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Le suicide chez l’Oncle Sam

13 janvier 2013

aaron-swartz Le suicide au pays des imbécilesIl y a un pays, vous l’aurez deviné, les États-Unis, où la liberté est un droit inaliénable. Il y a un pays, vous l’aurez deviné, les États-Unis, où la criminalité et les armes transpirent par tous les pores de la société : 743 prisonniers pour 100 000 habitants ; difficile de faire mieux.  Eh bien non, je ne vous parlerai pas de l’amour inconditionnel des américains pour les armes : sujet trop désarmant ! Il y a encore plus fou que l’amour munition : l’amour copyright.

L’Amérique attrape les criminels comme un chien attrape des puces. Petite histoire à contretemps de puces voyous. Il était une fois un beau jour d’Amérique. Jusque là rien pour s’emballer, juste une mise en contexte. Des bons et des méchants, recette à succès mille fois éprouvée par Hollywood. Un jeune homme, Aaron Swartz, 26 ans, hacker de son état dans le rôle du vilain garnement. La justice américaine, dans le rôle d’Eliott Ness de la prohibition numérique.

Aaron Swartz, une mission : libérer les recherches scientifiques financées par les fonds publics et publiées par des entreprises privées : « Le patrimoine scientifique et culturel de l’humanité tout entière publié au cours des siècles dans des livres et des journaux est de plus en plus numérisé et mis sous clef par une poignée d’entreprises privées: le partage (de fichiers) n’est pas immoral, c’est au contraire un impératif moral. » Justice américaine, une double mission : emprisonner tout individu cherchant à libérer ce qui appartient aux contribuables ; protéger  les intérêts des éditeurs scientifiques. Justice américaine, un poids lourd, un pitbull, un enragé du cybercrime : Stephen Heymann, assistant du procureur général des États-Unis, celui qui attrape les cybercriminels comme un chien attrape des puces. Performance à ce jour : a fait emprisonné pour 20 ans le hacker Albert Gonzalez accusé d’avoir organisé une fraude touchant 135 millions de numéros de cartes de crédit et de cartes de débit. Admettons que monsieur Gonzalez a poussé un peu loin le bouchon !

David contre Goliath me direz-vous ? Toujours est-il qu’Aaron a «libéré» des documents scientifiques du MIT ainsi que 20 millions de pages de jugements de la justice américaine. Oh le vilain crime… Pas une bonne idée de faire un tel affront à l’Oncle Sam. Plein de ressources l’Oncle Sam, juriste comme pas un, procureur comme pas un, pure et sans tache comme pas un. Son projet pour Aaron : 13 accusations de piratage, d’intrusion de base de données et de dommages téméraires, le tout assorti de 30 ans d’emprisonnement pour un crime sans perte de vie humaine.

Projet d’Aaron Swartz : le suicide… Intimidation, harcèlement, poursuites abusives, la puissante machine juridique américaine dans toute sa splendeur. Nietzsche disait : « La tradition c’est l’intelligence des imbéciles. » Il y a une grande tradition de la punition aux États-Unis… Il faut expier au pays des imbéciles. Il faut parfois expier par le suicide.

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