Riches à craquer : une nouvelle caste

21 janvier 2013

L’ultra riche est la lumière du monde tournée vers l’avenir : il est le rêve eschatologique américain de la cité sur la colline qui spécifie l’American Way.

ultra-riche - Riches à craquer : une nouvelle casteIntriguant : le jour où vous mettez les pieds aux États-Unis, qui se dit phare de la lumière de la démocratie et de la liberté, vous découvrez un étrange paradoxe : l’Américain moyen est fier d’aduler les ultras riches et s’inquiète de la montée des pauvres. Le mot tabou : « inégalités ». L’ultra riche aime la charité : elle conforte son ego et lui procure le sentiment de faire œuvre utile. L’ultra riche déteste l’inégalité : elle remet en question la légitimité de ses revenus tout comme son succès. L’ultra riche n’aime pas le mot « riche » : il stigmatise, il divise ― il y a lui et il y a les autres. L’ultra riche est un gagnant : il se veut modèle pour tous. L’ultra riche est la lumière du monde tournée vers l’avenir : il est le rêve eschatologique américain de la cité sur la colline qui spécifie l’American Way.

Étonnant : les États-Unis ont déjà été le pays le plus égalitaire sur la planète ; juste avant leur Révolution industrielle. La richesse globale et la productivité étaient à ce point faibles, qu’il n’y avait aucun intérêt et encore moins les moyens pour une quelconque élite de s’approprier les richesses. En Europe, au même moment, l’aristocratie européenne était riche à craquer ! Alexis de Tocqueville soulignait à juste titre : « Si l’on fait attention à ce qui se passe dans le monde depuis l’origine des sociétés, on découvrira sans peine que l’égalité ne se rencontre qu’aux deux bouts de la civilisation. Les sauvages sont égaux entre eux parce qu’ils sont tous également faibles et ignorants. Les hommes très civilisés peuvent tous devenir égaux parce qu’ils ont tous à leur disposition des moyens analogues d’atteindre l’aisance et le bonheur. Entre ces deux extrêmes se trouvent l’inégalité des conditions, la richesse, les lumières, le pouvoir des uns, la pauvreté, l’ignorance et la faiblesse de tous les autres (Tocqueville, 1835 : 295). »

Constat : l’inégalité est inhérente à toute société où existe la capacité de s’approprier des richesses au bénéfice d’une élite, fût-elle politique (tous régimes politiques confondus), financière ou économique. Les Trente glorieuses sont un hoquet de l’histoire. La classe moyenne est un hoquet de l’histoire. La mondialisation est un simple retour du balancier pour remettre à l’ordre du jour l’inégalité sociale. « Tant que les hommes avaient été errants et chasseurs, l’inégalité n’avait pu s’introduire parmi eux d’une manière permanente. Il n’existait point de signe extérieur qui pût établir d’une façon durable la supériorité d’un homme et surtout d’une famille sur une autre famille ou sur un autre homme ; et ce signe eût-il existé, on n’aurait pu le transmettre à ses enfants (Tocqueville, 1835 : 293). »

Utopie : éliminer l’inégalité sociale. La seule chose sensée et réaliste à faire consiste à limiter les dégâts, car « dès l’instant où la propriété foncière fut connue et où les hommes eurent converti les vastes forêts en riches guérets et grasses prairies, de ce moment on vit des individus réunir dans leurs mains beaucoup plus de terre qu’il n’en fallait pour se nourrir et en perpétuer la propriété dans les mains de leur postérité (Tocqueville, 1835 : 294). »

Bibliographie

Tocqueville, Alexis de (1835), Mémoire sur le paupérisme. Mémoire présenté à la Société académique cherbourgeoise publié dans les Mémoires de la Société académique de Cherbourg, pp. 293-344.

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