Mondialisation : le nouvel Âge doré du capitalisme

2 février 2013

De 1868 à 1905, nouvelles technologies manufacturières, chemins de fer et lignes téléphoniques tendus partout à travers le pays créent non seulement de nouvelles opportunités pour les entrepreneurs, mais entraînent également un abaissement marqué des coûts de production, de manutention et de transport de biens de base dont bénéficient les consommateurs.

Cet article s’inscrit dans le thème Mondialisation.

Jim O'Neill / Mondialisation : le nouvel Âge doré du capitalisme«Gilded Age» ou «Âge doré», est à la fois une expression créée par le célèbre romancier américain du XIXe siècle, Mark Twain, et un roman publié en 1873 coécrit avec Charles Dudley Warner. Au sortir de la guerre civile américaine, Twain et Warner dépeignent de façon satirique une société gangrenée par la cupidité et la corruption politique. L’enjeu : l’acquisition de terrains dans le Tennessee. Non seulement le roman fut-il un véritable succès, mais l’étiquette « Âge doré » collait si bien à la réalité de l’époque, qu’elle est restée. Les historiens, quant à eux, ont situé cet âge doré entre la période allant de l’élection de Ulysses S. Grant en 1868 jusqu’à celle du président réformateur Théodore Roosevelt en 1905. Durant toutes ces années, l’économie américaine croîtra à un rythme extraordinaire, générant des niveaux sans précédent de richesse.

Le tableau suivant présente une synthèse historique des différentes périodes du capitalisme depuis la Révolution industrielle. Du point de vue de l’investisseur et de l’entrepreneur[1], trois grands moments délimitent cette évolution : le Premier âge doré (1870-1929), celui des barons de l’industrie où l’entreprise privée est roi et maître et l’individu une marchandise ; l’Âge ingrat (1930-1973), au sortir de la Grande Dépression où l’état commence à intervenir et à réguler les marchés ; le Second âge doré (1973-2005), qui commence avec le choc pétrolier, qui s’emballe sous le reaganisme et le thatchérisme et qui culmine avec la mondialisation.

mondialisation-synthese

Dans ce tableau, ce qui intéresse au premier chef, c’est à la fois la position hiérarchique des acteurs selon chaque période et l’impact social de l’idéologie en place. Tout au cours de l’Âge ingrat, l’État se positionne comme l’acteur social de premier plan et relègue au bas de l’échelle entrepreneurs et financiers. Il s’agit donc d’un renversement total des positions par rapport à l’âge précédent, et c’est non seulement la montée en puissance des syndicats, mais aussi la mise en place des grands régimes de protection sociale sous différentes formes dans différents pays. Le lien de solidarité organique, totalement fondé sur la division du travail social comme l’avait envisagé Durkheim pour l’individu, à savoir « une position sociale susceptible d’apporter à chacun à la fois la protection élémentaire et le sentiment d’être utile[2] » prend ici tout son sens. Mieux encore, tout au cours de l’Âge ingrat, l’individu n’a plus seulement droit à une protection élémentaire, mais à une multitude d’avantages sociaux partagés à la fois par l’État, l’entreprise et l’individu.

Au tournant du second millénaire, sous la pression combinée de la révolution des technologies numériques, de la mondialisation et du «Consensus de Washington», les transformations économiques actuellement en cours participent à un processus réunissant toutes les conditions nécessaires à l’avènement d’un second Âge doré. Comme le souligne Jim O’Neill, président de Goldman Sachs Asset Management, alors que les sociétés industrialisées entrent graduellement dans un second Âge doré, les marchés émergents, quant à eux, entrent dans leur premier Âge doré.

Les impacts de ces transformations économiques sont beaucoup plus importants que ne le furent celles du premier Âge doré ― cette fois-ci, des milliards de gens prennent part à ce processus et non pas seulement les habitants de l’Europe de l’ouest et de l’Amérique du nord. Ensemble, ces deux Âges dorés sont en passe de transformer l’économie mondiale à une vitesse et à une échelle sans précédent. Selon Michael Spence, prix Nobel d’économie, également conseiller économique auprès du gouvernement chinois, « le phénomène est structurellement beaucoup plus prononcé qu’auparavant et s’étale de plus en plus dans de multiples directions. »

Il faut donc avoir l’humilité de considérer que le phénomène dépasse, et de loin, l’unique discours populaire de la démonisation de la mondialisation ― peut-être un peu trop simpliste au demeurant. Certes, d’une part, les effets de cette mondialisation semblent être au désavantage des populations des sociétés industrialisées. D’autre part, la mondialisation semble contribuer à la montée d’une classe moyenne dans les marchés émergents. Il est peut-être encore trop tôt pour évaluer à leur juste mesure les différents impacts de la mondialisation.


[1] Krugman Paul (2008), L’Amérique que nous voulons, Paris : Flammarion.

[2] Durkheim Émile, De la division du travail social, eBooksLib sur iBookStore, visionnement horizontal sur iPad, p. 377.

© Pierre Fraser, 2013

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