Mondialisation : la montée de la classe moyenne en Chine

5 février 2013

La taille de la Chine et la spécificité de son régime communiste sont-elles constitutives de ce qui serait alors un dumping social durable ? Y a-t-il une véritable classe moyenne en Chine ?

Cet article s’inscrit dans le thème Mondialisation.

chine-ouvrier Mondialisation : la montée de la classe moyenne en ChineLes auteurs Philippe Cohen et Luc Richard, ouvrent ainsi leur livre Le vampire du milieu : « La Chine est en train de changer le monde. Personne, aujourd’hui, ne peut contester cette réalité. Mais les analystes s’inquiètent. Quel est donc le sort de cette croissance chinoise qui dure sans discontinuer depuis la fin des années 1970 ? S’agit-il de la taille du pays ? De la formidable capacité de labeur du peuple chinois ? La croissance repose-t-elle sur la stratégie de Deng Xiaoping, qui a créé quatre zones économiques spéciales pour attirer les investissements étrangers, et notamment les Chinois d’outre-mer ? Toutes ces données de base ont certes joué à l’origine, mais la croissance chinoise et surtout la facilité avec laquelle l’économie de la Chine s’est insérée dans la mondialisation nous semble reposer sur un double atout très compétitif : les faibles coûts de la main-d’œuvre et la faiblesse de la monnaie chinoise. […] Le faible coût du travail en Chine est-il transitoire, comme il a été en Corée et au Japon lors de la phase de décollage de ces deux économies ? Ou bien la taille de la Chine et la spécificité de son régime communiste sont-elles constitutives de ce qui serait alors un dumping social durable ? Les réponses à ces deux questions divisent les analystes, et le temps passant ne les réconcilie pas (Cohen, Richard, 2010 :17-18). »

400 millions de Chinois sortis de la pauvreté ?

Selon Cohen et Richard, il faut remettre en question le mythe voulant que la mondialisation ait permis l’émergence massive d’une classe de consommateurs en Chine. Quand est-il exactement ? Premièrement, ce chiffre de 400 millions a été fourni par les autorités chinoises, qui ont procédé, selon Cai Chongguo, à un rehaussement de la définition officielle du seuil de pauvreté pour élargir l’assiette du nombre de personnes sorties de la pauvreté. Le premier critère est la pauvreté relative, un concept marxiste, dont le seuil équivaut en Chine à un revenu annuel de 800 yuans ou 80 €. Le second critère, celui de la pauvreté absolue, correspond à un revenu annuel de 600 yuans ou 60 €. Deux seuils très inférieurs à celui des Nations unies, qui retiennent pour le monde entier le revenu de 1 $ par jour, soit 350  $ par an ou 300 €. Le seuil de pauvreté à la chinoise est donc quatre à cinq fois inférieur à celui des Nations Unies, qui est une référence mondiale, et prend évidemment en compte les différences de niveau de vie entre pays riches et pays pauvres. Alors que les tenants de l’économie de marché néolibérale disent que, effectivement, la mondialisation n’a pas que des côtés négatifs, qui faut-il croire ?

Plutôt que de s’en remettre à ceux qui démonisent le discours de la mondialisation et à ceux qui prônent cette même mondialisation, peut-être vaudrait-il mieux s’appuyer sur une simple observation empirique des phénomènes. Autrement dit, il ne s’agit plus de s’appuyer sur des théories ou des discours partisans d’un côté comme de l’autre pour départager les faits, mais bel et bien de rendre compte de certains phénomènes, sans plus. Le portait d’ensemble risque alors d’être bien différent de ce qui nous est actuellement jeté en pâture médiatique et scientifique à propos de la mondialisation.

Bibliographie

Cohen Philippe, Richard Luc (2010), Le vampire du milieu Comment la Chine nous dicte sa loi, Paris : Mille et une nuits, Essai.

© Pierre Fraser, 2013

I'm part of Post A Day 2013

Publicités
%d blogueurs aiment cette page :