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Les « nouvelles peurs »

3 février 2013

Notre mode de vie contemporain a généré de nouvelles angoisses. Il y a eu un temps où les humains craignaient la colère des dieux ou l’arrivée de bêtes féroces. Aujourd’hui, nos peurs prennent de nouvelles formes : indétermination croissante sur le genre, méconnaissance dans le nouveau rapport au vieillissement, doute sur la valeur de l’expérience au travail… [1]

Les  « nouvelles peurs » Trois grandes sources d’anxiété nouvelle émergent ainsi, rapporte Isabelle Rivoal, du laboratoire d’ethnologie et de sociologie comparative à Nanterre dans CNRS le journal : toutes les peurs liées de façon plus ou moins directe à l’accélération du temps dans nos vies quotidiennes, celles nées de la menace de la globalisation, ou encore celles liées à l’environnement. «Nous ne craignons plus dieu ou l’ordre cosmique, estime Isabelle Rivoal, mais devenus seuls maîtres de notre destin, nous accordons un sens extrêmement puissant aux événements. De plus, la mise à distance de la nature nous rend à la fois plus stressés et plus anxieux

Les nouvelles technologies aussi
Quel regard les professionnels du psychisme posent-ils sur ces nouvelles craintes? Pour la psychologue Laurie Hawkes, auteur de La Peur de l’autre [2], rien de vraiment nouveau. «L’angoisse est une caractéristique inamovible de l’être humain, analyse-t-elle. Certains la gèrent plus ou moins bien, mais elle est toujours présente. Et la crainte de l’Apocalypse est récurrente.» Et la psychothérapeute de relever que, en consultation, bien peu d’anxieux évoquent ces nouvelles menaces. «Soit ils les dénient, soit ils sont déjà tellement pleins de craintes personnelles que ces menaces ne les atteignent pas spécifiquement.»

Selon Laurie Hawkes, les peurs liées aux nouvelles technologies (frustration de ne pas profiter de tout ce qu’elles peuvent nous apporter, en termes de temps et de choix, et sentiment que nos vies nous échappent) sont en réalité «des peurs pour anxieux du travail, qui vivent dans l’idée de ne jamais faire assez bien».

Mettre de la stabilité dans sa vie
Quelques remèdes existent, rassure la psychologue: «Il faut à la fois entretenir sa souplesse d’esprit et mettre des éléments de stabilité dans sa vie personnelle, explique-t-elle. Et, de manière générale, plus on aura travaillé sur soi, plus on pourra supporter les temps incertains.»

Pour l’anthropologue Isabelle Rivoal, l’incertitude peut générer aussi beaucoup de créativité: «à partir du moment où nos appuis (institutions, etc.) semblent s’effriter, il est urgent de saisir l’air du temps avant qu’il ne s’installe, affirme-t-elle. Cela permet de donner du sens aux événements».

[1] Cf. Pascale Senk, Le Figaro.fr, santé, le 03/08/2012
[2] Laurie Hawkes, La peur de l’autre : surmonter l’anxiété sociale, Eyrolles, 2011.

© Georges Vignaux, 2013
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