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Divorce : toujours plus assistés, de plus en plus coachés

20 janvier 2013

Le 11 décembre dernier le site divorce.fr organisait à Lille une grande journée de coaching pour couples candidats à la séparation (conseils, calinothérapie, accompagnement). Le site répondait même à cette question : Qui garde le chien ? [1]

Divorce - Toujours plus assistés, de plus en plus coachés Avant que n’intervienne le divorce on line, on pouvait faire l’inventaire des séquences de la vie que nous pouvons aujourd’hui déléguer à des coachs en ligne. Faire connaissance sur serencontrer.com, améliorer son potentiel de séduction sur coachseduction.fr, préparer ses noces sur moncoachmariage.fr, procréer sur coaching-grossesse.aujourdhui.com ou sa variante écolo lecoachgrossessebio.com. Le temps passant, viendront les premiers soucis conjugaux à soumettre à couples.consultations-online.com ou sos-rupture.fr avant de nous résoudre à cliquer sur separationcoach.com et finalement échouer sur divorce.fr.

Tous ces sites existent. Ils montrent à la fois la vitalité commerciale d’Internet et l’étendue de notre misère relationnelle et sentimentale. Ils disent également combien la société du coaching commercial a remplacé avantageusement les référents d’autrefois. Qu’il s’agisse d’apprendre ou d’éduquer, de maigrir, de se soigner, de grandir, de mûrir ou de se confier, internet apporte un substitut automatisé dans un monde désintermédié. L’instituteur, le prêtre, l’ami de la famille, le médecin de campagne, le syndicaliste, l’employeur ou encore le chaperon, voilà autant de figures ringardisées par la notion tentaculaire de coaching.

Là où le conseil du prêtre était mission, là où l’écoute du dirigeant était politique, là où le censeur intervenait dans l’intérêt de la morale, le coach et sa hot line s’inscrivent dans une logique commerciale. De l’autre côté de l’écran, l’internaute solitaire s’imagine peut-être que la performance relationnelle est à portée de souris. Bien entendu, le client se fabrique des illusions. Illusion d’apprendre à séduire vite, d’aimer sans risque, de divorcer sans se ruiner, de vivre sans souffrir. Le Net organise la promesse d’une réussite affective et relationnelle avec les mêmes outils marketing que la réservation en ligne de billets d’avion.

La prolifération des sites de coaching en ligne n’est pas seulement la preuve de l’existence d’un marché. C’est aussi le symptôme d’une société où les critères de performance individuelle ont pénétré dans la sphère intime. La prise en charge commerciale y prospère jusqu’à l’absurde. Réussir une rencontre, ne pas louper un coït, optimiser une dispute, accoucher bio, ne pas rater son divorce, voilà le sous-texte d’un Internet aussi payant que bienveillant qui substitue l’illusion de la maîtrise à la réalité complexe des sentiments, à la possibilité de l’échec et de la solitude.

La société des coaches on line murmure aux hommes et aux femmes en souffrance qu’il se trouvera toujours une formule, un stage, un package qui leur conviendra. Si attractifs soient les tarifs, si personnalisées soient les formules et leur durée modulables, ces approches psycho-mercantiles entretiennent l’illusion d’une solution à tout, y compris à la difficulté de vivre selon le principe de précaution et du zéro défaut qui contraint désormais le Politique. Cette illusion d’un bonheur téléchargeable est bien plus créatrice de troubles et d’angoisse que le risque d’aimer, dût-il être sanctionné par un divorce.

[1] Cf. David Abiker, L’Express,14 décembre 2011

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