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La femme moderne : à faire peur !

24 janvier 2013

Alors que dans les années 60 et 70, la presse féminine, très imprégnée du Deuxième sexe de Simone de Beauvoir, combattait pour l’émancipation sexuelle des femmes, la presse féminine actuelle exhibe la femme comme une nymphomane, superficielle, ultra-consommatrice : à faire peur !

elle-magazine / La femme moderne : à faire peur !Lire les magazines féminins est une lecture appréciée de la plupart des mâles, quoiqu’ils en disent: tous les mecs savent qu’il y a bien plus de demoiselles à poil dans Elle que dans n’importe quel magazine érotique. Mais quand on voit le nombre d’injonctions ultra-culpabilisantes auxquelles les femmes sont soumises à longueur de pages, on les plaint. Et si on étudie le portrait-robot de la femme moderne parfaite tel qu’il est imposé par Glamour, Be, Madame Figaro, Grazia, Cosmopolitan ou 20 Ans, on est plutôt content d’être né avec un chromosome Y !

La vie de la femme moderne n’est qu’un long orgasme
Oui, les filles, pour pouvoir se regarder fièrement dans la glace, il faut s’adonner au sexe, et pas n’importe comment : «Jouissez, c’est un ordre» semble être le leitmotiv des magazines de l’été. Au hasard: «Où faire l’amour? 15 situations à vos risques et périls» (20 ans), «L’extase en 7 positions (revisitées) du Kama Sutra» et «Les mots qui (les) font bander» (Biba), «J’aime faire l’amour à plusieurs» (Marie Claire) ou encore, pour les moins de 15 ans, «J’ai des fantasmes, c’est normal» (Lolita!).

Il y a aussi un magazine entièrement consacré à la question: Sensuelle ! c’est 100 pages de sexe tous les mois, avec pour l’été «69 conseils pour booster votre sexualité». Le message est clair: il va falloir être sexuellement hyper performante et libérée pour ne pas passer pour une idiote.

Dans les années 60 et 70, la presse féminine, très imprégnée du Deuxième sexe de Simone de Beauvoir, combattait pour l’émancipation sexuelle des femmes. Orgasme, pilule, relations extra-conjugales : pour la première fois, ces sujets tabous étaient abordés par Elle et Marie-Claire. C’était l’époque où on décomplexait les lectrices : aujourd’hui, c’est l’inverse. Désormais le sexe, débridé si possible, hétéro-centré toujours, est obligatoire. Et la compétition est rude, car il y a toujours plus séduisante et plus mince que soi ! toutes les deux pages, une photo de mannequin en bikini est là pour vous le rappeler.

La femme moderne n’a qu’une obsession: séduire
Vous êtes grosse et moche ? C’est que vous y mettez de la mauvaise volonté, vu tous les conseils beauté dont on vous gave. Depuis les «20 tentations slim, saines et sun» de Madame Figaro –un article publicitaire spécial minceur vantant les mérites de différents maillots de bain, d’un gâteau aux fleurs (?), d’un illuminateur pour le corps (?) et d’un raffermisseur électronique (?)– au dossier de Grazia «Bien coiffée même à la plage !», en passant par les «10 conseils séduction pour mettre tous les hommes à vos pieds» de Marie-Claire, vous avez le choix dans l’arsenal.

Parmi les missions que s’est assignées la presse féminine, celle d’aider les femmes à se conformer aux désirs masculins semble être la principale. Point de salut hors de la validation par le regard de l’homme : pour ce faire, dépenser des fortunes en maquillage et en soins de beauté (= «astuces bien-être») apparaît comme la solution miracle.

La femme moderne est heureuse grâce à sa carte bleue
La plupart des problèmes se résolvent par la consommation. Déprimée? Anxieuse? Névrosée? Un bon coup de mascara et une bonne séance de spa, et tout reviendra dans l’ordre. La presse féminine excelle dans l’art de créer des complexes pour mieux permettre aux annonceurs commerciaux de leur apporter la solution miracle. Sur un numéro de Marie-Claire, par exemple, la pub (mode et cosmétique quasi-exclusivement) représente pas loin de 40% du contenu.

Exemple tiré de Elle: dans l’article «Un été zéro complexe», après avoir soigneusement rappelé aux lectrices tous les complexes dont elle peuvent souffrir (j’ai de grosses fesses, je suis trop petite…) et leur avoir expliqué qu’elles étaient OBLIGÉES d’en avoir car « tout le monde a des complexes, y compris Scarlett Johansson ou Angelina Jolie», le magazine leur offre le remède: un vernis à ongles pour maquiller des pieds laids, un maillot de bain « girly » pour celles qui n’ont pas assez de seins ou un moulant pour celles qui en ont trop. Avec à chaque item, un lien vers un site de vente.

La femme moderne se connaît elle-même grâce aux psycho-tests
Dans Elle ou Cosmopolitan, les différences culturelles, économiques, sociales entre les Françaises n’existent pas. Les ouvrières, les stars, les patronnes, les chômeuses appartiennent toutes au même bloc monolithique: « La Femme ».
Quand Sophie Marceau ou Cindy Crawford sont interviewées, ce sont des femmes comme les autres, avec leurs petits soucis dans lesquels les lectrices sont censées se reconnaître. On en oublierait presque qu’il s’agit d’icônes publicitaires surmédiatisées.

En fin de compte, le seul critère de distinction valable entre les femmes n’est pas leur niveau de revenu ni leur catégorie socio-professionnelle mais leur profil psychologique. Toute une batterie de psycho-tests permet alors de savoir qui vous êtes vraiment, juste en cochant quelques ronds, triangles et carrés: «Quelle séductrice es-tu?» (Lolita), «Calculez votre QI Mode-People» (Be) ou encore «Quelle croqueuse de pain êtes-vous?» (Cosmopolitan).

Le lecteur mâle est frappé par l’uniformité des différents titres. Tous ces journaux parlent des mêmes choses, de la même manière. Consternant ?

[1] Cf. Pierre Ancery et Clément Guillet, http://www.slate.fr/story/42671/31.08.2011

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