Mondialisation : la triple transformation

1 février 2013

L’ère du « Traité de Détroit » représente à la fois un âge doré pour la classe moyenne et une période où les revenus de l’élite avaient particulièrement diminué.

Cet article s’inscrit dans le thème Mondialisation.

margaret thatcher ronald reagan / Mondialisation : la triple transformationTel que démontré précédemment dans le billet «Mondialisation : pays émergents et classe moyenne», technologies numériques et mondialisation ont déclenché une autre révolution industrielle, celle des pays émergents. En mondialisant la production manufacturière (délocalisation), les pays occidentaux ont permis là la montée d’une classe moyenne. Par contre, cette combinaison, technologies numériques et mondialisation, ne peut tout expliquer ; elle ne représente qu’une partie du problème.

Les chercheurs Frank Levy et Peter Temin du MIT décrivent cette transformation comme étant celle du passage du « Traité de Détroit » au « Consensus de Washington ». En 1950, la United Auto Workers et les trois grands manufacturiers de l’automobile (GM, Ford, Chrysler) signent une entente de cinq ans, le «Traité de Détroit». En échange d’une promesse de ne pas déclencher des grèves à répétition, les constructeurs offrent de généreux plans de pension et d’assurance maladie. Les chercheurs Levy et Temin partent de cet événement pour décrire un contexte social où le salaire minimum était décent, où les syndicats étaient puissants, où les impôts étaient élevés. L’ère du «Traité de Détroit» représente à la fois un âge doré pour la classe moyenne et une période où les revenus de l’élite avaient particulièrement diminué.

Par contre, vers la fin des années 1970 et le début des années 1980, le «Traité de Détroit» commence à montrer des signes de faiblesse. C’est la décennie de Ronald Reagan et de Margaret Thatcher. Aux États-Unis, Ronald Reagan abaisse à la fois le taux supérieur marginal d’imposition de 70 % à 28 %, ainsi que le taux d’imposition sur la dette en capital de 20 %, freine la croissance des syndicats, coupe dans les dépenses du filet de sécurité sociale et dérégule l’économie ; c’est le «Consensus de Washington».

Aussi paradoxale que la chose puisse paraître, c’est dans les pays communistes que le « Consensus de Washington » aura eu le plus grand impact. L’effondrement du communisme dans les pays du bloc soviétique et l’adoption de l’économie de marché par la Chine communiste a mis fin à une idéologie qui a prévalu pendant plus de 70 ans. Conséquence directe de l’effondrement du communisme, l’économie de marché est devenue le seul modus operandi commercial, économique et financier sur l’ensemble de la planète.

Ces trois transformations ― révolution des technologies numériques, mondialisation, montée du «Consensus de Washington» ― ont non seulement coïncidé avec une période de croissance économique globale soutenue, mais ont également coïncidé avec la réémergence d’une ploutocratie, mais cette fois-ci, à l’échelle planétaire. Alors que la mondialisation et la révolution des technologies numériques ont fait en sorte que les plus riches se sont enrichis, l’effondrement du «Traité de Détroit» en fait en sorte de moins les imposer et de moins les réguler. Conséquemment, il est plausible de considérer qu’il s’agit d’un retour à l’âge d’or du capitalisme de la fin du XIXe et du début du XXe siècle, non pas parce qu’il s’agit d’une révolution économique, mais bien plutôt parce que les règles du jeu sont de nouveau en faveur de ceux qui sont déjà les mieux nantis et les plus riches.

Bibliographie

Levy Frank, Temin Peter (2007), Inequality and Institutions in 20th Century America, MIT Department of Economics Working Paper No. 07-17.

© Pierre Fraser, 2012
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