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Mondialisation: la nouvelle élite de la richesse

24 janvier 2013

La croissance actuelle des inégalités sociales et des revenus est tellement à l’encontre de ce à quoi la classe moyenne pouvait s’attendre comme futur que la plupart d’entre nous ne réalisent pas vraiment ce qui se trame.

Mondialisation: la nouvelle élite de la richesse - Warren BuffettUn moment : fin des années 1970, aux États-Unis, les revenus de la classe moyenne commencent à stagner. En l’espace de trois décennies, la tendance gagnera à la fois les pays développés et émergents.

Un événement : le passage d’une classe moyenne dominante à une Amérique des riches et des ultras riches est tellement récent, qu’il est quasi impossible de voir comment la réalité du capitalisme, qui a prévalu de 1945 à 1973, se transforme actuellement sous nos propres yeux. En fait, la croissance des inégalités sociales et des revenus est tellement à l’encontre de ce à quoi la classe moyenne pouvait s’attendre comme futur que la plupart d’entre nous ne réalisent pas vraiment ce qui se trame.

Un constat : selon l’économiste américain Dan Ariely, 20 % des riches et des ultras riches aux États-Unis détiennent 84 % de la richesse globale, alors que, en comparaison, en Suède, ils n’en détiennent que 36 %. Plusieurs d’entre nous pensent qu’une nouvelle crise des classes sociales se dessine. À mon avis, et cet avis n’engage que moi-même, pour comprendre comment le capitalisme à l’américaine ― et le capitalisme à travers le monde ― se transforme, il ne faut pas envisager le phénomène sous l’angle d’une lutte des classes sociales, mais bel et bien sous l’angle de la stricte mathématique. Alors que les revenus du 1 % des ultras riches ont fait un bond de 11,6 %, selon l’économiste Emmanuel Saez, ceux du 99 % ont augmenté de 0,2 %. Entre 1940 et 1970, aux États-Unis, la différence entre le 1 % et le reste de la population avait considérablement diminuée. En 1940, le 1 % détenait 16 % de la richesse contre 7 % en 1970 ; ce fut l’âge d’or de la classe moyenne. En 1980, le salaire moyen d’un PD-G d’entreprise était de 42 fois supérieur à celui du travailleur moyen. En 2012, ce même salaire avait bondi de plus de 380 fois !

Une dynamique : les décisions politiques des 30 dernières années, depuis Jimmy Carter, Ronald Reagan et Margaret Thatcher ont non seulement refaçonné le capitalisme qui a prévalu de 1945 à 1973, mais ont aussi mis en place les conditions idéales à l’avènement de cette nouvelle caste d’ultras riches. Première conséquence : cette nouvelle caste a acquis un tel pouvoir économique et financier qu’elle influence désormais le politique. Deuxième conséquence : la convergence de l’informatique et des télécommunications et la croissance économique qu’elle génère sont de puissants facteurs contribuant à la montée de cette nouvelle caste d’ultras riches.

Un progrès élitiste : certes, les États-Unis dominent encore l’économie, et les Américains dominent cette nouvelle élite. Par contre, il faut aussi envisager que cette montée de l’élite des ultras riches n’est pas seulement qu’américaine, mais qu’elle participe aussi du mouvement global de mondialisation. Et les membres de cette élite sont probablement, d’entre tous, ceux qui peuvent vraiment se targuer d’avoir un profil international et mondial tant en termes de mode de vie que de fortune. Comme le soulignait l’économiste du XIXe siècle, Henry George, la grande énigme du capitalisme de l’ère des barons voleurs (robber barons) était d’arriver à comprendre cette étrange association entre pauvreté et progrès : « Tant et aussi longtemps que l’augmentation de la richesse servira à constituer de grandes fortunes, à accroître la possession d’objets de luxe et à rendre de plus en évident le contraste entre la Maison des Avoirs et la Maison des Besoins, le progrès ne sera ni réel ni permanent. »

Un programme : l’énigme qu’avait rapportée Henry George refait aujourd’hui surface, et ce, de façon plus perverse qu’elle ne l’avait fait un siècle plutôt, pour la simple raison que l’aspiration à ce mode de vie pénètre de plus en plus la psyché collective à travers le discours de l’individu autonome, architecte de sa vie et seul maître de son destin. Chacun est devenu son propre entrepreneur. Il semblerait, à l’aune de cette adéquation simpliste, que chacun aurait la possibilité de devenir membre en règle de l’élite du 20 %…

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