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Quel os Dieu a-t-il vraiment pris à Adam ?

4 février 2013

Dans la Genèse, il est dit que « l’Eternel Dieu fit tomber un profond sommeil sur l’homme, qui s’endormit ; il prit une de ses côtes, et referma la chair à sa place. L’Eternel Dieu forma une femme de la côte qu’il avait prise de l’homme, et il l’amena vers l’homme.  C’est ainsi que la Bible décrit la création d’Eve, à partir d’une côte d’Adam. Mais ce mythe vient d’être corrigé par Scott Gilbert, professeur de biologie au Swarthmore College, une université américaine située en Pennsylvanie.»

Scott Gilbert, cet enseignant-chercheur a en effet trouvé étrange de choisir un os dépourvu de toute symbolique pour un acte aussi important que la création de la femme. De plus, selon lui, un tel mythe devrait servir à expliquer une différence dans le nombre d’os entre l’homme et la femme, ce qui n’est pas le cas. D’où l’hypothèse formulée en 2001 dans une correspondance publiée par l’American Journal of Medical Genetics (AJMG) : et si, suite à une erreur de traduction, on avait fait prendre à Dieu le mauvais os ?

chapelle-palatine-creation-d-eve Quel os Dieu a-t-il vraiment pris à Adam ?Scott Gilbert a donc requis l’aide de Ziony Zevit. Ce spécialiste de littérature biblique et des langages sémitiques à l’American Jewish University de Los Angeles lui a expliqué que le mot hébreu utilisé dans la description de l’opération divine signifiait effectivement « la côte », « le côté » ou « le flanc » (d’un humain ou d’une montagne), mais qu’il pouvait aussi prendre le sens de « planche », de « poutre », d' »étai » ou de « colonne », bref décrire un élément de structure, de support, de soutien. C’est exactement ce qu’espérait Scott Gilbert car il avait son idée sur l’os que Dieu pouvait avoir soustrait à l’homme, et qui lui manque toujours aujourd’hui.

Cet os s’appelle le baculum, mot latin qui signifie « bâton » ou « sceptre ». De nombreux mammifères mâles en sont pourvus et notamment les chimpanzés et les gorilles. Il s’agit d’un os qui, lors de la copulation, est inséré dans le pénis, ce qui est pratique pour obtenir une érection rapide. Certains collectionneurs en sont friands : en 2007, un os pénien provenant d’une espèce de morse éteinte il y a plusieurs millénaires, s’est vendu 8 000 dollars aux enchères. Il faut préciser que la relique mesurait 1,40 mètre.

L’homme a égaré cet ustensile quelque part au cours de son évolution et cette absence n’a pas pu passer inaperçue auprès des peuples de l’Antiquité qui vivaient dans la proximité des animaux. Pour Scott Gilbert et Ziony Zevit, la création d’Eve pourrait très bien être un mythe explicatif de cette disparition mystérieuse. En effet, l’hébreu utilisé dans la Bible ne dispose d' »aucun terme technique pour désigner le pénis et s’y réfère par le biais de nombreuses circonlocutions ». Du coup, on peut très bien se dire que la « colonne » ou la « poutre » – apparente ou non – d’Adam est autre chose qu’une simple côte… De plus, selon les auteurs de cette correspondance à l’AJMG, engendrer un autre être à partir d’un os situé dans l’organe reproducteur est symboliquement plus fort que choisir un os quelconque que l’on trouve par (deux) douzaines dans le corps humain.

Enfin, Scott Gilbert avance, non sans humour, un dernier argument anatomique. Le texte de la Genèse, en disant que Dieu « referma la chair » au terme de son prélèvement, sous-entend une cicatrice, voire une suture. Or, on a beau regarder sur le tronc humain, la seule cicatrice existante est le nombril et il n’est pas vraiment situé au niveau des côtes. En revanche, il y a bien une magnifique suture tout le long de l’organe reproducteur mâle, le raphé périnéal, ligne qui parcourt tout le dessous du pénis, le scrotum et le périnée… Si l’hypothèse de Gilbert et Zevit est la bonne, on comprend encore mieux pourquoi Dieu a endormi Adam avant de l’opérer et le mythe d’Eve fait d’une pierre deux coups, en expliquant à la fois l’absence de baculum et la présence de cette suture (qui est en réalité un souvenir du moment où, pendant l’embryogenèse, replis et bourrelets de la zone se soudent pour donner les organes génitaux masculins).

[1] Cf. Pierre Barthélémy, Le Monde, blog, Passeur de Sciences, 11.07.2012.

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