Rendre la pauvreté inconfortable

30 janvier 2013

L’inégalité est devenu le talon d’achille de l’économie moderne. Elle prend de multiples formes : rémunération massive des dirigeants, écart croissant des rémunérations au sommet et à la base des sociétés, stagnation des niveaux de revenus intermédiaires par rapport à ceux de l’élite.

Rendre la pauvreté inconfortableIl ne faut pas se surprendre de voir l’ensemble de la société mettre l’accent sur ce qui pourrait rendre la pauvreté moins confortable, car comme tous le savent, les pauvres profitent des largesses de l’État. Il faut plutôt créer de la prospérité en réduisant les irritants qui nuisent à la création d’entreprises, réformer le système scolaire pour encourager l’esprit de compétition chez les jeunes et payer les professeurs selon leur performance, amener le pauvre à épargner, etc. Vous comprendrez que j’ironise.

Conséquemment, et logiquement, tout programme de lutte contre la pauvreté ne doit pas se mesurer aux sommes qu’on y injecte, mais aux sommes que nous en retirons. L’achèvement du capitalisme ! « La concurrence du type ‘le gagnant rafle tout’ produit une inégalité matérielle extrême. Et, dans certaines catégories d’entreprises, ces inégalité des richesses vont de pair avec une inégalité sociale croissante (Sennett, 2006 : 50). »

L’exclusion et la surveillance des exclus font désormais partie intégrante du considérable butin de la dérégulation, de la privatisation, de l’individualisation, de la conquête et de l’annexion du public par le privé. Et c’est là que se mesure l’ampleur de toute la catastrophe. Je suis tout à fait prêt à me ranger à l’avis d’Habermas, selon qui le projet du Siècle des Lumières reste à achever.

Sennett Richard (2006), La culture du nouveau capitalisme, Paris : Hachette.

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