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L’individualisme : le danger !

7 mars 2013

Parmi les phénomènes marquants de la fin du XXe siècle, le recul des idéologies constitue un tournant majeur. Avons-nous atteint ce que Fukuyama (philosophe américain d’origine japonaise) a appelé « la fin de l’Histoire » ? Cette dernière serait pourn lui, caractérisée par une victoire pérenne de la démocratie et du capitalisme sur le communisme. Ce constat est néanmoins discutable. « Le ventre est encore fécond d’où a surgi la bête immonde » avait d’ailleurs écrit Bertolt Brecht, nous incitant à cette vigilance nécessaire face à la barbarie latente chez l’être humain. La démocratie, n’est jamais acquise, c’est un combat permanent, une vigilance nécessaire, face aux ennemis de la liberté.

Cette vigilance est au cœur des idéologies libérale et néolibérale. Héritière de la philosophie des lumières, notamment dans sa branche anglo-saxonne, elles sont profondément humanistes et placent l’individu au cœur de la société en lui confiant des droits et des libertés incontestables : liberté d’expression, d’entreprendre, de se déplacer librement, de s’associer, etc… Cet amour de la liberté induit une méfiance vis-à-vis de l’État et de ses règlementations pourtant nécessaires pour lutter contre la loi de la jungle, la loi du plus fort. Il impose une méfiance vis-à-vis des idéologies collectivistes et communistes. L’échec du communisme n’a laissé aucune alternative au modèle des démocraties libérales en s’éteignant. Cet amour de la liberté est l’essence même du modèle néolibéral, défenseur de l’autorégulation. Ainsi s’est installée la loi de l’offre et de la demande comme mode d’organisation économique de la société.

Partant du mythe du bon sauvage, selon lequel l’homme serait bon par nature puis perverti par la société, la philosophie libérale est profondément individualiste. Elle place donc l’être humain au cœur du système et l’émancipe de toute contrainte absolutiste. Elle le tient pour responsable de sa propre condition, de ses choix et de ses actes… Il ne faut pas confondre avec l’anarchisme et l’égoïsme pur puisqu’il considère l’individu, en tant que membre impliqué dans une société. L’individualisme prône en revanche l’autonomie individuelle face aux diverses institutions sociales et politiques. L’intérêt de l’individu peut s’opposer à l’intérêt du groupe et aux mouvements collectifs. L’homme serait ainsi capable de réaliser de grandes choses par ses propres actes, sans mouvement social. Cette idée s’oppose fondamentalement au concept marxiste de lutte des classes en tant que moteur de l’histoire.

La liberté et l’égalité sont des  concepts opposés et contradictoires. Plus les individus sont libres, plus l’égalité est difficile à préserver. A l’inverse, plus ils seront égaux, moins ils seront libres. Le choix de la liberté « avant tout » met en péril la sauvegarde de l’égalité, qui pour être atteinte nécessite l’intervention d’un acteur tiers. Pourquoi l’État est-il le seul à pouvoir préserver l’égalité? Selon Bourdieu, l’État est le seul agent économique et social qui puisse s’imposer légitimement pour corriger les inégalités naturelles entre les individus (âge, taille, sexe, origine sociale ou géographique), par l’impôt, les lois et les politiques publiques.

L’individualisme, sous l’égide de la liberté et de l’antitotalitarisme, est devenu un danger pour notre société. Il a pris la forme de l’égoïsme social et met en péril la solidarité républicaine. Si la société individualiste est la somme de tous les intérêts individuels, la société républicaine est elle, celle de l’intérêt général, du bien commun. Comment préserver la cohésion de notre société en opposant les individus entre eux ?

L’individualisme s’est imposé en France depuis 1980 comme idée dominante. Les générations nées depuis 1980 sont imprégnées par l’individualisme, véhiculé par la culture américaine (séries, films etc…) qui a imposé ses paradigmes à travers tout l’occident. C’est tout le sens de l’affaiblissement de l’État, de la destruction des services publics… Dorénavant l’individu doit se prémunir lui-même face au risque. Toutes ces politiques ont contribué à détruire l’organisation centralisée de l’État et la solidarité républicaine pour rendre l’individu responsable de sa propre condition.

L’individualisme ainsi, c’est considérer le pauvre comme l’unique fautif de sa situation, et prétendre qu’il aurait forcément pu s’en sortir. A terme, c’est le condamner…

[1] Cf. Michael CANOVAS
http://michaelcanovas.com/2012/04/26/la-montee-de-lindividualisme-est-un-fleau/

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