer – cela fait vendre!

    Ne soyez pas excellents donc, soyez médiocres messieurs Vignaux et Fraser!

  2. Desirade
    12 septembre 2011 à 17 h 44 min

    Je suis d’un avis contraire à celui de Gilles. L’excellence nous a souvent amené à devoir subir beaucoup de suffisance. De plus le choix d’illustrer ce billet d’un dessin du grand McLeod prouve me semble-t-il que ce billet peut être lu avec un certain décalage. Un peu d’humour, par exemple.

  3. François Dupuis
    15 septembre 2011 à 2 h 56 min

    Il se dépense combien en réunionnite autour des mots performance ou excellence dans les appareils bureaucratiques. Les résultats? Au quotidien, la grande majorité des travailleurs aiment et donnent ce qu’ils ont a donné. On traque quelques bougons comme à l’époque des bouboumacoutes
    et les cadres se multiplient pour plus de contrôle INUTILE. Oui à l’émulation. Non aux agréments.

  4. claude
    26 septembre 2011 à 16 h 27 min

    Une question à vous poser ?

    Pourquoi tant de médiocrité dans ce langage, d’absence de critiques honnêtes et constructives ?
    Je vous souhaite une vie douce et de vous tourner vers les hommes et les femmes qui vous apportent des contacts nourrissants.

    • Pierre Fraser
      26 septembre 2011 à 16 h 32 min

      Lorsque je lis les commentaires qui me proposent de faire des critiques honnêtes et constructives, je me rends compte d’une chose : je suis déjà honnête et constructif !

  1. 8 octobre 2011 à 22 h 37 min
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