Mondialisation : l’âge doré des économies émergentes

3 février 2013

Il semble que les deux âgés dorés du capitalisme, qui cohabitent actuellement, sont autant le produit d’une révolution politique ― l’effondrement du communisme et le triomphe des idées libérales à travers le monde ― que de la montée en puissance des technologies numériques.

Cet article s’inscrit dans le thème Mondialisation.

bric / Mondialisation : l'âge doré des économies émergentesL’âge doré des pays émergents est simple à comprendre. Plusieurs pays d’Asie, d’Amérique latine et d’Afrique sont en train de s’industrialiser et de s’urbaniser tout comme l’avaient fait l’Europe de l’ouest et l’Amérique du nord au XIXe siècle, sauf que, cette fois-ci, les pays émergents bénéficient à la fois de la révolution des technologies numériques et de la mondialisation. Certes, les gens qui sont à la tête de ces économies émergentes sont ceux qui en bénéficient le plus, mais il ne faut pas aussi oublier que ce mouvement sans précédent entraîne avec lui des dizaines de millions de personnes dans la classe moyenne et en retire des centaines de millions d’autres de la pauvreté absolue. Ceci ne veut pas pour autant dire que les conditions de vie de ces gens équivalent à celle des européens et des nord-américains. Par contre, il faut bien admettre qu’il y a là une certaine avancée sur le plan financier et sur le plan économique.

Alors que les pays émergents entrent dans leur premier âge doré et que les sociétés industrialisées entre dans le second âge doré, le phénomène simplifie et complique à la fois les choses. Simplifie, dans le sens où les sociétés industrialisées ont déjà vécu cette situation et que nous en connaissons les tenants et aboutissants : le niveau de vie des gens a largement été amélioré malgré tous les aléas (guerres, crises économiques) qui ont traversé son histoire depuis le XIXe siècle. Complique, dans le sens où personne n’a véritablement idée des impacts à venir de la cohabitation des deux âges dorés.

Les historiens de l’économie sont encore en train de débattre de la corrélation entre la montée de la démocratie occidentale et le premier âge doré. Par contre, il semble indiscutable que les deux âgés dorés, qui cohabitent actuellement, sont autant le produit d’une révolution politique ― l’effondrement du communisme et le triomphe des idées libérales à travers le monde ― que de la montée en puissance des technologies numériques.

Le pouvoir combiné de la mondialisation et des technologies numériques a à ce point accélérer la transformation économique des marchés émergents, que l’idée du BRIC (Brésil, Russie, Inde, Chine) proposée par Jim O’Neill a su faire son bout de chemin et s’imposer comme concept dominant en économie. Comme le souligne Daron Acemoglu, l’auteur du livre Why Nations Fail, « Nous voyons une croissance de plus en plus rapide dans les pays émergents, spécifiquement en Chine et en Inde, parce que les politiques et les technologies des sociétés industrialisées ont mis en place les conditions nécessaires à la montée d’une classe d’ouvriers relativement spécialisés pour manufacturer des produits dans les marchés émergents. » Autrement dit, le premier âge doré des pays en développement est beaucoup plus rapide que ne le fut celui de l’occident au XIXe et au début du XXe siècle. Alors que, dans les années 1950, en Inde, la main d’œuvre ne coûtait presque rien et qu’elle était inutilisable parce que non formée, aujourd’hui, la Chine bénéficie d’une situation très différente, car les travailleurs chinois sont intégrés depuis le début des années 1980 à l’économie mondiale à travers tout leur réseau de manufactures.

Ce qui est en train de se produire est ni plus ni moins qu’une nouvelle version de la Révolution industrielle. Tout comme l’âge des machines a transformé cultivateurs et artisans en ouvriers travaillant sur des lignes d’assemblage, autant la révolution des technologies numériques est en passe de remplacer les cols bleus de l’industrie par des automates robotisés et des cols blancs pianotant sur des ordinateurs. Et l’impact de cette seconde révolution industrielle est particulièrement pénible et ardue pour les cols bleus, parce que leurs compétences peuvent facilement être remplacées par celles des travailleurs des pays émergents. En somme, dans les sociétés industrialisées, ce sont surtout les cols bleus qui subissent le plus durement les contrecoups de la mondialisation. Il est facile de dire « Remettez vos connaissances à jour », « Retournez à l’école ». Par contre, lorsque vous avez 40 ou 50 ans, rien n’est plus difficile.

Comme le souligne si justement Zygmunt Bauman (2006 : 122) : « L’incertitude et l’angoisse née de l’incertitude sont des produits de base de la mondialisation. Les pouvoirs de l’État ne peuvent pratiquement rien pour apaiser et encore moins étouffer cette incertitude. »

Bibliographie

Bauman Zygmunt (2006), Vies perdues – La modernité et ses exclus, Paris : Payot.

© Pierre Fraser, 2013
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